Attaque chimique en Syrie : "Cela fait très longtemps que l'on aurait dû intervenir"

Nicolas Tenzer, président du centre d’études et de réflexions pour l’action politique, affirme mardi sur franceinfo qu'il faut "mettre un coup d'arrêt" au régime de Bachar al-Assad en Syrie.

Le Conseil de sécurité de l\'ONU réuni sur la situation en Syrie, le 9 avril.
Le Conseil de sécurité de l'ONU réuni sur la situation en Syrie, le 9 avril. (MOHAMMED ELSHAMY / AFP)

L'Élysée a annoncé dans la nuit de lundi à mardi 10 avril qu'Emmanuel Macron et Donald Trump ont à nouveau échangé au téléphone sur la situation en Syrie. Les deux présidents ont souhaité "une réaction ferme" de la communauté internationale. Nicolas Tenzer, président du centre d’études et de réflexions pour l’action politique, chargé d’enseignement à Sciences-Po Paris, a réagi mardi sur franceinfo à cet échange entre les deux dirigeants, le deuxième en deux jours. 

franceinfo : La communauté internationale doit-elle réagir face à la situation en Syrie ?

Nicolas Tenzer : Cela fait très longtemps que l'on aurait dû intervenir. Si nous étions intervenus en 2013 après les massacres chimiques de la Ghouta cela aurait signifié, peut-être 300 000 morts en moins. Cela aurait signifié aussi, sur le plan stratégique, que nous aurions mis un coup d'arrêt au régime Assad, mais également à la Russie et à son opération de déstabilisation, à son opération criminelle que ce soit en Syrie ou en Ukraine. Donc, aujourd'hui il faut mettre un coup d'arrêt. Ce n'est pas mettre un coup d'arrêt ponctuel, mais avoir un plan pour la Syrie.

Est-ce si simple que cela d'attaquer la Syrie ?

Oui c'est simple. C'est là aussi que je trouve que tous les prétextes à l'inaction sont scandaleux, inacceptables. Quand on a en face des États, que ce soit le régime d'Assad, ou la Russie ou l'Iran, qui commettent des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité et qui après disent attention, il faut s'inscrire dans le cadre de l'ONU. Si l'on veut sauver et mettre un coup d'arrêt à ce qu'essaie de faire Moscou, il faut s'affranchir de l'ONU. Moscou essaie de dire qu'on est dans un autre système de valeurs où c'est le règne de la force qui doit s'imposer. C'est quelque chose de totalement pervers.

Est-on certain que l'attaque vient de Bachar al-Assad ?

Oui, il n'y absolument aucun doute là-dessus malgré le discours de désinformation du Kremlin. C'est le seul à posséder de tels stocks aujourd'hui, qui n'ont d'ailleurs pas été éliminés. La Russie s'était engagée à les faire éliminer en 2013, ça n'a pas été le cas, c'était une sorte de plaisanterie. Il n'y a que Bachar al-Assad qui dispose d'armes aériennes.

À quoi vont servir d'éventuelles frappes occidentales ? La France doit-elle y participer ?

Il faut le faire parce qu'il faut clouer les avions de Bachar al-Assad au sol. Le président de la République, Emmanuel Macron s'est engagé. C'est une question de crédibilité de la parole de la France. Aujourd'hui, il y a eu violation, franchissement des lignes rouges qu'il avait fixées. Aujourd'hui, il y a un devoir du président de la République, sinon c'est un vrai problème de confiance et de respect de la parole donnée.