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USA: au Texas, les étudiants ont le droit de porter une arme à l’Université

Le Texas est le huitième Etat du pays à autoriser le port d’armes à feu sur les campus. Seule restriction : l’objet doit être dissimulé. La loi, qui est entrée en vigueur le 1er août 2016, ne concerne que les universités publiques. Les établissements privés ont choisi en majorité de ne pas l’appliquer.
Article rédigé par Marc Taubert
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le Texas est devenu, le 1er août 2016, le huitième Etat des Etats-Unis à autoriser les étudiants à porter des armes dans les universités publiques. Une victoire pour le lobby National Rifle Association (NRA). Sur cette photo, Rebecca, 14 ans, essaye un fusil avec son père, lors d'une démonstration organisée par la NRA. (REUTERS / Adrees Latif)

Le 1er août 1966, la capitale du Texas, Austin, était le théâtre de l'une des premières tueries de masse des Etats-Unis. La loi autorisant le port d’armes dans les universités texanes est entrée en vigueur cinquante ans, jour pour jour, après ce drame. Désormais, les étudiants peuvent donc entrer légalement sur les campus avec tout type d’armes. Une seule condition, elles doivent être cachées.

Les établissements publics n’ont pas le choix, ils doivent appliquer la loi. Leur seule liberté est de définir quelques espaces où les armes ne sont pas autorisées. «Dans l’université où je travaille, c’est le stade de football et les laboratoires où sont utilisés des produits chimiques qui ont été choisis comme lieu sans armes. On peut aussi les interdire dans nos bureaux, mais il faut le spécifier oralement aux étudiants», déplore Lynn Wilkinson, professeure de littérature à la University of Texas at Austin (UT Austin, publique), interviewée par Géopolis.

Une enseignante d'anthropologie, Pauline Strong, de l'University of Texas at Austin (UT Austin), pose une pancarte interdisant les armes à feu sur la porte de son bureau, le 1er août 2016. (Jay Janner / AP / SIPA)

L’influent lobby des armes
Les partisans de cette loi ont un raisonnement implacable : laisser les étudiants porter des armes sur les campus diminuera les tueries. C’est ce qu’à expliqué le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott : «En signant cette loi, les Texans sont assurés que le Deuxième amendement (qui permet le port d’arme) sera plus fort. Et nous serons encore plus en sécurité».

En clair, permettre aux étudiants de porter des armes à l’intérieur des établissements, c’est leur permettre de s’interposer en cas de fusillade. Un argument que brandit, après chaque tuerie, le lobby des armes. Lequel milite depuis longtemps pour une généralisation de la loi sur tout le territoire des Etats-Unis.

Le candidat républicain à la Maison-Blanche, Donald Trump, prononce un discours le 20 mai 2016 lors de la convention de la National Rifle Association (NRA). (Mark Humphrey / AP / SIPA)

«La seule chose qui stoppe un homme mauvais avec une arme, c’est un homme bon avec une arme», proclamait ainsi Wayne La Pierre en 2012, PDG de la National Rifle Association (NRA), le lobby des armes le plus influent du pays. Et d’ajouter : «Les hommes politiques font passer des lois pour l’interdiction des armes dans les écoles. Ils publient des communiqués de presse en se vantant d’eux-mêmes. Ils en font la publicité, et en le faisant, ils disent à tous les tueurs fous de l’Amérique, que les écoles sont l’endroit le plus sûr pour faire le maximum de pagaille avec un minimum de risques».

Un argument manifestement massue au Texas. «Dans cet Etat, les traditions pionnières de l’Amérique sont très présentes. Il y a énormément d’armes à feu, le lobby des armes est très puissant. Et les républicains (ils dirigent cet Etat depuis 1995), historiquement, défendent ce qu’ils considèrent comme une liberté», explique Lynn Wilkinson.
 
  (GAL ROMA / AFP)

«Je regarde les gilets pare-balles sur Amazon»
Les professeurs, eux, ne croient pas à cette promesse de sécurité. Trois universitaires de UT Austin ont lancé des poursuites pour dénoncer la loi au motif que leur droit à la liberté de parole serait bafouée face à la crainte de faire cours devant des étudiants armés.
 
Lynn Wilkinson se prépare déjà à cette nouvelle situation à laquelle elle sera confrontée le 24 août 2016, jour de sa rentrée. «J’ai regardé sur Amazon le prix des gilets pare-balles mais c’est très cher. C’est vraiment une situation absurde pour nous !» s’exclame-t-elle. «J’ai toujours été contre les armes et je ne sais pas les utiliser. Mais désormais, je me demande si je ne vais pas m’en acheter une. Qu’est-ce que je ferai sinon si un étudiant me menace ?»

Sur cette photo : "Contre les armes dans nos classes" brandissent des élèves de la University of Texas at Austin (UT Austin), le 1er octobre 2015. (Ralph Barrera / AP / SIPA)

Si elle redoute qu’une situation aussi dramatique arrive, elle pointe les autres problèmes que peut engendrer cette loi. «Dans mon université, les étudiants nous notent à la fin de l’année. Déjà que le climat peut être tendu, avec cette loi, ça peut risquer de dégénérer».
 
Et de conclure : «Pour l’instant, aux Etats-Unis, c’est très difficile d’avoir un débat rationnel sur les armes. Combien de morts faudra-t-il pour qu’il ait enfin lieu ?»

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