Cinéma : « Capharnaüm », de Nadine Labaki, au cinéma le 17 octobre

A l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. A la question : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? », Zain lui répond : « Pour m’avoir donné la vie ! ». Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer.

Partenariat
Capharnaum
Capharnaum (GAUMONT DISTRIBUTION)

Prix du Jury, Festival de Cannes 2018

Extrait d’entretien avec Nadine Labaki, réalisatrice

Pourquoi avoir choisi d’appeler votre film « Capharnaüm » ?  

Ce titre s’est imposé sans que je ne m’en rende compte. Lorsque j’ai commencé à réfléchir au film, mon mari Khaled m’a proposé d’inscrire sur un tableau blanc posé au milieu de notre salon tous les thèmes dont je voulais parler, mes obsessions du moment – car c’est ainsi que je procède -, les idées sur lesquelles je souhaitais plancher. En prenant un peu de recul par rapport à ce tableau, je lui ai dit : en fait, tous ces sujets forment un tel capharnaüm ! Ce film sera (un) capharnaüm.  

Quel est donc le sujet de votre film ?  

Capharnaüm raconte le périple de Zain, 12 ans, qui décide d’intenter un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde alors qu’ils n’étaient pas capables de l’élever convenablement, ne serait-ce qu’en lui donnant de l’amour. Le combat de cet enfant maltraité, dont les parents n’ont pas été à la hauteur de leur rôle, résonne en quelque sorte comme le cri de tous les négligés par notre système, une plainte universelle à travers des yeux candides…        

Quel levier d’action représente Capharnaüm et votre cinéma dans l’absolu ?

J’envisage le cinéma d’abord comme une manière d’interroger - et de m’interroger - sur le système actuel, en proposant mon point de vue sur le monde dans lequel j’évolue. Même si à travers mes films, Capharnaüm en particulier, je dépeins une réalité crue et dérangeante, je suis profondément idéaliste dans la mesure où je crois au pouvoir du cinéma. Je suis convaincue que le cinéma peut sinon changer les choses, au moins ouvrir un débat ou inviter à la réflexion. Avec Capharnaüm, au lieu d’aller déplorer le sort de cet enfant croisé dans la rue et de me sentir davantage impuissante, j’ai préféré employer mon métier comme une arme en espérant réussir à avoir un impact sur la vie de cet enfant, ne serait-ce qu’en invitant les gens à une prise de conscience. Au déclenchement, il y a eu ce besoin de braquer des projecteurs presque crus sur l’envers du décor de Beyrouth, et de toutes les grandes villes, de s’infiltrer dans le quotidien de ceux dont la misère est presque comme une fatalité dont ils ne peuvent se défaire.      

Tous les acteurs sont des gens dont la vie réelle ressemble à celle du film, pourquoi ce choix ?  

Oui, la vraie vie de Zain est similaire (à quelques détails près) à celle de son personnage, pareil pour Rahil qui était sans papiers. Pour le personnage de la maman de Zain, je me suis inspirée d’une femme que j’ai rencontrée, qui a 16 enfants qui vivent dans les mêmes conditions que celles de Capharnaüm. Six de ses enfants sont décédés et d’autres sont dans des orphelinats à défaut de pouvoir s’en occuper. Celle qui joue le rôle de Kawthar a, elle, réellement nourri ses enfants au sucre et aux glaçons. À ce casting où, même le juge est un juge, j’étais la seule « fausse-note » au milieu des acteurs. C’est la raison pour laquelle mon intervention en tant qu’actrice, au coeur de la vérité des autres, a été minime. Le terme « jouer » m’a toujours posé problème, et précisément dans le cas de Capharnaüm où le propos requiert une sincérité absolue. Je devais ça à tous ceux pour qui ce film servira d’étendard pour leur cause. Il fallait donc absolument que les acteurs soient des gens qui connaissent les conditions dont il est question, afin d’avoir une légitimité quant à parler de leur cause.

Capharnaum
Capharnaum (GAUMONT DISTRIBUTION)

De toute façon, il aurait été impossible, à mon avis, que des acteurs incarnent ces gens aux bagages si pesants, qui vivent un enfer. En fait, j’ai voulu que le film rentre dans la peau de mes personnages plutôt que l’inverse. Le casting sauvage s’est imposé, dans la rue, et comme par magie, car je suis convaincue qu’une force veillait sur ce film, tout s’est mis en place. À mesure que j’écrivais mes personnages sur papier, ils surgissaient dans la rue et la directrice de casting les retrouvait. Ensuite, je n’ai eu qu’à leur demander d’être eux-mêmes car leur vérité suffisait, et que j’étais fascinée, quasiment amoureuse de qui ils sont, de la manière dont ils parlent, réagissent, bougent. Je suis heureuse car c’était aussi et surtout une manière de leur offrir ce film comme champ d’expression, un espace où eux-mêmes ont exposé leurs souffrances.  

Plus d’informations sur le site de Gaumont.