Affaire Bettencourt : l'experte proche du juge Gentil aurait touché des honoraires très élevés

Le juge Jean-Michel Gentil, qui instruit le volet abus de faiblesse de l'affaire Bettencourt, est un proche de l'une des expertes ayant examiné la vieille dame. Des liens qui auraient, selon les avocats des mis en examen, un impact flagrant sur la procédure. 

Le professeur Sophie Gromb, chef du service de médecine légale du CHU de Pellegrin, dans les locaux de l\'hôpital (photo non datée).
Le professeur Sophie Gromb, chef du service de médecine légale du CHU de Pellegrin, dans les locaux de l'hôpital (photo non datée). (MAXPPP)

Les liens d'amitié entre le juge Jean-Michel Gentil, qui instruit le volet abus de faiblesse de l'affaire Bettencourt, et le professeur Sophie Gromb, une des expertes médicales de l'enquête, a-t-elle eu un impact sur la procédure ? C'est en tout cas l'avis de douze avocats représentant sept des mis en examen de l'affaire, dont Nicolas Sarkozy.

Dans un courrier, dont le Journal du Dimanche publie des extraits dimanche 2 juin, ils interpellent le parquet de Bordeaux sur une proximité qui fait "naître un doute sur l'impartialité objective de l'instruction", mais aussi sur des honoraires qu'ils jugent anormalement élevés.

Des honoraires deux fois supérieurs à ceux des autres

Le Parisien a révélé jeudi 29 mai que la médecin Sophie Gromb, qui a expertisé Liliane Bettencourt avec quatre autres experts, était une amie proche du juge Jean-Michel Gentil, qui a mis en examen Nicolas Sarkozy pour "abus de faiblesse". Dans un entretien exclusif à francetv info, Valérie Noël, l'une deux magistrates instruisant l'affaire aux côtés du juge Gentil, avait pris la défense de son collègue, affirmant que la décision de nommer l'experte avait été collégiale.

Mais un autre fait s'avère troublant : selon les informations du JDD, Sophie Gromb a touché pour son expertise 6 700 euros, plus de dix fois supérieurs au barême standard de 460 euros. Les quatre autres experts ont touché, toujours selon le JDD, 2 300, 2 700, 3 000 et 3 100 euros pour la même prestation. Le Parisien, citant les avocats, avait donné des chiffres similaires samedi 1er juin.

"Pourquoi de telles différences ? Pourquoi Mme Gromb, qui (...) n'est a priori pas spécialsite des questions de sénilité, a-t-elle touché le double, voire le triple des autres ?", s'interrogent les avocats.

Des dépassements non avalisés par le parquet

Ils relèvent par ailleurs que le juge Gentil n'aurait pas avisé le parquet avant d'accorder à Sophie Gromb un dépassement d'honoraire. "L'article R107 du code de procédure pénale oblige les juges, quand un expert sollicite un dépassement d'honoraire, d'en alerter le procureur au préalable" ajoute-t-il, or, d'après eux, "il n'y a aucune trace d'une telle demande au dossier"

Ils demandent enfin une copie de "l'extrait intégral de l'acte de mariage de Monsieur et Madame Jean-Michel Gentil" attestant des liens entre le magistrat et l'experte, qui aurait été son témoin de mariage. Pour eux, "découvrir aujourd'hui que l'experte principale qui passe trente minutes seule avec le juge Gentil dans la chambre de Mme Bettencourt est une intime du magistrat et que cela ait été caché n'est en rien anodin".