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Société civile, dissidents, entreprises… Comment les opposants au décret anti-immigration tentent de contrer Trump

Le nouveau président américain a interdit aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane d'entrer sur le territoire. Des dirigeants de la Silicon Valley aux avocats en passant par des diplomates dissidents, la résistance s'organise. Avec plus ou moins d'efficacité.

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Des manifestants protestent contre le décret anti-immigration de Donald Trump, le 30 janvier 2017, devant la Cour suprême de Washington (Etats-Unis). (SAUL LOEB / AFP)

La résistance s'organise. La décision de Donald Trump d'interdire le territoire américain aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, vendredi 27 janvier, continue de provoquer un tollé. Manifestations, déclarations de célébrités, promesses de dons d'entreprises, mobilisation d'avocats… De nombreuses initiatives ont germé en quatre jours pour tenter de venir en aide aux personnes touchées par le décret américain sur l'immigration. Franceinfo fait le point sur ces actions et leur efficacité.

La société civile manifeste et lance des procédures judiciaires

Les actions lancées. Des milliers de manifestants ont défilé à Washington, dimanche 29 janvier, pour demander le retrait du décret. Des rassemblements ont également eu lieu tout le week-end dans les grands aéroports américains, ainsi que dans plusieurs villes étrangères. Des associations de défense des droits ou d'aide aux immigrés ont coordonné l'aide juridique aux personnes arrêtées dans les aéroports.

La colère contre Donald Trump a même gagné Hollywood. De nombreuses célébrités ont protesté contre le décret sur les réseaux sociaux depuis vendredi, relève Business Insider (en anglais). La cérémonie des SAG Awards, dimanche, s'est même transformée en plateforme de contestation du texte, note 20 MinutesAshton Kutcher, Kerry Washington, Bryan Cranston ou Julia Louis-Dreyfus ont tous profité de leur discours pour attaquer le décret de Donald Trump.

C'est efficace ? La mobilisation de la société civile ne s'est pas limitée aux manifestations. Plusieurs associations, dont la puissante Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), ont attaqué le texte en justice dès vendredi. Elles affirment que le décret, qui concerne même les étrangers dont les papiers sont en règle, est discriminatoire et inconstitutionnel.

Ces associations ont obtenu une première victoire samedi. Une juge fédérale de l'Etat de New York, Ann Donnelly, a interdit l'expulsion des personnes en règle retenues dans tous les aéroports américains. Elle a également ordonné au gouvernement de communiquer la liste de toutes les personnes arrêtées, afin de permettre aux associations de leur fournir l'aide nécessaire. Des avocats affirmaient toutefois encore lundi que les autorités n'appliquaient pas systématiquement ce jugement.

Les avocats viennent en aide aux réfugiés

Les actions lancées. Des centaines de jeunes avocats se sont relayés depuis samedi à l'aéroport JFK de New York, pour aider les voyageurs interpellés dans le cadre de l'application du décret. Installés dans un restaurant, ils ont rempli bénévolement des demandes de libération à présenter aux tribunaux, rapporte le New York Times (en anglais). Plus d'une vingtaine d'avocats maintenaient une permanence dans l'aéroport, lundi, pour répondre aux inquiétudes suscitées par le décret et aider les nouveaux arrivants.

C'est efficace ? La plupart des étrangers arrêtés depuis vendredi à l'aéroport de New York avaient été relâchés lundi soir. Mais la situation s'est avérée plus complexe dans d'autres villes. Les avocats n'étaient toujours pas autorisés à parler aux personnes interpellées à l'aéroport de Washington Dulles, dimanche après-midi, rapporte le Washington Post (en anglais). Ils ont fait face aux mêmes difficultés à San Francisco, Chicago et Philadelphie, selon Slate (en anglais).

En outre, les autorités refusent souvent de donner des informations sur les personnes interpellées aux avocats. "Notre meilleur recours est de déposer des demandes de libération au tribunal, mais nous ne pouvons pas les remplir sans avoir les noms des personnes arrêtées", s'inquiète Michael Lukens, responsable d'une association d'aide aux immigrés, interrogé par le Washington Post. Seule solution : passer au crible les listes de passagers pour déterminer ceux qui sont concernés par le décret et pourraient être arrêtés.

Des membres "dissidents" de l'administration essaient de protester

Les actions lancées. Dix jours seulement après l'investiture de Donald Trump, les dissensions se font déjà sentir au sein de son administration. Des diplomates ont utilisé un "canal de dissidence" pour protester contre le décret sur l'immigration. "Il s'agit d'un vecteur officiel de longue date permettant aux employés (...) d'exprimer des opinions et des perspectives alternatives sur les questions de politique étrangère", a précisé Mark Toner, porte-parole du département d'Etat par intérim, lundi.

"Nous savons qu'il y a eu un message [transmis] via le canal de dissidence concernant le décret", a-t-il ajouté. Il n'a en revanche donné aucun détail sur le contenu de ce message, ni sur le nombre de diplomates qui le soutiennent. Le site spécialisé Lawfare (en anglais), qui a publié le mémo, évoque des "centaines" de fonctionnaires prêts à signer le texte, sur les 70 000 que compte le département d'Etat.

C'est efficace ? Jamais le département d'Etat n'avait contesté la politique du gouvernement dix jours après une nouvelle investiture. Mais cette tentative d'influencer Donald Trump n'a pas eu d'effet sur le chef de l'Etat. La Maison Blanche a aussitôt lancé un ultimatum aux diplomates dissidents. "Soit ils acceptent le programme, soit ils s'en vont", a menacé le porte-parole de la présidence, Sean Spicer, lundi.

La menace est à prendre au sérieux. Donald Trump a limogé la ministre de la Justice par intérim, Sally Yates, lundi. Cette fonctionnaire de l'administration Obama, qui restait en poste en attendant la prise de fonction du nouveau ministre, avait ordonné aux procureurs de ne pas défendre le décret sur l'immigration. "Elle a trahi le département de la Justice en refusant d'appliquer un décret destiné à protéger les citoyens des Etats-Unis", a estimé la Maison Blanche dans un communiqué. Le chef du Service de l'immigration et des douanes (ICE) a lui aussi été remplacé lundi soir.

Les gouvernements locaux tentent de limiter l'impact du décret

Les actions lancées. Plusieurs gouvernements et responsables locaux ont annoncé leur intention de contester le décret. Les sénateurs californiens ont adopté une résolution qui condamne le texte, lundi, indique le Los Angeles Times (en anglais)L'Etat de Washington a, lui, annoncé son intention de contester la constitutionnalité du décret devant la cour fédérale de Seattle, ce qui permettrait de le faire interdire, relève le Huffington Post (en anglais). Plusieurs entreprises dont le siège social se trouve dans l'Etat, dont Amazon et Expedia, s'associeront à cette action, selon le ministre de la Justice local. L'Etat du Massachusetts a annoncé mardi qu'il engagerait une procédure similaire.

C'est efficace ? Les Etats n'ont qu'une marge de manœuvre réduite face au décret, puisque la sécurité des aéroports est gérée par le département fédéral de la Sécurité du territoire. Leur capacité à aider les immigrés au niveau local risque en outre d'être limitée par le manque de moyens, note CNN. Donald Trump a en effet annoncé une réduction drastique des fonds fédéraux pour les "villes sanctuaires", qui accordent une forme de protection aux sans-papiers. Une telle mesure de rétorsion pourrait représenter des millions de dollars en moins pour certaines grandes villes californiennes.

Les grandes entreprises mettent la main au portefeuille

Les actions lancées. Plusieurs grandes sociétés américaines ont protesté contre le texte signé par Donald Trump. La mobilisation est particulièrement importante dans la Silicon Valley, temple californien des nouvelles technologies, qui emploie de nombreux étrangers. Les PDG de Twitter, Facebook ou encore Apple se sont tous prononcés contre le décret sur l'immigration, rapporte Le Figaro.

D'autres firmes mettent la main au porte-monnaie. Google a créé un fonds de crise de 3,7 millions d'euros destiné à quatre associations de défense des libertés. La start-up de VTC Lyft a promis un don d'un million d'euros à l'ACLU. Uber, critiqué dans un premier temps pour son absence de condamnation du décret, veut mettre en place un fonds de 2,8 millions d'euros pour l'aide juridique aux chauffeurs concernés par le texte, ajoute Newsweek (en anglais).

La chaîne de cafés Starbucks a, elle, promis d'embaucher 10 000 réfugiés en cinq ans dans 75 pays pour lutter contre ce décret. Autre initiative aux effets plus rapides : le patron d'Airbnb a promis d'héberger gratuitement les personnes bloquées à l'étranger à cause du décret.

C'est efficace ? Pour l'instant, l'administration de Donald Trump fait la sourde oreille aux déclarations de ces entreprises. Le PDG de Tesla et Space X, Elon Musk, s'est donc lancé dans une campagne sur Twitter pour tenter de convaincre le président de revoir le décret, rapporte The Atlantic (en anglais). Il a demandé aux internautes de lui envoyer des idées d'amendements au texte, afin de négocier avec le gouvernement.

Les gouvernements étrangers s'offusquent sans se mouiller

Les actions lancées. Plusieurs gouvernements ont pris position officiellement contre la mesure migratoire de Donald Trump. "Je pense que ce serait le bon sens [d'annuler le décret]", a réagi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, lundi.  "La lutte nécessaire contre le terrorisme ne justifie en aucune manière de généraliser le soupçon contre les personnes en fonction de leur croyance, en l'occurrence ici des personnes de foi musulmane, ou en fonction de leur origine", a abondé la chancelière allemande, Angela Merkel. L'Union européenne, l'Iran, l'Indonésie, le Yémen ou encore l'Irak ont eux aussi protesté contre le texte.

Le Canada est allé encore plus loin. Ottawa accordera des permis de résidence temporaire aux ressortissants des sept pays visés par le décret bloqués au Canada. Samedi, Justin Trudeau avait déjà adressé un message aux réfugiés, sans citer directement Donald Trump. "A ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi", avait promis le Premier ministre canadien sur Twitter.

C'est efficace ? A défaut de réussir à convaincre Donald Trump de renoncer à ce décret, plusieurs Etats se sont assurés que leurs ressortissants pourraient toujours entrer sur le territoire américain. Le Royaume-Uni a ainsi annoncé, lundi, avoir obtenu des exemptions pour les binationaux dont le second passeport provient de l'un des sept pays concernés par l'interdiction. Les seuls binationaux "susceptibles d'être soumis à des vérifications supplémentaires sont ceux venant de l'un de ces sept pays, par exemple un Britannico-Libyen se rendant aux Etats-Unis depuis la Libye", précise le ministère britannique des Affaires étrangères. L'Australie et le Canada ont obtenu des garanties similaires.

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