VRAI OU FAKE. Donald Trump peut-il être immunisé contre le Covid-19, comme il le prétend ?

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Le président des Etats-Unis, Donald Trump, enlève son masque, le 10 octobre 2020, au balcon de la Maison Blanche, à Washington. (MANDEL NGAN / AFP)

Le président américain se vante de ne plus pouvoir ni attraper ni transmettre le coronavirus. Toutefois, les experts estiment qu'il ne faut pas le croire sur parole.

Du haut de ses 74 ans, Donald Trump tient à faire savoir qu'il a vaincu le coronavirus. Dernière déclaration bravache en date : le locataire de la Maison Blanche a affirmé, dimanche 11 octobre, qu'il était "immunisé" contre le Covid-19, qui l'a obligé à mettre entre parenthèses la campagne pour sa réélection pendant plus d'une semaine. "Il semble que je sois immunisé, pour, je ne sais pas, peut-être une longue période, peut-être une courte période, peut-être pour la vie. Personne ne sait vraiment, mais je suis immunisé", a assuré le président des Etats-Unis au cours d'un entretien téléphonique diffusé sur la chaîne américaine Fox News (article en anglais)

Le milliardaire républicain en lice pour un second mandat a renchéri sur Twitter : "Feu vert complet et total des médecins de la Maison Blanche hier. Cela veut dire que je ne peux pas l'attraper (immunisé) et que je ne peux pas le transmettre. Très bon à savoir !!!"

Peu après la publication de ce tweet, le réseau social l'a sanctionné d'un avertissement, estimant qu'il enfreignait "les règles de Twitter concernant la diffusion d'informations trompeuses et potentiellement préjudiciables liées au Covid-19". Donald Trump aurait-il lancé une "fake news" de plus ? Réponse, point par point.

"Je suis immunisé" : pas sûr

Il est "possible" que Donald Trump soit immunisé contre le Covid-19, convient sur LCI Arnaud Fontanet, directeur du département de santé globale de l'Institut Pasteur. Mais pour s'en assurer, "il faudrait tester le type d'anticorps" présents dans son organisme, souligne l'épidémiologiste. "Est-ce que ce sont ceux − les anticorps monoclonaux  qui lui ont été injectés ? Ou est-ce que ce sont des anticorps qu'il a produits ?", interroge le membre du Conseil scientifique.

En clamant qu'il est immunisé, Donald Trump commet "un abus de langage", juge pour sa part Frédéric Altare, directeur de recherche à l'Institut national de la santé (Inserm). Ce dernier pointe le traitement expérimental dont le président américain a bénéficié. "On lui a administré un cocktail d'anticorps monoclonaux neutralisants, qui ont été développés pour viser spécifiquement le virus, reconnaître la zone qui lui permet de rentrer dans la cellule et la bloquer, rappelle le spécialiste. C'est mieux que ce qu'on fait naturellement, puisqu'on se fabrique nous-mêmes un pool d'anticorps neutralisants et non neutralisants." 

"A partir du moment où il a reçu ces anticorps", le milliardaire "ne risque pas grand-chose" et "peut considérer qu'il est immunisé contre le virus", concède Frédéric Altare, "si tant est que ces anticorps aient été complètement efficaces". Le chercheur émet toutefois une réserve. "Comme toute chose présente dans l'organisme, ces anticorps vont se dégrader et disparaître", explique-t-il.

Il peut considérer qu'il est tranquille pour un moment, tant qu'il a ces anticorps en lui ou tant qu'on a prévu de lui en réinjecter.

Frédéric Altare, directeur de recherche à l'Inserm

à franceinfo

Le laboratoire américain Regeneron, à l'origine du traitement expérimental administré à Donald Trump, n'a d'ailleurs "pas communiqué sur leur durée de vie", souligne le spécialiste. En conséquence, "à moins qu'on lui en réinjecte toutes les semaines ou tous les mois, l'immunité qui lui a été conférée par ces anticorps ne va plus être présente."

"Je ne peux pas l'attraper" : faux

Quand il affirme qu'il ne peut plus attraper le Covid-19, Donald Trump pèche cette fois par "excès de confiance", estime Frédéric Altare. D'une part, les médecins ne savent pas encore précisément combien de temps dure cette immunité. D'autre part, quelques rares cas de réinfection ont été constatés. 

"Les anticorps vont apparaître entre cinq et quatorze jours après l'infection. Il faut deux à trois semaines pour que leur concentration soit optimum. Leur quantité augmente dans les premières semaines de l'infection", détaille Olivier Schwartz, directeur de l'unité virus et immunité de l'Institut Pasteur. Donald Trump ayant officiellement été déclaré positif au Covid-19 au tout début du mois d'octobre, la concentration d'anticorps générés par son organisme commencerait donc tout juste à atteindre ce pic.

"Ensuite, la concentration en anticorps peut soit se stabiliser, soit progressivement descendre, indique Olivier Schwartz. Des études montrent qu'on retrouve des anticorps jusqu'à trois mois après l'apparition des symptômes." "La quantité d'anticorps diminue plus ou moins rapidement, en fonction des individus et des tests utilisés. Certains tests de diagnostic sont moins sensibles, quand il y a moins d'anticorps", précise l'expert, dont l'équipe étudie justement ce point.

Au-delà de ces quelques mois, c'est "la mémoire du système immunitaire" qui entre en jeu, poursuit Olivier Schwartz. "Nos lymphocytes B, qui produisent ces anticorps, ont été armés à un moment et circulent à bas bruit sous forme de lymphocytes B mémoires et ils peuvent être réactivés très rapidement", décrit l'expert.

Ce système de défense n'empêche toutefois pas une réinfection. "Quelques cas de gens, qui avaient attrapé le virus une première fois et chez qui on a pu démontrer qu'ils l'avaient attrapé une seconde fois quelques mois plus tard, ont été décrits dans la littérature", relève Frédéric Altare.

On sait maintenant qu'une réinfection est possible. Même si c'est apparu très rarement, ça peut tout à fait arriver.

Frédéric Altare, directeur de recherche à l'Inserm

à franceinfo

Néanmoins, estime le chercheur, cette mémoire de l'organisme explique "vraisemblablement pourquoi les quelques cas qu'on a pu dénombrer de gens réinfectés ont eu bien souvent une maladie bien moins intense que la première fois".

"Je ne peux pas le transmettre" : à nuancer

Donald Trump avance également qu'il ne peut plus transmettre le coronavirus. Là encore, les scientifiques appellent à prendre ses déclarations avec des pincettes. D'après le communiqué du médecin de la Maison Blanche, Sean Conley, diffusé samedi, le président américain n'est plus contagieux. Plus de dix jours depuis l'apparition des symptômes seraient passés, il n'aurait plus de fièvre depuis plus de 24 heures et son état de santé se serait amélioré.

Le président remplirait donc les critères des centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (page en anglais) permettant aux personnes atteintes d'une forme légère ou modérée du Covid-19 de mettre fin à leur isolement. Mais il n'en va pas de même pour les malades souffrant d'une forme sévère, voire critique, de la maladie, qui restent probablement contagieux au moins 20 jours après la survenue des symptômes, note l'agence fédérale de santé publique. 

Or "la grande question est de savoir si le président avait une maladie grave ou une maladie légère ou modérée", souligne dans le Washington Post (article en anglais) Albert Ko, expert en maladies infectieuses à l'école de santé publique de l'université de Yale (Connecticut). Comme le relève dans le même journal Arthur Reingold, qui occupe la chaire d'épidémiologie à l'école de santé publique de l'université de Berkeley (Californie), l'administration Trump "n'a pas vraiment été pleinement coopérative au sujet des informations sur son traitement ou son état clinique"

Ainsi, le communiqué de Sean Conley ne précise pas quel outil de diagnostic a été utilisé sur le président, ni si l'éventuel test PCR s'est avéré négatif. L'équipe médicale de Donald Trump n'a d'ailleurs pas communiqué le moindre résultat de test depuis le diagnostic positif initial, entretenant le flou sur son état de santé réel. 

Pour quelqu'un qui était clairement contagieux, comme l'était le président, il est probablement bon d'avoir quelques tests négatifs, à plusieurs jours d'intervalle.

Arthur Reingold, épidémiologiste à l'école de santé publique de l'université de Berkeley

au "Washington Post"

La publication d'un test PCR négatif, voire de plusieurs successivement, permettrait dès lors de lever les doutes, jugent les experts américains. Un test PCR positif ne révélerait pas pour autant la contagiosité du locataire de la Maison Blanche, puisqu'il pourrait simplement trahir la présence du virus à l'état de trace.

"A ce stade, il n'existe aucun test de diagnostic qui vous indique si une personne infectée reste contagieuse", tranche pour Associated Press (article en anglais) Benjamin Pinsky, qui dirige les laboratoires de virologie de l'université de Stanford (Californie). Alors que Donald Trump a été déclaré positif au début du mois, il n'y a donc aucun moyen de certifier qu'il ne peut plus transmettre le virus.

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