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Etats-Unis: un «3e homme» (ou femme) peut-il faire battre Clinton ou Trump?

A côté des principaux candidats, on trouve deux autres prétendants à la Maison Blanche, un écologiste et un libertarien. En 2000, le républicain George W.Bush l’avait emporté face au démocrate Al Gore, en présence d’un 3e larron, Ralph Nader. Lequel est aujourd'hui souvent accusé d’avoir siphonné des voix à Gore, le privant de la victoire. Les «petits» peuvent-ils faire chuter les grands?
Article rédigé par Laurent Ribadeau Dumas
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Hillary Clinton et Donald Trump le 9 octobre 2016, lors du 2e débat de la campagne de 2016 à St. Louis (Missouri). (AFP - Paul J. Richards)

Le camp Clinton n’a qu’une angoisse: qu’une partie des voix démocrates se reporte sur l’écologiste Jill Stein. Celle-ci entend instaurer un New Deal vert, par référence au fameux New Deal de Franklin Roosevelt dans les années 30. Et demande à ses électeurs de ne pas choisir «le moindre des deux maux» que représentent, selon elle, Hillary Clinton ou Donald Trump.

Les partisans de l’ex-First Lady restent traumatisés par le souvenir de l’élection de 2000. Au niveau national, le champion démocrate, Al Gore, vice-président sortant (de Bill Clinton), avait alors obtenu 500.000 voix de plus que le républicain. Petit problème: aux USA, les électeurs votent par Etat. Chaque Etat disposant d’un contingent de délégués pour lesquels votent les citoyens, délégués qui élisent ensuite eux-mêmes le président du pays. Ce qui explique les problèmes de Gore. Motif : en Floride, il lui avait manqué 537 voix pour devancer le républicain, George W. Bush. Cela lui aurait permis de gagner les 25 délégués de cet Etat.

Accusé de ce loupé: l’avocat Ralph Rader, aujourd’hui âgé de 82 ans, pionnier de la défense des consommateurs américains qui s’était présenté sous l’étiquette «verte». Il avait obtenu 2.882.995 voix, soit 2,74%, au niveau national, en étant présent dans 43 Etats et à Washington DC. En Floride, il avait séduit près de 100.000 électeurs. Donc autant de bulletins potentiels pour Al Gore. Nombre de spécialistes de la chose politique pensent qu’il a ainsi «clairement défavorisé» le démocrate.

Mais d’autres estiment que l’analyse est un peu courte. Et qu’en votant Nader, les électeurs s’étaient clairement prononcés contre Gore: selon une étude universitaire de 2006, 40% d’entre eux auraient voté pour Bush s’ils n’avaient pas choisi l’écologiste. De plus, le vice-président sortant avait perdu dans «son» Etat du Tennessee (dont il avait été sénateur), «où les onze grand électeurs auraient pu faire pencher l’élection en sa faveur», dixit Slate. En clair, la Floride ne serait pas la seule source de tous ses maux.

Aujourd’hui, les débats restent vifs entre experts…

La candidate du Parti vert, Jill Stein, le 8 septembre 2016 à Chicago. ( REUTERS - Jim Young)

Et que dit l’Histoire?
Une chose est sûre: des précédents existent dans l’histoire politique des Etats-Unis d’Amérique.

En 1992, Ross Perrot, fondateur de la société informatique EDS (vendue par la suite à General Motors), se présente en indépendant. «Il est le grain de sable qui vient perturber la belle mécanique huilée du bipartisme», notent Les Echos. Il est excellent dans les débats télévisés face aux deux «grands» que sont le républicain George H.W. Bush (dont le fils est George W.) et le démocrate, un certain Bill Clinton. Lors du scrutin, il obtient près de 19% des voix. Près d’un quart de siècle plus tard, les experts se demandent toujours s’il a contribué à la victoire de Clinton. Dans la mesure où l’homme d’affaires mordait sur l’électorat républicain.

«Nombre d'analystes de la vie politique américaine attribuent alors la défaite de Bush père et, donc, la victoire de Bill Clinton, à la présence de Ross Perot. D'autres politologues sont moins affirmatifs et estiment qu'avec ou sans Ross Perot le démocrate l'aurait emporté sur le républicain», constate le quotidien économique français.

De tels débats concernent également le scrutin de… 1912. Quand le démocrate Woodrow Wilson, qui se fera par la suite remarquer lors de la fondation de la Société des Nations (SDN) après la Première guerre mondiale, est élu à la Maison Blanche face au sortant républicain William Taft. Un «troisième homme» était venu perturber le ronron du bipartisme : Theodore Roosevelt, qui avait déjà exercé la fonction suprême de 1901 à 1909. Resté à l’écart de la politique le temps… d’un safari en Afrique, il avait finalement quitté le parti républicain pour se présenter une nouvelle fois. Mais cette fois en indépendant. Sa présence avait largement contribué à la défaite du républicain William Taft, pourtant président sortant : il l’avait devancé en obtenant 28 % des suffrages au niveau national et 17% des grands électeurs (délégués des Etats).

Le candidat libertarien Gary Johnson à Chicago le 7 octobre 2016. (REUTERS - Jim Young)

Et au final?
Quelle conclusion, alors, peut-on tirer de ces élections passées pour le scrutin du 8 novembre 2016 ? Autrement dit, l’écologiste Jill Stein ou le libertarien Gary Johnson peuvent-ils faire chuter Hillary Clinton ou Donald Trump ? «Certes, les chiffres des petits candidats sont très faibles. Mais cela suffit à pénaliser un candidat d’un grand parti dans un Etat», répond l’enseignant Corentin Sellin, cité par RFI. Exactement le cas de figure de 2000.

Dans le même temps, les «petits» candidats restent pénalisés par le «verrouillage institutionnel» des élections américaines, qui favorise le choc des candidats des deux grands partis. «Il n’y a pas de représentation proportionnelle lors des élections. (…) Surtout, le territoire américain est si grand, qu’il faut l’infrastructure d’un grand parti, déjà bien implanté, pour parcourir le terrain et créer un réseau de militants dans chaque circonscription», constate l’enseignant, auteur d’Amérique du Nord, entre intégration et fragmentation (Ellipses). En clair, le système électoral américain reste très verrouillé sur le bipartisme.

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