Des détenus de Guantanamo en grève de la faim

Le camp de Guantanamo a été créé dans la foulée des attentats du 11-Septembre 2001. Ce centre de détention américain en territoire cubain garde encore au secret 166 prisonniers, détenus pour certains depuis 2002. Présumés terroristes, ils sont nombreux à attendre leur procès. Depuis le 6 février 2013, une partie a entamé une grève de la faim.

Un manifestant en tenue orange, celle des prisonniers de Guantanamo, proteste devant la Cour suprême américaine, à Washington, le 8 Janvier 2013, contre la détention illégale de prisonniers dans le camp américain.
Un manifestant en tenue orange, celle des prisonniers de Guantanamo, proteste devant la Cour suprême américaine, à Washington, le 8 Janvier 2013, contre la détention illégale de prisonniers dans le camp américain. (AFP PHOTO / SAUL LOEB)
A l’origine de ce mouvement, une fouille de «routine» ce jour-là dans le camp 6, selon les militaires, où des effets personnels, comme des lettres et des photos de famille ou de courriers de leurs avocats ont été confisqués et des corans examinés. Les détenus dénoncent «une profanation religieuse». Me Omar Farah, qui défend sept prisonniers, pense qu’il s’agit du résultat de «onze années de détention illimitée sans procès» pour 86 détenus déclarés «libérables», alors que «le gouvernement n'a aucun projet de fermer Guantanamo et n'a aucune idée sur comment s'y  prendre».
 
Et l’avocat d’ajouter que cette grève de la faim montre «le grand désespoir et le grand tourment» dans lesquels sont plongés les détenus qui, selon lui, «sont déterminés et ont atteint un point de rupture». Avant de conclure : «Je ne pense pas que la bonne réponse pour le Pentagone ou les autorités de Guantanamo soit de démentir ou de diminuer la gravité de ce qui se passe, car cela ne conduira qu'à un résultat pire.»
 
En effet, les autorités militaires dénombrent 24 grévistes de la faim, dont huit nourris de force. Ils démentent les déclarations d’une cinquantaine d’avocats, selon qui le mouvement concerne la majorité des prisonniers, notamment ceux qui vivent au camp 6. Ils y vivent à 130 et ne présenteraient aucun risque ni problème de discipline.
 
Le mouvement se serait par ailleurs propagé à 20 détenus au camp 5, où se trouvent le quartier disciplinaire et l'infirmerie, a précisé Me Farah, également membre du Centre pour les droits constitutionnels.
 
Le 14 mars 2013, une cinquantaine de défenseurs des prisonniers avaient prévenu que «leur état de santé se détériore» : ils ont perdu entre 9 et 13 kilos et au moins 24 d’entre eux ont perdu conscience en raison de faibles taux de glucose dans le sang.
 
A cette date, ils avaient écrit au chef du Pentagone Chuck Hagel pour l'alerter sur ce mouvement «de masse» dans le centre de détention et «la grave menace pour la santé et la vie des prisonniers». Courrier resté, selon eux, lettre morte. En 2005, alors qu’il était sénateur républicain du Nebraska, Chuck Hagel avait estimé que Guantanamo était l'une des raisons pour lesquelles les Etats-Unis avaient perdu «la guerre de l'image dans le monde».
 
Pour les avocats, ces fouilles sont intervenues «dans un contexte de pratiques régressives ces derniers mois, marquant un retour à une ère ancienne de Guantanamo», que les détenus considèrent comme «des mauvais traitements».
 
Angela Davis: fermer «la prison de Guantanamo»
Le 20 mars à Paris, la militante communiste afro-américaine Angela Davis a demandé dans un édito écrit pour L’Humanité «la fermeture de la prison de Guantanamo», «lieu échappant à toute légalité».
 
Dans son texte, la militante des droits de l’Homme dénonce le conflit irakien à l’occasion du 10e anniversaire de l’invasion américaine en Irak.
 
L’icône du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis souligne que «l'administration Bush a fait de cette agression l'acte inaugural d'une offensive globale, de cette tristement célèbre "guerre contre le terrorisme"». Selon elle, «la répression politique qui a accompagné la guerre en Irak s'est traduite, entre autres, par la généralisation du recours à la torture et à la détention arbitraire.»