Cet article date de plus de huit ans.

Quand Bernard Tapie raconte ses rendez-vous à l'Elysée

Depuis la mise en examen de Stéphane Richard dans l'affaire Tapie-Crédit lyonnais, l'homme d'affaires en dit plus sur ses différentes rencontres avec Nicolas Sarkozy.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Bernard Tapie, en mai 2013 à Marseille (Bouches-du-Rhône). (GERARD JULIEN / AFP)

L'information a été lâchée par le patron d'Orange au cours de sa garde à vue : Bernard Tapie était présent à l'Elysée, en 2007, lors d'une réunion cruciale à propos de l'affaire qui l'opposait au Crédit lyonnais. Selon Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde lorsqu'elle était ministre de l'Economie, l'homme d'affaires a participé à cette réunion destinée à mettre en place la procédure d'arbitrage pour régler le contentieux. Arbitrage favorable à Tapie qui a obtenu, au terme de cette procédure, en juillet 2008, 240 millions d'euros de réparation auxquels s'ajoutaient une centaine de millions d'euros d'intérêts et surtout 45 millions d'euros pour préjudice moral.

Mis en examen mercredi 12 juin pour "escroquerie en bande organisée", Stéphane Richard a expliqué qu'en plus de Bernard Tapie, Claude Guéant, à l'époque secrétaire général de l'Elysée, et Jean-François Rocchi, ex-président du Consortium de réalisation, la structure créée pour gérer le passif du Crédit lyonnais, étaient également présents à cette réunion le 24 ou 25 juillet 2007. Bernard Tapie s'est expliqué à plusieurs reprises depuis ces révélations. Voici comment son discours a évolué. 

Acte 1 : Tapie ne se souvient pas de la date

Dans l'après-midi du jeudi 13 juin, alors que l'information sur la participation de Tapie à la réunion concernant l'arbitrage tombe, Bernard Tapie réagit à chaud auprès de l'AFP. L'homme d'affaires explique "ne pas se souvenir de cette réunion à cette date". Cependant, "une réunion pour expliquer [sa] position" lui "paraît un processus logique, après que les liquidateurs de [son] groupe eurent suggéré l'arbitrage suite à l'échec de la médiation", entre le Crédit lyonnais et le groupe Tapie.

Si réunion il y a eu, "six mois avant l'arbitrage", il ne s'agirait en aucun cas d'une "réunion de validation", mais d'une "réunion d'information" afin d'évaluer "à quel point la solution de l'arbitrage a mis l'Etat à l'abri de très mauvaises surprises", a-t-il estimé. "Quand c'est pas bidon, décider d'un arbitrage demande consultation, décision puis arbitrage", a-t-il fait valoir, en précisant que Christine Lagarde avait ensuite "demandé des consultations à des spécialistes".

Acte 2 : Tapie admet à demi-mot 

"Des réunions ont eu lieu. Notamment au mois de juillet 2007", explique Bernard Tapie, interrogé dans la soirée de jeudi par Le Figaro. L'homme d'affaires indique que ces réunions ont eu lieu en présence notamment de Stéphane Richard, Jean-François Rocchi et Claude Guéant. "Etais-je présent, peut-être, s'ils le disent. Il n'y a aucune raison qu'ils mentent", ajoute Bernard Tapie, laissant planer un doute. Il précise que Nicolas Sarkozy n'était pas présent lors de ces réunions. 

Voyait-il le président de la République au moment de l'arbitrage rendu en sa faveur ? Bernard Tapie reste flou : "Je l'ai toujours vu quand il était ministre de l'Intérieur puis président de la République et aujourd'hui encore. Et alors ? Mais vous savez, j'ai beaucoup plus vu en son temps le président François Mitterrand !" Et si Nicolas Sarkozy a donné son feu vert à l'arbitrage en sa faveur, l'homme d'affaires insiste, la décision du président a été rendue "après de très nombreuses réunions officielles". Et il précise que "tout le monde a donné son feu vert"

Acte 3 : Tapie est "allé plusieurs fois à l’Elysée"

Dans Le Parisien (article payant) daté du vendredi 14 juin, Bernard Tapie est interrogé une nouvelle fois sur sa présence lors de la réunion cruciale de juillet 2007. Il répond : "Objectivement, je ne m'en souviens pas. Mais je ne peux pas croire que Stéphane Richard puisse se tromper."

Il ajoute : "Je suis allé plusieurs fois à l’Elysée. Je ne m’en cachais pas d’ailleurs. J’entrais et je sortais par la grande porte et pas par l’arrière-cour. J’ai souvent rencontré Henri Guaino [ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy], Catherine Pégard [ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy] et un peu moins souvent Claude Guéant. C’est vrai que je voulais faire entendre mes arguments. J’ai également eu des rendez-vous avec Nicolas Sarkozy en personne et avec François Fillon à Matignon. Mais je ne me suis jamais entretenu de mon dossier avec eux." Quel rôle Nicolas Sarkozy a-t-il joué dans cet arbitrage ? "C’était normal qu’il donne son feu vert", déclare l'homme d'affaires.

Prié de dire pourquoi la rencontre évoquée par Stéphane Richard se serait déroulée à l'Elysée, et non à Bercy, Bernard Tapie répond vendredi à Reuters : "Je n'ai pas choisi l'endroit où on souhaitait me recevoir." Il précise que Christine Lagarde, ministre de l'Economie à l'époque, a souhaité avoir un "grand nombre de consultations, d'avis et d'expertises" pour peser "les avantages et inconvénients" d'un arbitrage. "Il est probable qu'ils m'aient demandé à l'époque en quoi c'était intéressant pour moi et pour eux de passer à l'arbitrage, puisqu'on avait échoué dans la médiation." 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Affaire Tapie

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.