Nouveau style pour un nouveau pape

Humour, décontraction et simplicité : François, qui sera officiellement intronisé ce matin, a déjà imposé son style, résolument différent de celui de son prédécesseur Benoît XVI.

Le pape François prend un bain de foule avant de prononcer son premier angélus, dimanche 17 mars, au Vatican.
Le pape François prend un bain de foule avant de prononcer son premier angélus, dimanche 17 mars, au Vatican. (SPAZIANI / OLYCOM / SIPA)

Il exaspère déjà les tradis, mais place Saint-Pierre, au Vatican, les fidèles scandent son nom comme les fans de Johnny. Elu le 13 mars, l'Argentin Jorge Bergoglio est le premier pape issu de la Compagnie de Jésus et le premier souverain pontife non-européen depuis 1 300 ans. En moins d'une semaine, celui qui est officiellement intronisé mardi 19 mars dans la matinée a déjà bousculé les codes du pontificat, et surpris par son style décontracté et sa simplicité.

Exit les dorures, le pape paye ses factures

Le pape François fait peu de cas des ornements et privilèges. Le jour où le conclave l'a choisi, il a refusé de prendre la voiture avec chauffeur mise à sa disposition et a préféré le minibus qui transportait les cardinaux jusqu'à la maison Sainte-Marthe. Et lorsqu'il est enfin apparu devant les fidèles réunis place Saint-Pierre, il ne portait ni mozette rouge ni étole pastorale. Une première. Il a même conservé sa propre croix pectorale, en fer, au lieu de celle en or sertie de pierres que portaient ses prédécesseurs.

On a aussi appris qu'après sa prière, jeudi matin, à la basilique Sainte-Marie-Majeure, le nouveau pape est allé chercher lui-même ses valises dans la résidence où il logeait pendant le conclave et insisté pour régler la facture. Dimanche, c'est vêtu d'une simple chasuble violette (Benoît XVI portait à cette même occasion une mitre et des habits dorés) que François a choisi de prononcer son homélie – debout, et non assis sur son trône.

Priorité aux pauvres

Une simplicité en accord avec son appartenance aux jésuites, pour qui la défense des pauvres est une priorité. Le pape, qui a choisi le nom de François (encore une première, en hommage à Saint François d'Assise), défend une Eglise missionnaire.

Connu pour son travail auprès des démunis, il a affirmé jeudi, à l'occasion de sa première messe dans la chapelle Sixtine, qu'il ne voulait pas d'une Eglise de "mondains". L'Eglise catholique n'est qu'une "ONG charitable" si elle ne professe pas Jésus, a-t-il estimé. L'Argentin a insisté deux jours plus tard, lors d'une conférence de presse, sur son désir de voir "une Eglise pauvre, pour les pauvres".

Esprit taquin

"Vous avez eu beaucoup de travail, hein ?", a lancé François, dont la bonhomie n'a d'égale que la timidité de Benoît XVI, aux journalistes présents pour sa première conférence de presse, samedi.

Et de raconter cette anecdote sur le choix de son nom, avec une pointe d'ironie : "Beaucoup ont dit que je devrais m'appeler Adrien pour être un vrai réformateur, ou encore Clément pour me venger de Clément XIV, qui abolit la Compagnie de Jésus."

Le lendemain, à l'occasion de son premier angélus, le pape s'est écarté du protocole et a pris un bain de foule place Saint-Pierre. Il a salué les 150 000 fidèles venus l'écouter, serré nombre de mains et échangé quelques mots. "Il est très décontracté, et donc il se comporte en public de la même manière qu'en privé", résume le vaticaniste Marco Politi. "Il a un comportement d'ensemble très à l'aise et très naturel, jusque dans sa manière de marcher et de saluer."

Plus tard, après avoir évoqué le livre d'un de ses amis cardinaux, il a lancé en plaisantant : "N'allez pas penser que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux !" Avant de se retirer dans ses appartements, François a ajouté : "Passez un bon dimanche et bon déjeuner à vous."

France 2 - Fanny Stenneler

Ce qui n'a pas encore changé, en revanche, c'est la Curie. Certains observateurs de l'Eglise catholique s'attendaient à ce que le nouveau pape procède rapidement à des changements au sein de l'administration du Vatican, qui serait agitée par des luttes de pouvoir sur fond de soupçons de corruption.

Le pape François a néanmoins décidé de maintenir à leur poste tous les responsables de la Curie. Il "souhaite en fait s'accorder une période de réflexion, de prière et de dialogue avant de procéder à toute nomination ou confirmation définitive", écrit le Vatican dans un communiqué envoyé samedi. La nomination d'un nouveau cardinal secrétaire d'Etat serait un signal fort donné par le pape pour une réforme du fonctionnement de la Curie, fortement demandée par les cardinaux réunis en congrégations générales avant le conclave.