Mi-mandat de Donald Trump : "On peut considérer que ce shutdown c'est un peu le révélateur de toutes ses difficultés"

Alors que Donald Trump est à mi-parcours d'un mandat confus, Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des États-Unis, estime sur franceinfo que la difficulté, pour le président américain, sera désormais de parvenir à faire des compromis tout en ménageant sa base électorale.

Donald Trump, le 19 janvier à Washington.
Donald Trump, le 19 janvier à Washington. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

Deux ans après son arrivée à la Maison Blanche, le président américain Donald Trump arrive à mi-parcours de son mandat présidentiel. Un homme controversé à la présidence atypique dont la difficulté pour les deux prochaines années sera "d'arriver à gouverner - donc à faire des compromis - tout en gardant [sa base électorale]", analyse Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire, spécialiste des États-Unis, dimanche 20 janvier sur franceinfo.


franceinfo : Bob Woodward, célèbre journaliste du Washington Post et homme du Watergate, a observé Donald Trump et selon lui ce président est un joueur : "La Chine, la Corée du Nord, l'économie, c'est un peu comme s'il jouait tout ça aux dés". Est-ce aussi votre analyse ?

Corentin Sellin : C'est une analyse que l'on peut effectivement faire. On peut dire que la présidence pour Donald Trump n'est que le dernier étage, la dernière étape, de toute une vie consacrée à la promotion de la seule chose qui semble toujours l'intéresser : sa personne et sa gloire, dont il fait d'ailleurs son business. Aujourd'hui, avec la présidence, il s'est offert le plus grand théâtre de mise en spectacle dont il pouvait rêver. Effectivement, depuis deux ans Donald Trump joue sur la Corée du Nord. C'est très symptomatique. Il a fait ce pari de négocier directement avec un dictateur nord-coréen qu'aucun de ses prédécesseurs n'avaient rencontré. Il a fait des paris, il joue, maintenant - dans la deuxième partie de sa présidence - on va voir si ce jeu porte ses fruits.

Donald Trump est sur Twitter presque du matin au soir. Il utilise le réseau social pour s'adresser directement aux Américains mais aussi pour annoncer qu'il annule sa signature sur tel ou tel accord. Donald Trump c'est la politique du tweet permanent ?

Oui. C'est même une caractéristique qui s'est accrue durant ces deux années de mandats. Ces derniers temps il est encore plus sur Twitter, plus longtemps le matin aux États-Unis en effet. Pour lui, c'est une double stratégie : d'une part c'est une stratégie pour court-circuiter les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs et celui de la presse en particulier. En passant par Twitter, il s'adresse directement à sa base électorale, à son socle, en leur disant 'la presse vous ment, elle est fake news, moi je vous donne mon récit, ma vérité et il n'y a plus d'intermédiaires'. Ça c'est le premier aspect de sa stratégie. Le deuxième aspect c'est que Trump a été élu sur la promesse qu'il serait justement un business man, qu'il allait faire bouger les choses dans un système politique rouillé, cassé où on n'arrive plus à faire de lois. Donc le tweet c'est dire, c'est faire. Pour Trump, quand il écrit le tweet, les choses se font. Sauf que justement, ça ne fonctionne pas comme ça. La difficulté qu'il a eue ces deux dernières années, c'est de faire passer ses injonctions par tweets à des lois, à des réalisations concrètes qui aient un effet dans la vie des États-Unis. C'est là la grosse difficulté qu'il a eue et qu'il a toujours : passer du stade du tweet au stade de la réalisation législative ou de décret par exemple.

Aujourd'hui, le président américain semble freiné dans son élan avec ce shutdown historique depuis le 22 décembre. La seconde partie de son mandat s'annonce plus tendue ?

On peut considérer que ce shutdown c'est un peu le révélateur de toutes les difficultés de Donald Trump. La difficulté tout d'abord à satisfaire une base, un socle électoral qu'il a séduit par des promesses antisystème sur la défense de l'identité blanche contre l'immigration, sur la réduction de la taille de l'Etat fédérale. Ce socle, aujourd'hui, il a beaucoup de mal à continuer à les séduire parce qu'il doit gouverner, il doit exercer le pouvoir et maintenant avec une chambre démocrate - donc dans l'opposition - avec laquelle il doit faire des compromis. Et ces compromis ne passent pas bien avec sa base. On l'a vu samedi soir : pour résoudre le shutdown, il a proposé un nouveau compromis sur l'immigration. Un compromis rejeté à la fois par les démocrates - parce qu'il ne va pas assez loin - et pour la première fois par des représentants de sa base la plus nationaliste, la plus identitaire. Elle lui a dit 'vous nous trahissez président Trump parce que vous commencez à faire des compromis sur l'immigration et éventuellement à régulariser les sans-papiers'. Toute la difficulté pour les deux ans qui viennent ça va être d'arriver à gouverner - donc à faire des compromis - tout en gardant cette base chauffée à blanc par des thèmes extrêmement clivants sur l'immigration et sur l'identité par exemple.