Sommet à Hanoï avec Kim Jong-un : "Pour Donald Trump, c'est un jeu avant tout politique" avant la présidentielle de 2020

Pour Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée, ce deuxième sommet entre les dirigeants nord-coréen et américain est surtout une occasion pour Donald Trump  de faire de la Corée du Nord un marqueur de son premier mandat et un succès diplomatique.

Donald trump à Hanoï le 27 février 2019.
Donald trump à Hanoï le 27 février 2019. (LUONG THAI LINH / POOL)

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, et le président américain Donald Trump sont réunis à Hanoï au Vietnam, pour un deuxième sommet. Le premier, en juin 2018 à Singapour, avait débouché sur une vague déclaration sur "la dénucléarisation de la péninsule" mais pas sur de véritables engagements concrets. "Donald Trump est en train de jouer un jeu avant tout politique, avant les élections de 2020 : faire de la Corée du Nord un marqueur de son premier mandat et un succès diplomatique", explique mercredi 27 février sur franceinfo, Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, enseignant à Sciences Po et co-auteur avec Benjamin Decoin de Corée du Nord : plongée au cœur d'un Etat totalitaire (éditions du Chêne, septembre 2016)

franceinfo : On attend toujours des actes forts quant à la dénucléarisation, est-ce que ce sommet d'Hanoï peut permettre des avancées ?

Antoine Bondaz : Il faut concrétiser les engagements [pris à Singapour en juin]. Il y a eu pour le moment un gel des essais côté nord-coréen, mais il n'y a pas un gel des programmes. La Corée du Nord continue d'accroître ses capacités nucléaires et balistiques. Tout l'enjeu de ce sommet, c'est donc d'obtenir par exemple le retour des inspecteurs [de l'ONU chargés de surveiller son programme nucléaire] et de s'acheminer, à terme, vers un gel des programmes, puis ensuite un début de démantèlement, mais cela viendra bien plus tard.

De quel arsenal nucléaire dispose Pyongyang ?

Les estimations varient, mais la Corée du Nord aurait entre 30 et 60 armes nucléaires selon le renseignement américain, des missiles de courte portée, moyenne portée et longue portée. Et puis, au-delà de cet arsenal nucléaire et balistique, elle dispose d'un arsenal chimique, d'artillerie conventionnelle... De quoi frapper les États-Unis, en théorie, mais surtout de quoi frapper le voisin sud-coréen, ou le Japon, et cela, c'est dans l'intérêt des États-Unis de l'éviter.

Kim Jong-un a, pour l'instant, seulement arrêté les essais nucléaires, compte-t-il aller plus loin ?

Les Américains ne comptent pas non plus aller plus loin, c'est à dire lever les sanctions de l'ONU sans avancées concrètes sur la dénucléarisation. Le jeu que Donald Trump est en train de jouer, c'est un jeu avant tout politique, avant les élections présidentielles de 2020, c'est à dire faire de la Corée du Nord un marqueur de son premier mandat et un succès diplomatique. La question est la suivante : ce sommet sera-t-il un succès en termes de communication politique ? Ou un succès concret, c'est à dire un avancement vers la dénucléarisation ?

S'il ne permet pas d'avancées concrètes, à quoi va servir ce sommet ?

Il permet, déjà, d'institutionnaliser le dialogue. C'est extrêmement important et c'était une des réussites diplomatiques du sommet de Singapour. Il n'y avait jamais eu de négociations au niveau présidentiel entre les États-Unis et la Corée du Nord auparavant. L'objectif désormais, c'est d'institutionnaliser le dialogue, potentiellement avec l'ouverture de bureaux de liaison et une présence diplomatique américaine permanente à Pyongyang. Ce sera très utile pour poursuivre les négociations.