Donald Trump et Jair Bolsonaro, "deux hommes avec des doctrines politiques bien différentes"

Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des États-Unis, est revenu sur l'élection dimanche de Jair Bolsonaro comme président du Brésil.

Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil dimanche 28 octobre.
Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil dimanche 28 octobre. (RICARDO MORAES / POOL)

Donald Trump et Jair Bolsonaro, restent "deux hommes avec des doctrines politiques bien différentes", affirme lundi 29 octobre sur franceinfo Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des Etats-Unis.

Le nouveau président brésilien, élu dimanche, a été régulièrement comparé à son homologue américain. S'il existe des ressemblances "surtout dans la communication politique", elles restent "surperficielles" précise Corentin Sellin.

franceinfo : Est-il pertinent de faire le lien entre Donald Trump et Jair Bolsonaro, comme cela a beaucoup été fait durant la campagne du candidat Brésilien ?

Corentin Sellin : Dire que c'est pertinent serait un jugement de valeur, mais ce qu'il faut dire d'abord, c'est qu'il y a des ressemblances, surtout dans la communication politique, dans la façon de s'adresser, sans filtre, avec vulgarité, en particulier envers les femmes, les minorités. Evidemment tout cela est semblable, la volonté de parler sans filtre pour "faire peuple". Mais, au-delà de ces ressemblances superficielles, on a deux hommes avec des doctrines politiques bien différentes.

La principale différence entre les deux dirigeants serait leur origine, l'un issu d'une dictature militaire, l'autre d'une démocratie ?

C'est en effet une première différence, mais pour Bolsonaro, il faut rappeler que non seulement il a été militaire, mais il entretient même la nostalgie d'un retour à la dictature militaire, ce qui n'a jamais été le cas de Donald Trump. Bolsonaro veut donner de vastes pouvoirs à l'armée et à la police, en particulier au niveau de la répression de la criminalité, ce qui n'a jamais été le cas chez son homologue américain. Donald Trump est l'incarnation d'une évolution dans un cadre démocratique du parti républicain conservateur vers une ligne davantage nationaliste, mais toujours dans un cadre démocratique, alors que Bolsonaro a par exemple promis il y a dix jours d'exiler ou d'emprisonner tous ceux s'opposant à lui. On peut donc parler de dérive, et même de projet dictatorial chez Bolsonaro, ce qui n'est pas le cas du tout chez Trump. Lui n'est qu'une énième évolution du parti républicain conservateur, certes qui séduit, qui a une certaine tentation vers un plus grand autoritarisme, mais qui est bien plus contraint par les normes constitutionnelles de la démocratie états-unienne. On voit bien donc deux situations totalement différentes.

Mais Donald Trump ne cesse de bousculer les lignes traditionnelles. Est-ce que d'ici 2020 et les prochaines élections présidentielles auxquelles il est déjà candidat, il ne peut pas aller de plus en plus vers une forme de dérive ?

Oui bien entendu, et c'est bien sûr un enjeu très fort des élections de mi-mandat de la semaine prochaine, est ce qu'un Trump qui conserverait une double majorité au congrès ne deviendrait pas davantage un dirigeant autoritaire ? Mais on a vu par exemple avec son interdiction d'entrer sur le territoire pour certains migrants, le fameux travel ban, qu'il a fini par céder face aux contre-pouvoirs, aux normes constitutionnelles démocratiques, et proposer un travel ban qui a été accepté mais très modifié, et compatible avec la Constitution. Bien sûr, plus longtemps il restera au pouvoir sans opposition et sans contre-pouvoir, plus il sera tenté d'aller loin, mais il aura toujours face à lui un ensemble de règles constitutionnelles contraignantes. Bolsonaro, lui, a promis il y a une vingtaine d'année d'abolir la Constitution et le Congrès dès son premier jour de mandat.