Fusillade dans une synagogue de Pittsburgh : "Le débat sur les armes" va peser sur les élections de mi-mandat

Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris II et spécialiste des Etats-Unis, la fusillade dans une synagogue de Pittsburgh aura un impact sur les élections de mi-mandat prévues dans quelques jours.

Des membres des forces de police sont mobilisés alors qu\'un homme a ouvert le feu dans une synagogue de Pittsburgh.
Des membres des forces de police sont mobilisés alors qu'un homme a ouvert le feu dans une synagogue de Pittsburgh. (JEFF SWENSEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

"Le débat sur les armes est le plus grand danger pour les républicains, à dix jours du scrutin", a affirmé samedi 27 octobre sur franceinfo Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris II et spécialiste des Etats-Unis, auteur de Trumpland : Portrait d'une Amérique divisée aux éditions Privat, quelques heures après la fusillade dans une synagogue de Pittsburgh, dans l'ouest de la Pennsylvanie. 11 personnes sont mortes et 6 blessées, selon le 1er décompte officiel de la sécurité publique.

franceinfo : Cette fusillade intervient dans un climat tendu, à quelques jours des élections de mi-mandat [midterms], et après une semaine marquée par l'envoi des colis suspect ?

Jean-Eric Branaa : C'est vrai que le climat est plus qu'électrique, à dix jours d'élections plus serrées qu'annoncées au départ. Dans dix jours peut-être, Donald Trump va perdre l'une des deux Chambres, voire les deux, et ne pourra plus mettre en place son agenda politique. Ou alors, les démocrates vont être condamnés à rester dans une opposition très compliquée et Donald Trump irait directement sur une réélection en 2020. Chaque camp est exacerbé et sur le terrain, ça se traduit par une grande nervosité. Chacun s'accuse d'à peu près tous les maux de la Terre. Il y a eu cette affaire d'envoi de lettres piégées, mais là, on est au cran au-dessus, c'est un passage à l'acte mortel avec de nombreux morts dans un lieu de culte, ce qui va bouleverser toute l'Amérique.

Donald Trump a d'ailleurs dénoncé ce samedi un climat de haine aux États-Unis ?

Donald Trump agit sur trois plans ce [samedi] soir : d'abord, sur l'antisémitisme. Pendant la campagne, on l'accusait d'être proche des milieux suprématistes, néonazis, et d'être antisémite. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, il a mené une politique pro-Israël et prend la parole très vite ce soir, justement pour prendre ses distances avec ces groupes. Deuxièmement, sur le débat sur les armes. Après Parkland [tuerie dans un lycée le 14 février 2018], les jeunes survivants de cette école en Floride avaient essayé de lancer le débat pour que cela devienne un enjeu de la campagne électorale. Ils avaient échoué, ça n'avait pas été un enjeu. Aujourd'hui, à dix jours du scrutin, c'est à nouveau le cas et Donald Trump rajoute en plus la proposition de renforcer la peine de mort, donc il durcit le ton et essaie de montrer qu'il est le président. Il veut couper l'herbe sous le pied de toutes les critiques qui ne vont pas manquer de s'élever dans les prochains jours de la part des démocrates.

Selon lui, le débat n'a pas grand chose à voir avec la fusillade de ce soir ?

Il va même beaucoup plus loin et explique que s'il y avait eu des gardes armés dans les lieux de culte, comme ça avait été proposé également dans les écoles, comme dans tous les lieux publics, et bien il n'y aurait pas eu ce problème-là. Puisque bien sûr, comme d'habitude, s'il y avait des gens armés, ils auraient répondu et il y aurait eu donc moins de morts. Encore une fois, il s'agit encore de couper l'herbe sous le pied des opposants puisque l'on voit venir cette question qui pourrait se retourner contre Donald Trump. Parce qu'en réalité, près de 70% des Américains sont pour ce qu'il y ait une législation pour limiter le droit de porter une arme. Mais c'est bien le lobby de la NRA, association qui défend les armes, qui empêche que cela se fasse. C'est un débat très compliqué aux États-Unis, qui est un mélange de culturel, d'histoire, de droit à la liberté individuelle et en même temps, c'est 92 morts par jour, 30 000 par an, des familles déchirées et des armes en circulation. Je crois que le débat sur les armes est le plus grand danger pour les Républicains aujourd'hui, à dix jours du scrutin. C'est pour ça qu'on a entendu Donald Trump prendre trois fois la parole en deux heures ce soir.