VRAI OU FAKE À vrai dire. Présidentielle américaine : le vote par courrier peut-il vraiment entraîner des fraudes massives ?

Faut-il s'attendre à des fraudes électorales massives aux États-Unis pour la présidentielle ? C'est ce que laisse régulièrement entendre Donald Trump lors de ses rassemblements politiques. Il s'inquiète tout particulièrement du vote par correspondance, que devraient utiliser cette année quelques 80 millions d'Américains. Nous avons vérifié la réalité de ce risque. 

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Dans de nombreux tweets, le Président américain utilise régulièrement le mot "fraude" pour évoquer le scrutin présidentiel du 3 novembre. Ce qui semble inquiéter Donald Trump : les votes par correspondance.  

A cause de la pandémie de Covid-19, 24 Etats autorisent cette année le vote par courrier. Mais ce système n'est pas nouveau. Il était par exemple utilisé dans 16 Etats il y a quatre ans.

Alors est-il vraiment une source possible de fraude massive ?

Pas sûr. Le système est bien rôdé et il existe toute une série de moyens de contrôle, comme l'explique Cécile Coquet-Mokoko, professeur de civilisation américaine à l'Université de Versailles-Saint Quentin : "de l'avis de tous les spécialistes qui se sont penchés sur cette question, on ne peut même pas évaluer à 1% les risques de fraude à travers le pays ni dans les fameux Etats pivots. D'ailleurs il y a quelques jours, les responsables du FBI sont passés sur les ondes pour démonter les allégations du président Trump.

En 2017, une étude d'un institut indépendant basé à New-York (Brennan Center for Justice) montrait effectivement que la fraude au bulletin de vote était inférieur à 0,0009% lors des élections précédentes.

En revanche, le système pourrait entraîner un retard dans la publication des résultats définitifs.

Pour Cécile Coquet-Mokoko, "il est vrai que le système postal américain n'est pas forcément très fiable et qu'il y a des délais dans la délivrance du courrier. Mais ces délais, les différents États essaient d'en tenir compte en prévoyant une marge pouvant aller jusqu'à 12 jours après la tenue de l'élection."

Le risque : que ce retard laisse largement la place à une contestation des résultats par l'un des candidats.

Autre menace pour le système électoral, l'encombrement des bureaux de vote. On voit déjà ces dernières semaines de très longues files d'électeurs dans certaines villes. Avec parfois 6 heures d'attente avant d'atteindre une urne.

C'est souvent le résultat de calculs politiques pour limiter l'accès à certaines catégories de la population : "Dans le Kentucky, en juin de cette année, on avait pu constater que le nombre de bureaux de vote est passé de 3700 à moins de 200, constate Cécile Coquet-Mokoko. Dans une ville de cet État, où il y a une forte proportion d'électeurs noirs, il n'y avait qu'un seul bureau de vote pour près 700 000 électeurs." 

Pour résumer : contrairement aux déclarations du Président américain, pas de risque de fraude massive. Mais de nombreux obstacles pourraient semer le doute sur le nom du vainqueur, au moins dans les premières heures après la fermeture des bureaux de vote.

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Capture d'écran (TV5MONDE)