A Villeneuve-sur-Lot, Cahuzac empoisonne la vie des socialistes

Sondages, textos, coups de fils... L'ancien ministre est omniprésent dans la campagne de la législative partielle. Un sondage donne Cahuzac à 20% et le PS redoute de plus en plus sa candidature. Reportage.

Jérôme Cahuzac a fait sa première apparition publique depuis ses aveux le 11 mai 2013, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).
Jérôme Cahuzac a fait sa première apparition publique depuis ses aveux le 11 mai 2013, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). (JOELLE FAURE / LA DEPECHE DU MIDI / AFP)

Jérôme Cahuzac n'en finit plus d'hésiter. Local de campagne réservé, recherche d'un suppléant... Les préparatifs logistiques s'accélèrent en vue d'une éventuelle candidature pour la législative partielle dans la 3e circonscription du Lot-et-Garonne des 16 et 23 juin. Il devait donner sa réponse à La Dépêche du Midi vendredi 17 mai au soir, pour le journal du lendemain. Rendez-vous avait été pris, pour un entretien téléphonique. Au dernier moment, Jérôme Cahuzac s'est ravisé.

Même si l'ancien ministre du Budget, éjecté du gouvernement après l'affaire de son compte en Suisse, ne va pas au bout de ses velléités de candidature, il aura au moins réussi à savonner la planche de Bernard Barral, le candidat investi par le PS. Confronté à l'impopularité du président de la République et du gouvernement, ce dernier doit en plus composer avec le risque d'une deuxième candidature (ex-)socialiste.

Cahuzac entre 11% et 20%, selon les sondages

Et les sondages ont de quoi inquiéter le PS. Le premier, mené par l'institut Ipsos, crédite Jérôme Cahuzac de 11% des intentions de vote, un score suffisant pour renvoyer Bernard Barral à la troisième place (19%) et à une élimination probable. Le second, mené par LH2 et révélé par La Dépêche du Midi samedi, donne l'ancien ministre bien plus haut. Chez les 68% de personnes qui déclarent avoir l'intention d'aller voter, 23% voteraient pour Jean Louis Costes (UMP), 20% pour Jérôme Cahuzac, 18% pour Bernard Barral (PS), 16% pour Etienne Bousquet-Cassagne (FN) et 12% pour Marie-Hélène Loiseau (FDG). 

Bernard Barral (à gauche), le candidat désigné par le Parti socialiste, et Christophe Borgel (à droite), secrétaire national du PS en charge des élections, le 16 mai 2013 à Pujols (Lot-et-Garonne).
Bernard Barral (à gauche), le candidat désigné par le Parti socialiste, et Christophe Borgel (à droite), secrétaire national du PS en charge des élections, le 16 mai 2013 à Pujols (Lot-et-Garonne). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

"Cette candidature peut éliminer la gauche dès le premier tour", reconnaît Christophe Borgel. Le secrétaire national du PS aux élections a fait le déplacement à Pujols pour soutenir Bernard Barral et rencontrer les militants, à huis clos. Les législatives partielles sont en général marquées par une forte abstention, et il est rare que trois candidats réunissent les 12,5% des inscrits nécessaires pour être qualifiés au second tour.

"On en revient toujours à Cahuzac"

Dans ces conditions, la réunion de Pujols s'est déroulée dans une ambiance particulière. "La réunion a été assez tendue. Bernard Barral devait présenter son équipe de campagne et le plan de bataille. Mais on a beaucoup parlé de la question du suppléant", raconte un militant.

Le sujet peut paraître anecdotique mais il montre combien Jérôme Cahuzac empoisonne la campagne. A l'époque où il n'était pas question que ce dernier soit candidat au poste de député, Bernard Barral avait proposé le siège de suppléant au candidat éliminé au premier tour de la primaire socialiste, Eric Congé.

Mais aujourd'hui, cet accord n'est pas respecté. Car le PS attend de connaître la décision de l'ancien ministre avant de valider le ticket Barral-Congé, comme l'a révélé un journaliste de Radio France. "Si Cahuzac se présente, poursuit le militant, il faut essayer de trouver un accord avec les Verts ou le Front de gauche" en leur proposant le poste de suppléant contre le retrait de leur candidat, "pour fédérer au maximum au premier tour" et éviter d'être éliminé.

"Il contacte tout le monde"

Jérôme Cahuzac ne se contente pas de laisser planer le doute. Il l'entretient en en bombardant de textos ou de coups de fils les élus et les militants. Ils sondent les premiers et cherche à mobiliser les seconds. Ainsi, ce militant qui n'hésite pas à nous lire cet échange de SMS datant de la semaine dernière: "Prêt pour le grand jour ?", l'interroge-t-il. "Oui, il faut être prêt", répond Cahuzac. 

Ce démarchage a évidemment été évoqué lors de la réunion de Pujols. "On a énormément parlé de Cahuzac. Apparemment, il contacte tout le monde", raconte le militant socialiste, qui confirme l'information de Sud-Ouest : un e-mail a circulé jeudi pour appeler au boycott de la réunion autour de Bernard Barral.

Adjoint en charge de l'accessibilité à la mairie de Villeneuve-sur-Lot, Benoît Dupuy est de ceux qui reçoivent régulièrement des coups de fils de Jérôme Cahuzac. Une fois par semaine dans son cas. "Il essaye de savoir si les élus soutiendront jusqu'au bout Bernard Barral. Le discours, c'est "je suis la solution"" contre le FN et la droite.

"Des gens le suivent comme un gourou" 

  

Ses appels du pied ne restent pas sans réponse. Dans les rangs socialistes, entre pro-Barral et pro-Cahuzac, on se surveille du coin de l'œil. Entre 26 et 40 militants, selon les sources, ont glissé un bulletin Jérôme Cahuzac dans l'urne lors du premier tour de la primaire. "Il a travaillé pendant 15 ans à Villeneuve-sur-Lot, rappelle Benoît Dupuy. Les sections sont composées de gens qui le suivent un peu comme on suit un gourou."  

Ainsi, les absences à la réunion de Pujols ont été remarquées. Si Patrick Cassany, maire de Villeneuve, a été officiellement excusé, ce n'est pas le cas d'Alain Soubiran, un conseiller général proche de Jérôme Cahuzac. Sa chaise vide laisse libre cours aux interprétations.  

Et pour cause. Vendredi, lors d'une réunion du groupe socialiste au conseil général, Alain Soubiran n'a pas pris part au vote de soutien au candidat investi. "Il n'a pas voté pour, il n'a pas voté contre, dans l’attente peut-être d’une éventuelle décision de Jérôme Cahuzac", analyse Daniel Borie, conseiller général. Alain Soubiran explique, lui, que le texte proposé au vote comportait un passage qui n'était pas prévu au départ : la condamnation d'une éventuelle candidature de l'ancien ministre du Budget. Le feuilleton peut encore durer encore un petit moment : visiblement très indécis, Jérôme Cahuzac a jusqu'au vendredi 24 mai, 18h, pour déposer sa candidature à la préfecture.