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"Certains ne jugent pas la photo présidentielle mais la personne qui est dessus !"

François Hollande a choisi Raymond Depardon pour son portrait officiel. En 2007, Nicolas Sarkozy avait sollicité Philippe Warrin. FTVi a interrogé le photographe sur cette expérience particulière.

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Propos recueillis par - Vincent Matalon
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un employé retire le portrait de Nicolas Sarkozy du palais de l'Elysée, le 15 mai 2012 à Paris. (THIBAULT CAMUS / AP / SIPA / AP)

Le portrait officiel de François Hollande président de la République a été réalisé par Raymond Depardon, mardi 29 mai. Il devrait trôner dans les mairies de France d'ici peu. Philippe Warrin, lui, avait réalisé l'affiche "Ensemble tout devient possible" du candidat Sarkozy à la présidentielle de 2007, avant de s'atteler à son portrait de président. Il revient sur cette tradition de la Ve République.

FTVi : Comment est-on choisi pour ce travail si particulier ?

Philippe Warrin : J'étais issu du milieu de la photo people, même si j'avais fait beaucoup d'autres choses avant, et j'ai commencé à travailler avec Nicolas Sarkozy en 2004. Son épouse de l'époque, Cécilia, m'avait repéré après un reportage que j'avais fait à Los Angeles sur Flavie Flament.

Quels sont les critères imposés pour cet exercice ?

C'est la photo du président, donc c'est lui qui décide de tout ! A part le drapeau européen, que j'ai proposé et qui n'avait jamais été présent auparavant, la photo est trait pour trait ce que m'a demandé Nicolas Sarkozy. Il s'agit d'un exercice très protocolaire, pour lequel on est un peu pieds et poings liés.

Pour l'anecdote, je trouvais que le drapeau français n'était pas adapté à la scène. Il était fait pour être installé à côté du président lors de conférences, mais pas pour être mis si près de lui. Du coup, pour que le bleu soit bien visible et qu'on ne croie pas à un drapeau polonais [blanc et rouge], j'ai dû m'éloigner. Au total, la séance a duré vingt minutes, dont dix de maquillage, et j'ai pris 46 photos. 

Que le cahier des charges soit strict ne m'a pas dérangé : je trouve qu'il est important de laisser la plus grande latitude possible à cet homme, qui a été élu par les Français. J'ai un grand respect pour cela. Ce n'est pas une photo d'artiste ou une photo cosmétique. Elle n'a d'ailleurs pas été retouchée, contrairement à ce que j'ai pu entendre.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre portrait ?

Je me souviens que cette photo a été à la fois très critiquée, notamment à gauche, et parfois carrément encensée, mais cette fois à droite ! C'était à mon avis très excessif : cette photo n'avait rien d'exceptionnel par rapport à celle de Pompidou, celle de De Gaulle, etc... Je crois que certains ne jugent pas la photo mais la personne qui est dessus.

Aujourd'hui, j'en plaisante, mais quelques jours après l'avoir prise, je me suis posé la question de savoir si j'avais bien fait. Je n'étais pas habitué à tant de réactions. C'est une photo officielle, rien de plus !

Avez-vous continué à travailler dans le milieu politique après cette image ? 

Non. J'y suis resté six mois mais ce n'était pas simple. C'est un vrai milieu de requins. Je suis retourné dans le secteur de la mode, de la pub, de la photo people, au sein de l'agence Sipa jusqu'en 2011 puis en indépendant. C'est aussi un milieu de requins, mais de bébés requins !

J'ai de l'expérience dans ces domaines car j'ai longtemps couvert les émissions de téléréalité, notamment "Loft Story" et "Star Academy". J'y ai rencontré Grégory Lemarchal, dont je suis devenu très proche, et qui est mort dix jours avant l'élection de Nicolas Sarkozy. Je tiens d'ailleurs à préciser que je reverse tous les droits que je touche grâce à cette photo officielle à l'Association Grégory Lemarchal de lutte contre la mucoviscidose.

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