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Guantanamo, dix ans après

Les audiences contre cinq accusés des attentats du 11 septembre 2001 ont commencé le 5 mai sur la base de Guantanamo à Cuba. Une étape, présentée comme décisive, plus de 10 ans après les attaques. Mais qui ne met pas un terme à l’imbroglio politico-juridique lié à l’existence, sur cette base, d’un centre de détention et d'un tribunal pour terroristes présumés.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Un détenu de Guantanamo dans sa cellule à Guantanamo le 17 janvier 2002 (AFP - Jim WATSON )

«Guerre contre le terrorisme»
En janvier 2002, les autorités américaines aménageaient à Guantanamo un quartier ultra-sécurisé pour les personnes accusées dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme», déclenchée par l’administration Bush à la suite des attentats du 11 septembre (2976 victimes). Pour la Maison blanche, la situation de la base navale devait permettre de soustraire les suspects au droit américain et international. Elle est installée dans une enclave américaine de 116 km2, située dans la baie de Guantanamo dans l’île de Cuba et louée en vertu d’un traité remontant à 1903.

On vit alors arriver d’Afghanistan une vingtaine de «combattants ennemis» en combinaison orange, un sac noir sur la tête. En 10 ans, 779 hommes et des adolescents, accusés de liens avec Al Qaïda et les talibans afghans, sont passés par le fameux «camp Delta» et ses dépendances secrètes.

Le 10e anniversaire de Guantanamo


Euronews, 11-1-2012

Selon un rapport publié par Amnesty pour les 10 ans du centre de détention, Guantanamo constitue, depuis une décennie, «un symbole de torture et de mauvais traitements». Huit détenus y sont morts, a relevé un inventaire du Groupe spécial d’enquête sur la situation des prisonniers (créé en 2009 par l’administration Obama).

Obama n’a pas fermé Guantanamo
Le 22 janvier 2009, à peine installé à la Maison blanche, Barack Obama, qui avait auparavant qualifié la prison d’ «expérience malencontreuse», signait un décret annonçant la fermeture du Camp Delta, au plus tard en janvier 2010. Le texte gelait également le fonctionnement des tribunaux militaires d’exception, mis en place par l’administration précédente.

Le dirigeant américain n’a pas tenu parole. Il «reste déterminé à fermer Guantanamo», assure son administration. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de date butoir pour cette fermeture.

Il faut dire que la Maison blanche a vu se multiplier les obstacles juridiques. A commencer par une loi votée par le Congrès et promulguée en décembre 2011 qui interdit de financer avec l’argent public le transfert des détenus sur le territoire américain ou vers d’autres pays. Le texte impose aussi que les terroristes présumés soient jugés par des tribunaux militaires.

Lakhdar Boumediene, ancien détenu de Guantanamo


France 24, 15-6-2009

Mais dès mai 2009, Barack Obama avait expliqué qu’il n’était pas opposé au principe de tribunaux d’exception, tout en précisant qu’il rejetait la manière dont ils avaient été conçus par son prédécesseur. Et en mars 2011, il avait ordonné l’organisation de nouveaux procès à Guantanamo. Une décision saluée par ses adversaires républicains et vivement dénoncée par des groupes de droits de l’homme comme Human Rights Watch. Dans le même temps, le président américain annonçait davantage de droits pour la défense et l’interdiction d’utiliser des déclarations faites sous la contrainte.

Diminution du nombre de détenus
Au fur et à mesure des années, le nombre de détenus au «camp Delta» a fondu. Il est ainsi passé de 779 à 171 actuellement. Ces derniers sont originaires d’une vingtaine de pays, dont la moitié du Yémen.

Les autorités américaines ont négocié longuement pour chaque départ. Certains prisonniers ont été expédiés vers la France ou le Royaume-Uni. Washington a renoncé à renvoyer en Chine des Ouighours, musulmans de la province du Xinjiang (ouest), en général capturés en Afghanistan, qui risquaient la mort s’ils retournaient chez eux. L’Albanie, la Suisse et même… la république de Palau (île d’Océanie) ont accepté d’en accueillir quelques-uns(.

Omar Khadr, un Canadien à Guantanamo


Radio Canada, 14-10-2008

Au final, seulement six détenus ont été jugés et reconnus coupables devant des tribunaux militaires d’exception depuis leur création en 2006. Deux d'entre eux ont été transférés vers leur pays d'origine et un troisième, le Canadien Omar Khadr, 15 ans au moment des faits, un des 12 mineurs qui ont été incarcérés à Guantanamo, devrait l'être prochainement. En octobre 2010, ce dernier, accusé d’avoir tué un soldat américain avec une grenade en Afghanistan en 2002, a été condamné à 40 ans de prison. Ses interrogateurs à Guantanamo avaient menacé de le faire violer. Il est le fils d’un Canadien d'origine égyptienne considéré comme un membre influent d'Al Qaïda, tué en octobre 2003 au Pakistan.

Un seul détenu a été renvoyé devant un tribunal fédéral, le Tanzanien Ahmed Al Ghailani, condamné à la perpétuité pour avoir participé aux attentats contre des ambassades américaines en Afrique en 1998.

Cinq autres comparaissent donc actuellement à Guantanamo. Ils encourent la peine de mort. Parmi eux, le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed, mieux connu sous les initiales anglaises KSM, qui a revendiqué la paternité des attentats du 11 septembre «de A à Z». Ses premiers aveux ont été recueillis sous la torture dans une prison secrète de la CIA.

Dessin représentant les cinq accusés en train de prier devant le tribunal militaire spécial de Guantanamo, pendant la lecture de l'acte d'accusation (5-5-2012) (AFP - POOL - JANET HAMLIN)

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