Trump sur twitter ou la diplomatie en 140 signes

Le président élu américain Donald Trump est adepte des messages choc. On l’a vu pendant sa campagne électorale. Président élu, il confirme ce penchant à travers ses messages twitter. Dernier tweet en date : son coup de chapeau à Poutine après la décision d'Obama d'expulser des diplomates russes. Reste à savoir si la finesse de la diplomatie est compatible avec des déclarations en 140 signes.

Compte twitter de Trump (capture écran du 29/12/2016)
Compte twitter de Trump (capture écran du 29/12/2016) (twitter)
Soutien à Israël, critique de l’accord avec l’Iran, rendorcement de l'armement nucléaire américain, polémiques avec Pékin… et tout dernièrement son coup de chapeau à Poutine («j'ai toujours su qu'il était intelligent») après la décision d'Obama d'expulser des diplomates russes des Etats-Unis. Une façon très directe de critiquer le président encore en place.

Elu et pas encore en fonction, Donald Trump multiplie les messages politiques sur le réseau Twitter en direction de ses 18 millions d’abonnés mais surtout à destination de ses futurs interlocuteurs. Sa réaction à la décision de Poutine de ne pas expulser en retour de diplomates américains a été bien entendu fort bien reçue à Moscou alors qu'aux Etats-Unis certains ont guère apprécié...


Même propos aussi directs à propos de l'Iran et d'Israël Si les messages du futur président américain ont été appréciés par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, les Iraniens avaient fait savoir par avance que «[Donald Trump] veut faire beaucoup de choses, mais aucune de ses actions ne va nous affecter [...] Est-ce que vous pensez que les Etats-Unis peuvent déchirer l'accord de Vienne [sur le nucléaire] ? Est-ce que vous pensez que notre pays va le laisser faire ?». 

La diplomatie, c’est «l’art du mouvement, c’est faire bouger les lignes pour faire avancer le règlement des conflits», disait Dominique de Villepin récemment. Les tweets de Trump pourrait aller sans ce sens… Mais il n’est pas sûr que le président élu et l’ancien Premier ministre français aient la même vision du mouvement dans les relations internationales. A l'heure où l'actuel secrétaire d'Etat américain, John Kerry, fait un discours de 70 minutes pour expliquer sa position sur Israël, les tweets de Trump offrent de saisissants raccourcis. D'ailleurs, la presse américaine s'est inquiétée : un tweet-tempête tôt le matin, mal interprété par un des adversaires de l'Amérique, pourrait conduire à une réaction en chaîne de «avec des conséquences incalculables, imprévisibles et de grande ampleur»


Le candidat Trump a sans doute en partie gagné sa campagne présidentielle en cassant un certain nombre de codes dans la communication. Mais la campagne est terminée. Et rien ne dit que les dirigeants des pays cités par Donald Trump réagissent de la même façon que les foules américaines aux messages en 140 signes du désormais président élu.

L’Iran et Israël n’ont pas été les seuls sujets de sa communication via Twitter. Le président élu avait déjà «dialogué» début décembre avec la Chine en lançant : «Est-ce que la Chine nous a demandé s'il était OK de dévaluer sa monnaie (rendant nos entreprises moins compétitives), de taxer lourdement nos produits à l’entrée dans le pays (les Etats-Unis ne les taxent pas), ou de construire un complexe militaire massif au milieu de la mer de Chine méridionale ? Je ne crois pas !». Il répondait ainsi à Pékin qui critiquait le fait que le président élu ait parlé avec la présidente de Taïwan… alors que la diplomatie officielle ne reconnaît qu’une seule Chine, celle de Pékin, pas celle de Taïwan… 


Que ce soit à propos de la Chine, d'Israël ou de l'Iran, les propos de Donald Trump vont finalement dans le sens des propos qu'il tenait pendant la campagne. La nouveauté vient du style. Le langage lapidaire de Twitter avait jusque-là peu servi dans la diplomatie mondiale.

On n'ose imaginer ce qu'un tweet malheureux aurait pu provoquer en pleine crise de Cuba... Mais Kennedy n'était pas Trump. Un analyste américain a noté que traditionnellement, un incident de ce type «aussi stratégiquement crucial que les relation sino-américaines, sont discutés pendant des heures, voire des jours». Selon Peter Apps, le nouveau président semble montrer les «signes d'une plus grande spontanéïté». Il est vrai que Trump vient du monde des affaires, et surtout de la télé-réalité. 

Pour relativiser, il est certain que Trump n'est pas le seul à utiliser twitter pour communiquer. Un blog, twiplomacy.com, recense d'ailleurs les événements diplomatiques de l'année 2016 en matière de relations internationales, tout comme un compte Twitter @twiplomacy. 

Dans sa première interview télévisée après sa victoire, Trump avait prévenu qu’il continuerait de s’exprimer sur les réseaux sociaux. «C’est une forme de communication moderne. Je ne dis pas que j’adore mais ça, mais ça aide à faire passer le mot. Quand vous [la presse] sortez un article mauvais ou imprécis sur moi [...], j’ai un moyen de contre-attaquer».
 
Pendant la campagne électorale, les proches du candidat Trump avait un temps surveillé sa communication sur Twitter. Barack Obama s'en était amusé: «Si une personne ne peut maîtriser son compte Twitter, cmment pourra-t-il gérer le code de tir nucléaire?».

En attendant de gérer ce code, Trump persiste et affirme déjà : «Les choses seront différentes après le 20 janvier», date de l'investiture. A quel point ?  


A cette date, Donald Trump aura entre les mains le compte officiel de la présidence américaine, @potus (president of the United States) et ses 12 millions d'abonnés, actuellement à l'effigie de Barack Obama.