Sommet Trump/Kim : "Ils parlent peut-être la même langue, la communication, mais ils ne sont pas dans le même espace-temps"

Pascal Dayez-Burgeon, chargé de missions au CNRS, ancien diplomate et François Godement, directeur du département Asie au Conseil européen des relations internationales étaient invités, mardi 12 juin 2018, sur franceinfo.

Donald Trump et Kim Jong Un lors du sommet historique entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, à Singapour, le 12 juin 2018.
Donald Trump et Kim Jong Un lors du sommet historique entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, à Singapour, le 12 juin 2018. (SAUL LOEB / AFP)

Donald Trump et Kim Jong Un "parlent peut-être la même langue, la communication, mais ils ne sont pas dans le même espace-temps", a réagi Pascal Dayez-Burgeon, chargé de missions du CNRS, ancien diplomate et auteur de La Dynastie Rouge (éd. Perrin) mardi 12 juin 2018 sur franceinfo. Les deux dirigeants ont conclu mardi leur rencontre historique par la signature d'un accord mentionnant une "dénucléarisation complète de la péninsule coréenne". Une "rencontre fantastique", selon les mots du président américain.

"il n'y aura pas de réunification"

"On voit ce leader [Kim Jong Un] qui a quand même récemment assassiné son propre frère en Malaisie, soudain en bon garçon joufflu, se laissant prendre en selfie par son voisin", a remarqué François Godement, directeur du département Asie au Conseil européen des relations internationales également sur franceinfo, "c'est un gain d'image évident pour Kim Jong Un".

"La garantie de sécurité pour le régime coréen signifie qu'il n'y aura pas de réunification", a expliqué François Godement, "le masque est tombé du côté du Nord, qui avait toujours prétendu être le plus chaud partisan de la réunification". Mais, selon lui, les engagements annoncés lors de ce sommet "peuvent capoter (...) parce que c'est Donald Trump et parce que la Corée du Nord va forcément exploiter un peu son avantage".

"la dénucléarisation c'est l'affaire d'une génération"

Sur la question de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, les deux leaders "parlent peut-être la même langue, la communication, mais ils ne sont pas dans le même espace-temps", a déclaré Pascal Dayez-Burgeon, car "quand bien même serait-il réélu, Donald Trump n'a plus que six ans alors que Kim Jong-un a la vie devant lui". Ces deux "temporalités opposées" posent alors problème, car "la dénucléarisation c'est l'affaire d'une génération""Kim Jong Un a, en tout cas, eu ce que le régime a toujours voulu", a ajouté Pascal Dayez-Burgeon, en partie "car Donald Trump est quand même un peu comme lui : imprévisible et partisan de l'aversion des habitudes en matières de relations internationales".