G7 : pour Donald Trump, "la négociation est un sport de combat", "c'est vraiment une partie de poker"

Selon Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis à l'Institut français des relations internationale, Donald Trump est "pragmatique" et "s'il voit que les Européens et le Canada tiennent bon face à lui, il finira par céder". 

Le président américain Donald Trump a fait volte-face ce week-end contre ses alliés d\'Europe et du Canada, qu\'il a menacés de droits de douanes alourdis, après un sommet du G7 qui s\'est fini en fiasco. 
Le président américain Donald Trump a fait volte-face ce week-end contre ses alliés d'Europe et du Canada, qu'il a menacés de droits de douanes alourdis, après un sommet du G7 qui s'est fini en fiasco.  (LARS HAGBERG / AFP)

Donald Trump a retiré, via un tweet, son soutien au communiqué final du G7. Pour le président américain, "la négociation est un sport de combat", "c'est vraiment une partie de poker", a estimé ce dimanche sur franceinfo Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis à l'IFRI (Institut français des relations internationales). Mais selon elle, Donald Trump est "pragmatique" et "s'il voit que les Européens et le Canada tiennent bon face à lui, il finira par céder".

L'attitude de Donald Trump qui s'est retiré de la déclaration finale du G7 est-elle un prétexte ou un nouveau coup de tête ?

Les deux. Il n'est pas du tout dans les salamalecs diplomatiques. Donald Trump applique son programme. Il est partisan d'un nationalisme économique pour son pays. Le libre-échange est quelque chose qu'il n'accepte plus pour son pays puisqu'il considère que c'est mauvais pour les travailleurs américains. À la fois, il est contre le principe même de cette ouverture économique, et en même temps, on l'a vu lors de ce sommet, il reproche les pratiques malhonnêtes qu'il attribue aux autres pays, pratiques qui iraient à l'encontre des règles du libre-échange. C'est paradoxal, mais je pense qu'au final c'est bien le principe du libre-échange qu'il critique.

Sans les Etats-Unis, le communiqué du G7 peut-il avoir un quelconque effet ?

Oui, parce que ce qui se joue aujourd'hui à travers les rodomontades de Donald Trump et la réaction du reste du monde, c'est vraiment une partie de poker, en quelque sorte. C'est là que les techniques de négociation de Donald Trump sont vraiment très intéressantes. Il faut relire son livre The Art of the Deal, dans lequel il explique comment il faut négocier. On voit que pour lui, la négociation est vraiment un sport de combat, et il faut tenir bon face à l'autre, il faut employer toutes les techniques. Il a quand même été agent immobilier à New York, il a employé des techniques de négociation assez rudes, et en même temps, il reste très pragmatique au final. S'il voit que les Européens et le Canada tiennent bon face à lui, il finira par céder. C'est un pragmatique au fond.

Donald Trump menace d'augmenter les taxes sur les voitures européennes, peut-il réellement freiner les importations ?

Mais oui ! Il ose tout - c'est à ça qu'on les reconnaît. Derrière cela, il y a le projet de faire capoter le front commun des Occidentaux contre lui sur le plan économique. En attaquant les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis, cela va être difficile pour les Allemands de résister à la tentation de faire un accord bilatéral avec les Etats-Unis. Ce serait évidemment très mauvais puisque cela enverrait le signal que les Européens vont se diviser et chacun de leur côté essayer d'arranger leurs affaires avec les Etats-Unis, ce qui d'ailleurs n'est pas permis puisque les compétences commerciales sont des compétences de l'Union maintenant.

Dans ces conditions, comment le sommet avec la Corée du Nord peut-il se dérouler ?

Très paradoxalement, sa technique de négociation très brutale et très dure pourrait éventuellement fonctionner avec les Coréens du Nord, puisqu'ils seraient peut-être amenés à céder. On pourrait être surpris par le résultat du sommet de mardi. Il n'est pas certain que Donald Trump n'obtienne pas des concessions du régime nord-coréen.