A Marseille, le retour de Tapie n'enthousiasme pas sa "famille" politique

L'homme d'affaires a tendu la main aux radicaux de gauche en vue des prochaines élections. Mais pour revenir en politique, il doit convaincre son propre camp, divisé.

Bernard Tapie, avant un entretien télévisé, le 10 juillet 2013 à Paris.
Bernard Tapie, avant un entretien télévisé, le 10 juillet 2013 à Paris. (FRED DUFOUR / AFP)

C'est non. Enfin, pour le moment. Le président du Parti radical de gauche (PRG), Jean-Michel Baylet, a fermé la porte à Bernard Tapie, jeudi 11 juillet. La veille, sur i-Télé, l'homme d'affaires avait pourtant proposé d'apporter son aide aux radicaux pour contrer le FN, à Marseille (Bouches-du-Rhône), et partout où le Front national "sera en situation" d'emporter une élection.

FRANCETV INFO / i-Télé et Europe 1

Alors que "le président prône une République exemplaire", explique Jean-Michel Baylet sur Europe 1, il est "pour l'instant impossible" d'accueillir l'ancien ministre à ses côtés. Aussi longtemps, du moins, qu'il est mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" dans l'enquête sur l'arbitrage de son litige avec le Crédit lyonnais.

A Marseille, la nostalgie Tapie...

Le président de la fédération PRG des Bouches-du-Rhône, Michel Dary, tombe de haut, après la fin de non-recevoir décrétée par le patron du parti. Jeudi matin, il assure avoir reçu "cinq ou six coups de téléphone de militants" déçus. "Tapie a fait sa demande à Baylet. S'il l'avait faite directement à la fédération, il n'aurait pas eu de refus. S'il vient, bien sûr qu'il sera le bienvenu. Sur les marchés, et même dans les bistrots !" Michel Dary prévoit d'ailleurs d'aborder la question, lors du bureau fédéral, lundi. Et d'en toucher deux mots à Jean-Michel Baylet. 

Car ici, beaucoup entretiennent la nostalgie des années dorées du PRG. A la tête de la liste Energie radicale pour les européennes de 1994, Bernard Tapie a obtenu 12% des voix, talonnant le PS de Michel Rocard. C'était avant les affaires, avant la prison, avant le soutien à Nicolas Sarkozy, en 2007. 

Trois ans plus tard, en 2010, Bernard Tapie a repris du service au PRG. Son nom a même été évoqué par Jean-Michel Baylet pour représenter le parti à la présidentielle de 2012. Mais quelques mois plus tard, patatras. "Nanar" sèche l'université d'été à Seignosse (Landes), car la mort de son chien le rend "inconsolable". Certains militants grincent des dents. La suite leur donne raison. De nouveau, Bernard Tapie soutient Nicolas Sarkozy en 2012. 

... mais des élus des Bouches-du-Rhône frileux

"Tout ce qu'il raconte ne veut absolument rien dire. C'est sa vérité du moment. Il change d'avis toutes les minutes", résume Yves Vidal, membre du bureau fédéral. L'élu n'a jamais digéré le parachutage de l'homme d'affaires dans sa circonscription, la dixième des Bouches-du-Rhône, il y a vingt ans. Aujourd'hui, il s'emporte contre la communication d'une "grande gueule". "Il tape à bras raccourcis sur le gouvernement, que je sache. Le PRG est impliqué avec le gouvernement, non ? Alors que va-t-il faire sur les marchés avec le PRG, hein ?" Et d'évoquer "l'ardoise laissée au parti", après les campagnes électorales des années 90.

D'autres élus locaux sont tout aussi frileux à l'idée d'un retour. Comme cette cadre locale de la formation, élue d'une petite commune, qui ne souhaite pas sa présence. "Bernard Tapie sur mon marché ? Ce sera sans moi. Je crois que les gens en ont marre de l'argent, des affaires." Quand elle dénonce le "microcosme marseillais", Yves Vidal, lui, s'emporte contre "les militants historiques du nord de Marseille et les nostalgiques de l'OM, qui attendent son retour."

Au PRG, beaucoup lui reconnaissent une aura, et donc, un fort potentiel électoral. "Vous le savez, le FN est en forte progression chez nous", reprend Michel Dary. "Et Bernard Tapie a toujours maintenu des contacts avec les radicaux", notamment avec Jean-Michel Baylet, au cours de rencontres à Paris. "C'est un homme plutôt charmant, voire charmeur...  Il a une gouaille et un tempérament qui correspondent au tempérament méditerranéen." Question de point de vue. Yves Vidal, lui, préfère retenir une phrase de Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais. "Je ne reçois pas Bernard Tapie, car je connais mes dossiers. Et si je le reçois, j'aurai l'impression de ne plus les connaître."