Quatre questions sur l'enquête pour obstruction qui vise Donald Trump

Le "Washington Post" révèle que le président des Etats-Unis est visé par une enquête pour obstruction à la justice. Il aurait demandé à certains officiels d'abandonner leurs investigations sur la collusion supposée de son entourage avec la Russie.

Donald Trump, à la Maison Blanche, le 14 juin 2017.
Donald Trump, à la Maison Blanche, le 14 juin 2017. (NICHOLAS KAMM / AFP)

Dans son édition du mercredi 14 juin, le Washington Post (en anglais) révèle que l'enquête qui vise le Donald Trump s'est élargie. Le procureur, chargé de déterminer si une ingérence de la Russie a eu lieu lors de la campagne pour la présidentielle, enquête également sur un possible "obstruction" de la part du chef de l'Etat américain. Selon le journal, Donald Trump aurait demandé à des officiels d'abandonner certaines recherches sur ses proches. Franceinfo vous en dit plus sur ce nouveau volet de cette affaire explosive.

Sur quels faits se base ce nouveau volet de l'enquête ?

C'est un échange entre Daniel Coats, le directeur du renseignement national, et ses collaborateurs daté du 22 mars qui a attiré l'attention du procureur, selon le Washington Post. Le directeur du renseignement explique que Donald Trump lui aurait demandé d'intervenir auprès du directeur du FBI pour qu'il abandonne l'enquête sur un de ses conseillers, au cœur de l'affaire de la collusion supposée entre Moscou et l'entourage du président des Etats-Unis. Le quotidien affirme que, quelques jours plus tard, Donald Trump a demandé au directeur du renseignement national de déclarer qu'il n'existait aucune preuve de collusion entre sa campagne électorale et la Russie. Ce qu'il a refusé de faire.

Comment ont réagi les proches de Donald Trump ? 

"La fuite d'information du FBI concernant le président est scandaleuse, inexcusable et illégale", a réagi l'avocat de Donald Trump, Marc Kasowitz, sans se prononcer sur le fond. La présidente du comité national du parti républicain, Ronna McDaniel, assure pour sa part que les informations du Washington Post sont infondées et "ne changent rien""Il n'y a toujours aucune preuve d'obstruction, et les responsables actuels et passés des services de renseignement ont répété qu'il n'y a eu aucun effort pour bloquer l'enquête de quelque façon que ce soit. Le seul crime, ici, ce sont les fuites illégales à répétition", écrit-elle dans un communiqué.

Qui est le procureur en charge de l'enquête ? 

Robert Mueller, chargé de l'enquête par l’attorney general adjoint des Etats-Unis, Rod Rosenstein, a un CV bien rempli. Cet ancien militaire, médaillé du Vietnam, prend la direction du FBI une semaine avant les attentats du 11-Septembre. Il y reste jusqu'en 2013, un record de longévité à ce poste. Seul le fondateur de l'institution, Edgar Hoover, y est resté plus de temps.

Après son départ, il partage sa vie, rapporte Le Monde, entre des cours sur la cybercriminalité qu'il dispense à l'université de Stanford et un cabinet d’avocats de Washington. Il a déjà arbitré des affaires avec des grands enjeux financiers et médiatiques comme le scandale des airbags défectueux du fabricant japonais Takata.

Plusieurs médias américains affirment que le procureur est sur la sellette, relaye RFI. Des proches du président ont commencé à reprocher à Robert Mueller sa proximité avec James Comey, l'ancien chef du FBI limogé par Donald Trump. Celui-ci est l'un des principaux témoins dans cette enquête. Le New York Times fait savoir que, selon un ami du président, Donald Trump réfléchit à mettre un terme au mandat du procureur.

Quelles peuvent être les conséquences si les faits sont avérés ? 

Derrière cette enquête plane le spectre d'une destitution. Le code des Etats-Unis, qui rassemble l'ensemble des lois fédérales américaines, prévoit que "quiconque essaye, de manière corruptrice, (...) d'influencer, d'entraver ou d'empêcher la bonne administration de la justice, doit être puni". Ce délit peut entraîner jusqu'à cinq ans d'emprisonnement.

L'AFP rapporte que, si les experts jugent peu probable que le ministère de la Justice prenne l'initiative d'inculper un président en exercice, le Congrès peut en décider autrement. Il est possible qu'il déclenche une procédure de destitution contre le président. Cette procédure a déjà été lancée contre les présidents Bill Clinton en 1998 et Richard Nixon en 1974 : elle se basait à chaque fois sur des accusations d'obstruction à la justice.