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Voyage en Asie de Donald Trump : "On voit Trump s'enferrer de nouveau dans cette affaire russe"

Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire, spécialiste des États-Unis, a décrypté pour franceinfo la tournée asiatique de Donald Trump, qui "a relancé la polémique sur la collusion avec la Russie à la suite de son entrevue avec Poutine."

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Radio France
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Donald Trump le 11 novembre 2017 à Hanoi, au Vietnam.  (JONATHAN ERNST / REUTERS)

Donald Trump, en visite en Asie, effectue une tournée pour évoquer les relations commerciales des États-Unis avec la Chine ou encore le Vietnam. Il en a profité, samedi 11 novembre, pour évoquer à nouveau les soupçons d'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016.

Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire, spécialiste des États-Unis, a estimé sur franceinfo que le président américain "s'enferre de nouveau dans cette affaire russe". "C'est un peu en décalage avec tout le reste du voyage, qui était parfaitement cadré", a t-il ajouté.

franceinfo : que retenir de cette tournée asiatique ? Donald Trump a-t-il été fidèle à sa rhétorique, "l'Amérique d'abord" ?

Corentin Sellin : En ce qui concerne la seconde partie de son voyage, en particulier la partie vietnamienne, on a eu un retour aux bases protectionnistes, au message de la campagne. Trump a presque vexé ses hôtes hier lors du sommet de l'Apec [Coopération économique pour l'Asie-Pacifique] à Danang, en réaffirmant que plus jamais les États-Unis ne signeraient de traité multilatéral de commerce, parce qu'il l'a dit, cela retire des emplois aux États-Unis, crée du chômage, et qu'il est là pour ramener des emplois aux États-Unis. C'était un peu étrange, parce que lors de la première partie de son voyage, au contraire, en Chine, il a été beaucoup plus ouvert, plus sensible à la réception des Chinois. Peut-être aussi n'était-il pas dans le même rapport de force.

Utilise-t-il des outils diplomatiques qui fonctionnent ?

Justement, on voit apparaître un style Trump qui privilégie les relations bilatérales, les relations d'homme à homme, ou d'homme à femme. Des relations interpersonnelles. C'est compatible avec le fond, parce qu'on le voit très méfiant envers le multilatéralisme, les grandes alliances, mais par contre beaucoup plus à l'aise quand il s'agit de tête-à-tête. On l'a très bien vu en Chine. Il a fait beaucoup moins de tweets, ou beaucoup plus cadrés, plus cohérents, des tweets de président. On retrouve là sans doute l'influence grandissante de son chef d'État-major John Kelly, dont on sait qu'il a été nommé pour contrôler l'expression du président et contrôler son téléphone et son accès aux tweets. Mais il y a vraiment une exception avec son passage au Vietnam : il a relancé la polémique sur la collusion avec la Russie à la suite de son entrevue avec Poutine. C'est un peu en décalage avec tout le reste du voyage, qui était parfaitement cadré.

Vladimir Poutine aurait assuré à Trump qu'il ne s'était pas mêlé de l'élection américaine. Faut-il croire ce que dit Vladimir Poutine, ou ce que rapporte Donald Trump ?

C'est une double question, puisqu'à la surprise générale Trump a évoqué cette question dans l'avion présidentiel qui l'emmenait de Danang à Hanoi. À la surprise des journalistes américains, il a redit que Poutine lui avait assuré que jamais la Russie n'avait jamais interféré dans l'élection américaine. À la plus grande surprise encore des journalistes américains, quelques minutes plus tard, le porte-parole de Poutine a nié que les deux hommes en aient parlé. De manière un peu étrange, on voit Trump s'enferrer de nouveau dans cette affaire russe. Peut-être est-ce dû à la progression de l'enquête [du procureur spécial Robert] Mueller aux États-Unis sur cette collusion russe.

A-t-il voulu désamorcer en fin de voyage les affaires intérieures qui l'attendent à son retour ?

Absolument. On peut le voir comme cela, car depuis une semaine ou dix jours, c'est chaque jour que les journaux américains rappellent ou apprennent de nouveaux faits sur la collusion éventuelle entre la campagne Trump et la Russie en 2016. Par exemple, alors que Trump était en Asie en début de semaine, on a appris que l'un de ses plus proches conseillers, Stephen Miller, avait été auditionné par l'enquête fédérale Mueller. Trump va se retrouver face à cela à son retour. Donc il a voulu dire, "regardez, même Poutine dit qu'il n'est pas intervenu". Sauf qu'évidemment, cela est un peu étrange, surtout à l'étranger, et surtout après que Poutine nie avoir parlé de cela avec lui.

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