Bernard Roudet, sociologue : "Si les jeunes ne ressentent pas l’enjeu d’une élection, ils peuvent s’abstenir"

Si François Hollande a fait des jeunes l’un des axes de sa campagne, ceux-ci constituent une catégorie à fort potentiel abstentionniste. Comment s’intéressent-ils à la campagne ? Entretien avec Bernard Roudet, sociologue spécialiste de la jeunesse.

Un membre du collectif AC le Feu devant une affiche de campagne de 2007 à Clichy-sous-Bois (photo d\'illustration)
Un membre du collectif AC le Feu devant une affiche de campagne de 2007 à Clichy-sous-Bois (photo d'illustration) (JEAN AYISSI / AFP)

Si François Hollande a fait des jeunes l'un des axes de sa campagne, ceux-ci constituent une catégorie à fort potentiel abstentionniste. Comment s'intéressent-ils à la campagne ? Entretien avec Bernard Roudet, sociologue spécialiste de la jeunesse.

Alors que l'abstention risque de toucher un électeur sur trois au premier tour d'après un sondage Ifop publié la semaine dernière, l'Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes (Anacej) a rendu publics mercredi 21 mars les résultats d'une enquête menée sur les nouvelles formes d'action politique des 18-22 ans et leur intérêt pour la campagne présidentielle.

D'après le sondage, les jeunes ne s'intéressent pas moins que le reste de la population à la campagne présidentielle, même s'ils restent critiques vis-à-vis de sa qualité. Pour décrypter cette étude, France TV 2012 s'est entretenu avec Bernard Roudet, sociologue à l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP).

Quel est l'intérêt des jeunes pour l'élection présidentielle ?

Bernard Roudet. Globalement, l'élection présidentielle est celle qui suscite le plus d'intérêt, si l'on compare le taux d'abstention des autres élections en France. Maintenant, est-ce que les jeunes vont se mobiliser comme en 2007 ? La question reste en suspend. Leur intérêt se traduit par la télévision grâce à laquelle ils s'informent. Ils utilisent aussi Internet pour en discuter, mais ça reste marginal.

Quelles sont les pratiques politiques des jeunes ?

Ce qui ressort des études, c'est que les jeunes sont attachés au vote. Le phénomène de l'abstention ne correspond pas à celui du rejet du vote, car elle se développe dans l'ensemble du corps électoral. Certes, beaucoup chez les jeunes, mais pas uniquement.

Le ‘phénomène du vote par intermittence' est présent chez les 18-24 ans pour trois raisons. ‘Le moratoire électoral de la jeunesse' correspond à un rite de passage entre 18 et 20 ans durant lequel on vote beaucoup. Mais ce n'est qu'à partir de 30 ans que les jeunes reprennent l'habitude de voter, au moment où ils s'intègrent à la vie active. Ensuite, le vote par intermittence est lié à la catégorie sociale. Plus le niveau culturel est bas, moins on vote. Enfin, il est lié à la génération. Pour les jeunes, le vote est moins conçu comme un devoir que comme un droit. S'ils ne ressentent pas l'enjeu d'une élection, ils peuvent s'abstenir.

Quelle part du corps électoral représentent-ils ?

D'après les dernières études, les 18-24 ans représentent environ 13 % de la population en âge de voter. Mais les jeunes ont un rapport à la politique qui se fait par la contestation. Leur intérêt pour la politique se développe autour de questions de société très larges.

Or, les hommes politiques ont rarement une bonne image auprès des jeunes… et cette méfiance est réciproque. D'où l'importance de la société civile aux yeux des 18-24 ans. Et donc pour les politiques, s'adresser aux jeunes n'est pas forcément un calcul payant, en raison de ce phénomène du vote par intermittence. Toutefois, les questions qui concernent les jeunes préoccupent aussi beaucoup leur parents (qui votent davantage) et elles impliquent le devenir de la société dans son ensemble.