Le cimentier Lafarge prêt à participer à la construction du mur de Trump, Hollande lui demande d'être "prudent"

Ce projet controversé à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique se trouve au centre d'une crise diplomatique entre Mexico et Washington. 

Un chantier de construction à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, le 15 février 2017. 
Un chantier de construction à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, le 15 février 2017.  (JIM WATSON / AFP)
avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Lafarge lorgne un très polémique chantier évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Jeudi 9 mars, le groupe franco-suisse LafargeHolcim se dit prêt à vendre son ciment pour la construction du mur promis par Donald Trump entre la frontière des Etats-Unis et du Mexique afin d'interdire le passage des clandestins.

"Nous sommes prêts à fournir nos matériaux de construction pour tous types de projets d'infrastructures aux Etats-Unis", a déclaré Eric Olsen, le patron du géant du ciment. "Nous sommes le premier cimentier aux Etats-Unis (...). Nous sommes ici pour soutenir la construction et le développement du pays", a-t-il justifié. 

Un groupe "sans opinion politique"

Ce projet de mur, dont le décret de lancement a été signé le 25 janvier, se trouve au centre d'une crise diplomatique entre Mexico et Washington et suscite des critiques dans le monde entier. Ainsi, le cimentier irlandais CRH, également présent aux Etats-Unis, a déjà fait savoir qu'il ne fournirait pas ses matériaux.

"Nous sommes ici [aux Etats-Unis] pour servir nos clients et répondre à leurs besoins. Nous ne sommes pas une organisation politique", a défendu pour sa part le patron de Lafarge. "Nous n'avons pas d'opinion politique", a-t-il martelé, refusant par ailleurs de s'exprimer sur le financement indirect par Lafarge en 2013 et 2014 de groupes armés en Syrie pour maintenir en activité une de ses cimenteries.

Aux Etats-Unis, l'entreprise espère être un des grands gagnants du programme d'investissements de 1 000 milliards de dollars promis par Donald Trump pour rénover les infrastructures. Ce plan, dont l'annonce est imminente, devrait inclure la construction du mur frontalier, croit savoir la presse américaine.

"Nous sommes bien placés pour tirer profit de ces investissements", s'est réjoui le patron de Lafarge, qui vient de construire deux usines dans le Maryland et l'Oklahoma et a ouvert de nouvelles capacités dans les Etats de New York et du Missouri. 

Hollande et Ayrault mettent en garde Lafarge 

Depuis le Conseil européen à Bruxelles, François Hollande a invité, jeudi 9 mars, le cimentier à la prudence. "Je pense qu’il y a des marchés sur lesquels il faut être prudent avant de déclarer sa candidature", a déclaré le chef de l'Etat.

Quelques heures plus tôt, Jean-Marc Ayrault s'était lui aussi emparé de l'affaire sur franceinfo. "Il faut que cette entreprise réfléchisse bien", a réagi le ministre des Affaires étrangères, qui demande aux dirigeants de Lafarge de"bien réfléchir à ses propres intérêts" économiques"Les entreprises ont aussi une responsabilité sociale et environnementale, a-t-il ajouté. Déjà, je condamne les méthodes de monsieur Trump" et "quant à Lafarge, je l'appelle à ses responsabilités".