Ayrault : Hollande "n'avait pas d'information" sur Cahuzac

Jérôme Cahuzac a expliqué mardi soir qu'il "ignorait le degré de connaissance" du président et du Premier ministre sur sa fraude. Le gouvernement monte au créneau pour tenter de lever l'ambiguïté.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 27 mars 2013 à l\'Assemblée nationale, à Paris.
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 27 mars 2013 à l'Assemblée nationale, à Paris. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

"J'ignore quel était son degré de connaissance de cette affaire." Au milieu des confessions de Jérôme Cahuzac, mardi 16 avril, sur BFMTV, cette petite phrase, qui cultive l'ambiguïté sur les informations dont disposait François Hollande sur la fraude de l'ancien ministre du Budget, n'est pas passée inaperçue. Elle a provoqué une réplique immédiate du gouvernement, mercredi 17 avril.

Depuis la mise au jour du scandale, l'opposition accuse en effet l'exécutif d'avoir eu connaissance du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac, sinon dès le début, du moins plusieurs semaines avant ses aveux publics. 

La séance confession de Cahuzac "pathétique"

Pour tenter de lever une ambiguïté mal venue, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est monté au créneau mercredi matin sur France Inter. "Je peux vous dire que le président de la République n'avait pas d'information" sur ce compte, a martélé le chef du gouvernement. "S'il avait eu des informations, vous imaginez un instant, comme moi-même j'en aurais eu, qu'il aurait été nommé ministre du Budget ?", s'est exclamé Jean-Marc Ayrault.

Le Premier ministre s'est montré par ailleurs sévère sur l'intervention de Jérôme Cahuzac, sur BFMTV. Jean-Marc Ayrault a jugé l'interview, qu'il n'a d'ailleurs pas "regardée jusqu'au bout""pathétique"

Une phrase "peau de banane" pour Filippetti

La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a renchéri sur France Info. Expliquant que l'interview de Jérôme Cahuzac l'a "fait penser à la téléréalité", elle explique faire peu de cas de sa confession et sa sincérité selon lui retrouvée. "Je me fiche de la sincérité de Jérôme Cahuzac", lâche-t-elle. "Un homme qui a fait ce qu'il a fait, on n'a pas à se demander s'il était sincère ou pas."

Quant à la petite phrase ravageuse de Jérôme Cahuzac sur l'exécutif, la ministre de la Culture se livre à un raisonnement alambiqué pour la désamorcer. C'est une "phrase qui est évidemment une peau de banane", explique-t-elle. Mais "cela montre bien qu'entre le président et l'ancien ministre du Budget il n'y a jamais eu de relation de confiance et, bien paradoxalement et sans doute contrairement à ce que voulait l'auteur, cette phrase finalement exonère le président de la République de toute forme de complicité passive dans cette affaire".

 

L'UMP (re)demande des comptes

Jean-François Copé n'est manifestement pas de cet avis. Le président de l'UMP n'a pas manqué de s'engouffrer dans la brèche ouverte par l'ex-ministre du Budget. "Un certain nombre de zones d'ombre, comme dit Jérôme Cahuzac, ne sont pas levées. Lorsque Jérôme Cahuzac dit qu'il ignore lui-même le degré de connaissance par François Hollande de sa situation, ça en dit long sur l'incertitude", a-t-il déclaré mardi soir à la presse à son arrivée au Creusot (Saône-et-Loire), où il devait tenir une réunion publique.

Et d'asséner : "Ce que nous attendons, c'est que François Hollande, Jean-Marc Ayrault, M. Moscovici, M. Valls, Mme Taubira, répondent aux questions que nous sommes en droit de poser."