La lutte sans fin des autorités contre le téléchargement illégal

Depuis quatre ans, les autorités américaines demandent l’extradition de Kim Dotcom, fondateur de Megaupload. Résidant en Nouvelle-Zélande, il a fait appel d’une première procédure de transfert. L’audience d’appel commence à partir du 29 août 2016. Si les autorités de nombreux pays tentent d’éradiquer le téléchargement illégal, les résultats restent modestes.

Kim Dotcom a lancé la plateforme Megaupload en 2005. Il devient multimillionaire après le succès de ce site. Mais en janvier 2012, il est arrêté par la police néo-zélandaise dans sa résidence suite à la demande des autorités américaines.
Kim Dotcom a lancé la plateforme Megaupload en 2005. Il devient multimillionaire après le succès de ce site. Mais en janvier 2012, il est arrêté par la police néo-zélandaise dans sa résidence suite à la demande des autorités américaines. (REUTERS / Nigel Marple)

Sur les photos, il ressemble à un éternel adolescent. Pourtant, il ne faut pas se fier à cette première image. Kim Dotcom, de son vrai nom, Kim Schmitz, est une star, l’un des premiers multimillionnaires de l’ère internet.
 
Tout est démesure dans ce personnage. D’abord sa corpulence : 2 mètres pour 150 kg. Mais aussi son train de vie : jet privé, voitures de luxes à n’en plus finir ou biens immobiliers à plusieurs dizaines de millions de dollars.

 
L’origine de sa fortune vient du site internet Megaupload. En mars 2005, il crée cette plateforme de téléchargement revendiquant 50 millions d’utilisateurs qui disait représenter 4% du trafic internet. Un succès qui va provoquer l’ire d’Hollywood et entraîner sa chute. Il lui est reproché d’avoir accumulé 175 millions de dollars et occasionné un manque à gagner de 500 millions de dollars à l'industrie du film.
 
Son empire s’effondre en janvier 2012 quand la police néo-zélandaise débarque dans sa luxueuse propriété d’Auckland à la demande des autorités américaines. Ses biens sont saisis et son site, fermé. Depuis, il tente de se battre contre son extradition et a même annoncé la réouverture de Megaupload pour janvier 2017, soit exactement cinq ans après sa fermeture par le FBI.
 
La résidence de Kim Dotcom dans la banlieue d\'Auckland, en Nouvelle-Zélande. Elle serait la plus chère de l\'île et vaudrait environ 40 millions de dollars. Elle a été saisie après son arrestation, en 2012.
La résidence de Kim Dotcom dans la banlieue d'Auckland, en Nouvelle-Zélande. Elle serait la plus chère de l'île et vaudrait environ 40 millions de dollars. Elle a été saisie après son arrestation, en 2012. (Natalie Slade / AP / SIPA)

Inefficacité de la lutte contre le téléchargement illégal
Kim Dotcom est-il l’arbre qui cache la forêt ? Force est de constater que la fermeture de Megaupload n’a pas mis fin au téléchargement illégal.
 
Selon une étude publiée en mai 2015, un tiers des Français ont regardé un film ou une série illégalement durant l’année. 14,1 millions de personnes ont ainsi utilisé au moins une fois par mois un site de streaming (regarder une vidéo directement sur internet) ou de téléchargement. Un chiffre en hausse puisqu’en 2013, ils étaient 13,4 millions. D’autant plus que ces rapports ne comptent pas les utilisateurs de Youtube et Dailymotion.

 
Les séries sont particulièrement téléchargées. Game of Thrones ou Homeland, se retrouvent systématiquement au palmarès mondial des séries les plus téléchargées.
 
Car il s’agit bien d’un phénomène planétaire. Aux Etats-Unis, une récente étude a démontré que 57 millions de personnes téléchargeaient régulièrement de la musique, de façon illégale.
 
Après Megaupload, Kickass Torrents (KAT)
Pourtant, les autorités de nombreux pays tentent de fermer ces sites et d’inculper leurs créateurs. Les Etats-Unis en tête.
 
Le 21 juillet 2016, ils annonçaient l’arrestation en Pologne du patron du plus grand site illégal de partage de fichiers, l’Ukrainien Artem Vaulin (grâce à des informations communiquées par Apple). Cet homme de 30 ans a créé Kickass Torrent en 2008, site rapidement devenu le principal site de partage de fichiers illégaux.
 
Films, jeux vidéos, programmes de télévision, morceaux de musiques... la plateforme était le 69e site le plus visité au monde, avec 50 millions de visiteurs par mois. Les préjudices causés aux ayants droit seraient chiffrés à un milliard de dollars.
 
Ce système de téléchargement met en lien des privés qui partagent leurs contenus, sans pour autant se connaître, un logiciel le fait à leur place. Cela crée un système mondial de partage très difficile à contrôler, sauf à fermer les plateformes proposant des contenus.
 
Une autre fermeture moins remarquée est celle du site TorrentZ, le Google du torrent. Elle est intervenue sans arrestation ou communiqué de la part des (très discrets) créateurs. Y a-t-il eu des procédures engagées? Une peur face aux assauts des autorités américaines? Personne ne peut le dire.
 
Du torrent au streaming
Une fois de plus, les forces de police ont un temps de retard sur les pratiques des internautes. Une étude globale faite par l’entreprise de protection informatique Muso (qui a scruté 14.000 sites sur 226 pays) montre que ces dernières années le streaming a supplanté le téléchargement par torrent.
 
Ainsi, 75% des films ou programmes de télévisions sont vus par ce biais. En 2015, 141 milliards de vues ont été enregistrées sur ces sites dits pirates.

 
Ainsi, c’est le logiciel PopCorn Time qui fait de l’ombre aux géants du net légaux. L'Obs, écrivait en mai 2015: «Netflix lui-même voit le logiciel comme un terrible rival : "Le téléchargement illégal est l'un de nos plus grands concurrents", souligne le patron de la plateforme, Reed Hastings, dans une lettre à ses actionnaires». Programme plusieurs fois enterré et jusque là toujours ressuscité…