Faut-il craindre une pénurie de «terres rares»?

Elles sont dix-sept, portent des noms inconnus et ont un rôle prédominant dans la production high tech (des écrans plats aux éoliennes en passant par les ampoules à basse consommation). Ce sont les «terres rares» produites à 90-95% par la Chine. Un quasi monopole qui ne va pas sans poser des problèmes.

Malaisie: manifestation en 2012 contre l\'exploitation de \"terres rares\"
Malaisie: manifestation en 2012 contre l'exploitation de "terres rares" (AFP/EyePress News)
Prométhium, lanthane, cérium, praséodyme… Ces substances non-ferreuses sont indispensables dans de nombreuses industries et leur maîtrise revêt un enjeu stratégique pour toutes les puissances industrielles.

Ces «terres rares» ne sont pourtant pas si rares. «Nous n'avons pas le sentiment qu'il faille prendre la dénomination de "terres rares" au pied de la lettre», explique François Bersani, secrétaire général du Comes (Comité français des métaux stratégiques), créé en janvier 2011 pour travailler sur l'approvisionnement de la France en métaux stratégiques.

Elles ne sont pas si rares dans l’écorce terrestre, mais elles ne sont pas toujours simples à extraire, en raison des risques environnementaux que leur exploitation peuvent poser.

Un développement rapide
«La production mondiale de "terres rares" a cru, en moyenne, d’environ 4% par an entre 1990 et 2010. En même temps, la répartition géographique de cette production a fortement évolué, l’événement le plus marqué ayant été le développement rapide de la production chinoise à partir du milieu des années 90, stimulée par des coûts salariaux extrêmement bas et des pratiques environnementales très laxistes», selon le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) qui relativise l’importance économique de ce secteur (13 milliards de dollars contre 160 pour le cuivre. Mais, de nombreux secteurs des économies modernes s’effondreraient en cas de rupture des approvisionnements.
Le gouvernement chinois entend contrôler l\'exploitation des \"terres rares\" au nom de l\'environnement.
Le gouvernement chinois entend contrôler l'exploitation des "terres rares" au nom de l'environnement. (AFP)

Domination chinoise
La Chine domine totalement ce marché. Et Pékin a pris les mesures pour le contrôler étroitement. Résultat, le pays a décidé de fixer des quotas d’exportations et de les taxer. Des mesures qui ont réveillé les inquiétudes des pays industriels. Ces derniers avaient négligé ces productions tant que les prix étaient bas. Mais malgré des aléas, le prix de ces matières premières est destiné à monter, selon les analystes.

«Le gouvernement chinois a une politique de recherche et une politique industrielle ambitieuse, basée sur une vision stratégique à long-terme de ses facteurs de compétitivité. La Chine est particulièrement en pointe dans le domaine de la recherche liée aux "terres rares". Son effort est intense et continu depuis environ vingt ans et fait de la communauté scientifique chinoise un acteur de recherche de premier plan au niveau mondial», note le BRGM français.

Craintes des autres pays
«Au cours des dix prochaines années, la demande mondiale en "terres rares" devrait plus que doubler et les exportations chinoises diminuer. De ce fait, le prix des "terres rares" va s’envoler, conduisant à un rétrécissement du marché», note un spécialiste du secteur. Une menace qu'ont bien compris les autres pays qui n'entendent pas voir leurs industries les plus pointues rester sous la menace de décisions chinoises.
Le président Obama inquiet de la domination chinoise dans les \"terres rares\"
Le président Obama inquiet de la domination chinoise dans les "terres rares" (SAUL LOEB/AFP )

Même les Etats-Unis se sont inquiétés de cette domination chinoise: un rapport officiel a pointé du doigt la nécessité pour Washington de développer ses propres ressources dans ce domaine en raison de la dépendance américaine, dans le domaine de l’armement notamment (lasers, radars, munitions guidées, communication, satellites...).

Nouvelles ressources
Pour éviter cette domination, les pays industriels, aidés par la montée des cours, ont décidé de diversifier leurs sources d’approvisionnement, et surtout ont commencé à lancer ou relancer des productions nationales.

C’est ainsi que les Etats-Unis ont décidé de rouvrir leur mine de Montain Pass en Californie, fermée en 2002. L'australien Lynas prévoit de son côté la mise en route d'un nouveau centre de production en Malaisie, le plus important situé hors de Chine.

Le Japon, qui est très dépendant des «terres rares» en raison de la nature de son industrie, et donc de la Chine, prévoit d’investir dans des projets d’extractions sous marins.

Et la France ?
La France se tourne, elle, vers ses hauts-fonds marins, où des explorations ont débuté au large de Wallis et Futana sur des gisements d'amas sulfurés contenant des «terres rares».

Toujours en France, l’entreprise Rhodia (groupe belge Solvay) s’est lancée dans le recyclage, non sans envisager d’exploiter des «terres rares» à Madagascar.

«Les déchets post-consommation représentent un gisement annuel de plus de deux millions de tonnes qui contiennent une faible part de métaux stratégiques. Or, une part importante des métaux stratégiques contenus dans ces déchets n’est pas recyclée, car une partie significative est mal ou non collectée, valorisée en mélange avec d’autres métaux ou transférée à l’étranger en tant que biens l’occasion», notait d’ailleurs le Comes français.

La création de ce Comité pour les métaux stratégiques montre l’importance de ces matières premières. Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif a d’ailleurs participé à la dernière réunion de ce comité soulignant «l’enjeu de souveraineté et de compétitivité pour les entreprises françaises» de ces métaux.

«Les Etats se posent la question de la rareté », précisait ainsi Arnaud Montebourg lors d'un colloque du Comes qui ajoutait qu’au niveau géopolitique «on ne vit pas dans un monde sans conflit» (voir extrait de la vidéo ci-dessous).
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