Quand Bernard Tapie exagère

L'homme d'affaires s'est défendu sur trois médias, hier. Non sans affirmer quelques contre-vérités. Francetv info décrypte. 

Bernard Tapie sur France 2, le 1er juillet 2013. 
Bernard Tapie sur France 2, le 1er juillet 2013.  (LCHAM / SIPA)

A chaque nouvelle décision de justice, il contre-attaque à la télévision. Mercredi 10 juillet, Bernard Tapie a contesté, sur i-Télé, Europe 1 puis sur TF1, la saisie conservatoire de ses biens, décidée par les juges du pôle financier. "Présumé coupable", "exécuté avant d'avoir été condamné", l'homme d'affaires, mis en examen pour "escroquerie en bande organisée", a rejoué le numéro de la victime. Quitte à grossir le trait et asséner quelques contre-vérités. Décryptage.

Sur "La Provence" et "Nice Matin"

Version Tapie : "Je dis simplement que lorsque l'affaire [l'entreprise de presse] a besoin d'argent frais, c'est mon argent personnel qui va dedans. Et si je ne peux pas le faire, qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a 3 000 personnes qui sont au chômage."

Réalité : Non, l'actionnaire majoritaire du Groupe Hersant Medias ne paye pas directement les salaires des employés des journaux. La saisie de ses parts l'empêche de les revendre, mais pas d'en toucher les dividendes.

Cependant, la question de l'avenir des titres phares du Sud-Est, comme La Provence et Nice Matin, se pose. Comme le soulignent Les Echos, si Bernard Tapie est condamné et ses parts définitivement saisies, les titres seraient nationalisés de fait. "Quelle sera en effet la position de l’Etat s'il choisit cette option alors que le groupe Hersant (propriétaire des 50% restants) étouffe sous plus de 200 millions d’euros de dettes ?", s'interroge le quotidien. 

Sur l'état de ses finances 

Version Tapie : "On m'a bloqué mes comptes en banque. A l'heure où je vous parle, je ne peux plus vous faire un chèque de 10 euros." 

Réalité : Non, tous les comptes en banque de l'ancien patron de l'OM n'ont pas été saisis. Concrètement, les juges ont fait saisir deux assurances-vie souscrites en 2008 et estimées à plus de 20 millions d'euros. Ils ont également demandé l'avis du parquet pour saisir six comptes bancaires et un contrat d'assurance-vie de 180 millions d'euros détenu par la holding Groupe Bernard Tapie, domiciliée à Bruxelles. Mais Bernard Tapie n'est pas sur la paille. Ses comptes français restent à sa disposition.

De même, concernant ses biens, seuls son hôtel particulier parisien, acheté l'équivalent de 15 millions d'euros en 1986, et sa villa de Saint-Tropez, estimée à 48 millions d'euros, ont été saisis. Il ne peut plus les céder mais il peut encore s'y rendre, il en a l'usufruit. En revanche, grâce à d'habiles montages financiers, expliqués par Libération (article payant), son hôtel particulier de Neuilly, évalué à 40 millions d'euros, serait au nom de sa femme, son jet privé de 23 millions d'euros enregistré à Malte et son yacht de 40 millions d'euros battant pavillon de l'île de Man ne sont pas concernés

Enfin, Bernard Tapie se contredit. "L'Etat m'a versé 180 millions d'euros et ils me saisissent pour 238 millions d'euros !", s'indigne-t-il mercredi. Dans son livre paru le 27 juin, il expliquait n'avoir touché que les 45 millions d'euros liés à l'indemnisation du préjudice moral, et 47 millions via sa société Groupe Bernard Tapie, soit environ 92 millions. 

Sur le traitement qui lui est réservé

Version Tapie : "J'étais en guerre avec une banque, pas avec l'Etat français. [...] Je ne vois pas pourquoi l'Etat reprend la main avec Pierre Moscovici. Comment ose-t-il dire 'j’ai suggéré la saisie des biens de Tapie ?'" [...] et affirmer 'non, il n'y a pas de conspiration !'. C'est un acte politique !" 

Bernard Tapie s'étonne aussi : "Je ne savais pas que, dans ce pays, on pouvait saisir des biens avant que l'affaire soit jugée."

La réalité : Selon Europe 1, Pierre Moscovici ne dit pas qu'il a fait pression mais bien que l'Etat, en tant que partie civile dans le dossier, a suggéré les mesures conservatoires par le biais de ses avocats.

Concernant la procédure de saisie conservatoire, France Inter rappelle qu'elle a été instaurée par une loi de juillet 2010. Elle a déjà été appliquée dans 20 000 affaires, soit une vingtaine par jour, selon la radio.