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Fusillade à Las Vegas : pourquoi il n’y a quasiment aucune chance que les Etats-Unis modifient la loi sur la vente d’armes

Pour la Maison Blanche, il est "prématuré" d'ouvrir le débat sur le contrôle des armes à feu après la fusillade de Las Vegas, qui a fait 59 morts et plus de 500 blessés dimanche. 

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La scène de la fusillade devant l'hôtel Mandalay Bay à Las Vegas (Etats-Unis), le 2 octobre 2017. (MARK RALSTON / AFP)

Après chaque tuerie de masse, le débat sur le contrôle des armes à feu est relancé aux Etats-Unis. La fusillade de Las Vegas (Etats-Unis), la plus meurtrière de l'histoire récente du pays, n'échappe pas à la règle. Les démocrates ont renouvelé, lundi 2 octobre, leurs appels à un durcissement de la législation. La porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a estimé à l'inverse qu'il était "prématuré" de discuter d'une politique de contrôle des armes à feu. Plusieurs raisons expliquent le blocage américain sur le sujet.

Parce que porter une arme fait partie de la culture américaine

Le port d'arme est constitutif de l'identité américaine. Ce droit remonte à l'époque des pionniers et de la conquête de l'Ouest. "L’arme est importante au moment de la colonisation des Etats-Unis. Elle signifie l’émancipation, l’exploitation des territoires, le développement vers l’Ouest, bien plus que les chevaux et les chemins de fer", explique aux Inrocks Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Paris-II Assas.

L'objectif était aussi de conforter des milices locales comme contrepoids à l'autorité centrale. "Les fondateurs de l'Amérique, sous l'influence des Lumières, pensaient que la présence de multiples groupes armés au sein d'une même nation était nécessaire afin d'éviter une tyrannie centralisée", développe Howard Fineman, éditorialiste américain pour le Huffington Post.

Parce que c'est un droit constitutionnel

Après la guerre d'indépendance, les treize Etats fédérés ratifient en 1791 les dix premiers amendements à la Constitution américaine, qui forment la Déclaration des droits. Parmi ces droits fondamentaux figure le droit de détenir et porter une arme. C'est le fameux deuxième amendement. Ainsi, "jamais les citoyens américains ne seraient désarmés face à un Etat fédéral qui tenterait de réduire leurs libertés", décrypte Camille Pollet, doctorant en histoire, dans L'Obs.

Ce droit constitutionnel a été confirmé par une décision de la Cour suprême en 2008, relate Le Monde. La plus haute institution judiciaire américaine a estimé que le deuxième amendement "protège le droit d'un individu à posséder une arme, indépendamment du service dans une milice, et à utiliser cette arme dans un but légal, tel que l'autodéfense à domicile". Cette décision historique a par conséquent invalidé l'interdiction des armes de poing qui était en vigueur depuis 1976 dans la ville de Washington.

Parce que le lobby de l'armement est très puissant

Le droit de porter une arme est également farouchement défendu par la NRA, la National Rifle Association, dont l'influence est immense. Elle peut compter sur cinq millions d'adhérents, dont des personnalités connues comme Chuck Norris, Clint Eastwood ou Bruce Willis. La NRA assure aussi disposer d'un maximum de parlementaires de son côté.

"Pour s’assurer le soutien du Congrès, la NRA et d’autres associations de défense du port d’arme injectent chaque année plusieurs millions de dollars en lobbying. Les dépenses de la National Rifle Association, stables depuis 1998, ont connu des augmentations substantielles depuis 2009, date d’accession au pouvoir de Barack Obama", développe Le Monde.

Exemple : après la tuerie de San Bernardino, qui a fait 14 morts fin 2015, les sénateurs démocrates ont déposé un amendement pour interdire la vente d’armes à feu aux individus interdits de vol depuis ou vers les Etats-Unis. La NRA a aussitôt activé ses réseaux pour s’assurer que la mesure ne passerait pas. 

"Il n’y a pas aujourd’hui une majorité partisane, composée de démocrates et de républicains, ou simplement d’un seul parti, qui puisse surmonter d’abord le fait qu’une partie importante soutient ce droit – même si les chiffres sont discutables – et ensuite les mécanismes dans la sphère politique américaine qui permettent à la NRA et à d’autres lobbies de jouer sur des blocages", analyse pour RFI Vincent Michelot, spécialiste des Etats-Unis à Sciences Po Lyon. 

Parce que l'opinion publique est divisée

Pour les pro-armes, les tueries de masse renforcent leurs convictions. "La majeure partie de l'opinion américaine considère que pour se prémunir de ces tragédies, il faut plus d'armes et pas moins", assure Alix Meyer, professeur à l'université de Bourgogne et spécialiste des Etats-Unis, dans L'Express. Les actions des fabricants d'armes ont d'ailleurs grimpé en Bourse lundi.

Même le sénateur de gauche Bernie Sanders appelait prudemment, en 2015, à une "législation raisonnable sur les armes", rapporte The Huffington Post. "Il y a, dans ce pays, énormément d’États où les gens ne veulent pas entendre parler de contrôle des armes à feu. Si nous voulons que les choses évoluent, il faut que nous discutions les uns avec les autres", avait-il déclaré.

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