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La banque du Vatican veut redorer son blason grâce à von Freyberg

Alors que l'avocat allemand Ernst von Freyberg vient d’être nommé par le Vatican à la tête de sa banque, retour sur l'Institut pour les Œuvres de religion (IOR). Lequel fut un temps accusé de manque de transparence financière.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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L'Institut pour les Œuvres religieuses (IOR), la banque du Vatican, le 18 Février 2012. ( AFP PHOTO / GABRIEL BOUY)
Après une vacance de dix mois, Ernst von Freyberg a été nommé par une commission de cardinaux et sa nomination a été approuvée par Benoît XVI. C’est probablement l’une de ses dernières grandes décisions avant sa renonciation en février.
 
Un industriel prend la tête de l’IOR
Ernst von Freyberg va apporter «sa grande expérience des questions financières et du processus de régulation financière», a précisé le Vatican qui veut redorer l'image de sa banque, malmenée par plusieurs scandales.
 
Décrit comme un fervent catholique (il organise des voyages à Lourdes) cet aristocrate, qui fait partie de l'Ordre des chevaliers de Malte, est depuis 2012 président des chantiers navals hambourgeois Blohm+Voss. Il est également membre de divers conseils d'administration, activités qu’il cessera pour se consacrer totalement à sa nouvelle charge.
 
Pour le Saint-Siège, ce choix, fruit d’un «méticuleux» processus de recherche, constitue «un signe d'une volonté de rigueur et de transparence».

La banque du Vatican a un nouveau président

 
Une nomination révélatrice des dissensions au sein de la Curie romaine
Mais cette nomination ne fait pas que des heureux. Elle est «le fruit d'un compromis amer», estime le journal Messagero. Certains experts y voient un camouflet pour le numéro deux du Vatican, Tarcisio Bertone, un fidèle du pape qui soutenait un autre candidat. Pour d’autres, cette nomination est un signe de déclin de l'influence des banques italiennes et américaines dans les finances du Vatican et la montée en puissance des établissements allemands.
 
Comme pour clore le débat, le porte-parole du Vatican, le père Lombardi, a lancé: «Le pape ne connaît pas personnellement Freyberg, sa famille ne lui est pas  inconnue, mais il n'est pas intervenu dans la nomination», avant d’ajouter que le président de l'IOR ne fait pas partie du «gouvernement» de l'Eglise.
 
Rendre les comptes de l’IOR moins opaques
Le poste était vacant depuis mai 2012, après que le conseil d'administration de la banque du Vatican avait voté une motion de défiance contre le prédécesseur d’Ernst von Freyberg, l'Italien Ettore Gotti Tedeschi, déjà choisi en 2009 pour remettre en ordre les comptes de l’IOR.
 
Mais en 2010, ce dernier avait été mis sur la sellette par la justice italienne pour violation d'une loi anti-blanchiment. Elle lui reprochait des omissions autour de mouvements de fonds d’une valeur de 23 millions d'euros. En juin 2010, le parquet italien avait toutefois levé tous les soupçons qui pesaient sur lui.
 
Son éviction avait mis à jour les frictions à propos de la gestion de la banque, jugée déficiente alors qu’elle était censée aider le Vatican à rejoindre la liste des Etats «propres» respectant les normes contre le blanchiment.
 
Coïncidence ou pas, le limogeage de Tedeschi est arrivé en même temps que l'arrestation du majordome de Benoît XVI, Paolo Gabriele, condamné pour avoir dévoilé des messages confidentiels du pape dans ce qui fut appelé le Vatileaks.
 
Le baron Ernst von Freyberg, le 16 décembre 2009 en Allemagne. (Klaus Schiebel / MALTESER ORDEN / AFP)

Des activités entourées du plus grand secret
Fondé le 27 juin 1942 par le pape Pie XII, l’IOR, qui bénéficie d’un statut fondé sur l’extraterritorialité propre au Vatican, gère les comptes des ordres religieux et des associations catholiques. On estime son patrimoine à quelque cinq milliards d'euros. Parmi ses clients, on trouve des prêtres, religieuses, conférences épiscopales, fondations et ministères du monde entier. En tout 44.000 comptes – dont celui du pape – gérés dans le plus grand secret.
 
Le scandale de la banque Ambrosiano
La banque du Vatican est assimilée à un paradis offshore depuis qu’a éclaté en 1982 le scandale lié à la faillite de la banque Ambrosiano. Cet établissement, dont l'IOR était l'actionnaire majoritaire, avait déposé le bilan en laissant un trou de 1,4 milliard de dollars. La banque recyclait l'argent de la mafia sicilienne, en relation avec la loge P2 (loge maçonnique illégale) qui travaillait pour la CIA, l'agence américaine de renseignements.
 
Roberto Calvi, surnommé le Banquier de Dieu, le directeur de l'Ambrosiano au moment de sa faillite, et membre de la loge P2, fut retrouvé pendu sous un pont de Londres, le 18 juin 1982.
 
Eclate ensuite «l'affaire Sindona»
Quelques années plus tard, la justice révèle que l'IOR a collaboré avec Michele Sindona, banquier de Cosa Nostra, la mafia sicilienne, dès 1957. Emprisonné en 1986, Sindona meurt empoisonné au cyanure dans sa cellule.
 
Soupçonné d'être directement impliqué dans ces différents scandales, l'archevêque américain Paul Marcinkus n’en sera pas moins resté directeur de la Banque du Vatican de 1971 à 1989 grâce aux soutiens des papes Paul VI et Jean Paul II.
 
Ce dernier pape s'est systématiquement opposé aux requêtes des magistrats italiens qui souhaitaient interroger Marcinkus, mort en 2006.

Le pape Benoît XVI avec Ettore Gotti Tedeschi, le 26 septembre 2010. (AFP PHOTO Osservatore Romano)
 
Et aujourd’hui ?
Fin 2010, Benoît XVI a créé une Autorité financière de lutte contre le blanchiment d'argent sale et le financement du terrorisme. But avoué: mettre en conformité l’IOR avec les normes internationales.
 
En juillet 2012, un rapport de Moneyval (experts du Conseil de l’Europe compétents sur le blanchiment d'argent), a estimé que le Vatican avait fait «un très long parcours en un laps de temps très court», mais qu’il restait du travail à faire.
 
Les autorités vaticanes devraient savoir en juillet 2013 si tel est le cas. Ces experts, qui ont demandé des réformes pour éviter le transit d’argent sale, diront alors si l’Etat pontifical peut figurer sur la liste blanche du Gafi (Groupe d’action financière) des Etats vertueux.

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