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Qu'a fait Bernard Tapie de ses millions d'euros ?

L'homme d'affaires affirme n'avoir pas touché plus de 100 millions d'euros après l'arbitrage en 2008 dans l'affaire du Crédit lyonnais. Mais comment les a-t-il dépensés ?

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France Télévisions
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Bernard Tapie sur le plateau du 20h de France 2, le 2 avril 2010. (MAXPPP)

Où sont passés les millions ? Depuis jeudi, Christine Lagarde est entendue par la Cour de justice de la République au sujet de l’arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie en 2008. De son côté, l’homme d’affaires affirme ne pas envisager que cet arbitrage soit remis en cause. Et explique que loin des 403 millions d’euros avancés, il lui a touché moins de 100 millions. Si le recours à l'arbitrage ou la décision du tribunal arbitral était annulé, Bernard Tapie devrait tout rendre. Mais de quel argent parle-t-on, et qu'en a-t-il fait ?

Quels millions ?

403, 185, et le numéro complémentaire est... le 50. Si l’opinion publique estime que Bernard Tapie a touché le gros lot en 2008 avec la décision du tribunal arbitral dans l’affaire Tapie-Lagarde-Crédit lyonnais-Adidas, les multiples chiffres évoqués peuvent égarer l'auditoire.

L’affaire Crédit lyonnais. Petit récapitulatif : en 1993, Bernard Tapie vend Adidas à un groupe d’investisseurs, parmi lesquels se trouve le Crédit lyonnais (qui s’occupe aussi de la vente). Un an plus tard, la marque aux trois bandes est revendue plus du double du prix initial. S'estimant floué, l’homme d’affaires porte plainte contre la banque alors publique. Entre temps, celle-ci est à deux doigts de la faillite, et c’est donc à un Consortium de réalisation (CDR) que l'Etat confie le soin de gérer ses dettes. Après une longue bataille judiciaire, le ministère de l’Economie décide en 2007 de recourir à un tribunal arbitral privé.

Une somme à géométrie variable. 403 millions d’euros, voilà la somme adjugée à Bernard Tapie en juillet 2008 par le tribunal arbitral privé. Les trois hommes désignés pour résoudre le conflit opposant le businessman français à l’Etat, à la suite de l’affaire du Crédit lyonnais, condamnent l’Etat à lui verser 285 millions d’euros dont 45 à titre de préjudice moral, plus les intérêts, ce qui donne cette somme de 403 millions.

A l’époque, Bercy précise qu’une fois les dettes et les frais soustraits, Bernard Tapie ne touchera qu’entre 30 et 50 millions d’euros. En 2010, le Canard enchaîné, cité par le JDD affirme que le Trésor public va en fait verser 210 millions d’euros à l’ancien président de l’Olympique de Marseille, ce que dément Tapie selon Le Monde, parlant de 30 à 40 millions lui revenant à la fin de cette affaire.

Et vendredi 24 mai, dans un entretien au Parisien (article abonnés), Bernard Tapie estime qu’il lui est "resté en tout et pour tout nettement moins que 100 millions d’euros" après l’affaire.

Quelles dépenses ?

Bernard Tapie est un businessman. Sans surprise, depuis la décision du tribunal arbitral, l’homme aux sept casquettes a poursuivi ses investissement et dépenses.

Yacht et jet. En 2010, l’ancien ministre de la Ville de François Mitterrand s’offre un yacht pour 40 millions d’euros. Rebaptisé Reborn, le navire de 76 mètres de long immatriculé sur l’île de Man est présenté comme un investissement par l’homme d’affaires, car, explique-t-il alors au Nouvel Observateur, "les nouveaux riches veulent tous un yacht, mais ils doivent attendre deux ou trois ans avant d'être livrés. Pour patienter, ils louent un bateau et sont prêts à payer très cher". En janvier 2012, la flotte de Bernard Tapie s’agrandit avec l’achat d’un jet Bombardier Global Express basé à Malte, pour 23 millions d’euros.

Le yacht "Reborn" de Bernard Tapie le 12 septembre 2012. (SYLVESTRE / MAXPPP)

Habitats de luxe. En 2012, Bernard Tapie s’offre la villa La Mandala, sur les hauteurs de Saint-Tropez, pour 47 millions d’euros (voir les images sur le site de RTL), et sa femme rachète l’ancien hôtel particulier de Lindsay Owen-Jones, ex-patron de L’Oréal, à Neuilly-sur-Seine. Selon les informations du Nouvel Observateur, elle l’a payé avec sa part de l'indemnité de 45 millions d’euros octroyée au couple à titre de préjudice moral lors de l’arbitrage.

Investissements. L’homme n’a pas cessé ses investissements. Après avoir acheté puis revendu (avec une plus-value estimée à 1,5 million d’euros) des part du Club Med en 2009, celui dont la phrase "pourquoi acheter un journal quand vous pouvez acheter un journaliste" est entrée dans la postérité se lance comme patron de presse. Pour 51 millions d’euros, il rachète La Provence, Nice-Matin et Corse-Matin au groupe Hersant, relançant la polémique sur son ambition politique envers la cité phocéenne.

Total. Si l’on fait le calcul, depuis l’arbitrage, Bernard Tapie a dépensé au moins 110 millions d’euros. Si la Cour de justice de la République décidait de casser la décision arbitrale, il devra probablement rembourser l’ensemble des sommes perçues. Mais, relèvent des experts interrogés sur le sujet par Le Parisien (article abonnés), récupérer les quelques 403 millions d’euros octroyés à Tapie s’annonce compliqué. Prévoyant une procédure très longue, un député souligne que l’homme d’affaires a placé une partie de ses avoirs à l’étranger, ce qui ne simplifiera pas l’affaire.

Précision nécessaire : l’ensemble de la fortune de Bernard Tapie est très difficile à évaluer, mais elle ne se borne pas à ce qu’il a touché dans le règlement de l’affaire Adidas. Le Nouvel Observateur l’estimait à 305 millions d’euros en avril. De quoi attirer les moqueries de la toile après sa déclaration du 24 mai.

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