Fusillade de Virginia Beach : "On sent que la jeune génération des candidats démocrates veut se débarrasser de la question des armes"

Après une nouvelle tuerie de masse en Virginie, la pire depuis le début de l'année, les candidats démocrates à la présidentielle aux États-Unis se sont déclarés en faveur d'une législation plus dure. 

Des voitures des forces de l\'ordre à Virginia Beach où une fusillade a fait 12 morts vendredi 31 mai. 
Des voitures des forces de l'ordre à Virginia Beach où une fusillade a fait 12 morts vendredi 31 mai.  (CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Une nouvelle fusillade a fait 12 morts vendredi 30 mai à Virginia Beach, station balnéaire de la côte est américaine, provoquant la condamnation unanime de la part des candidats à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle de 2020. Le contrôle des armes à feu était déjà un thème majeur de la campagne, de nombreux candidats réclamant l'interdiction des armes d'assaut et un renforcement de la législation sur les armes. Pour Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris II, "on sent que la jeune génération, née après 2000, veut se débarrasser de cette question des armes", a-t-il affirmé sur franceinfo samedi. 

franceinfo : Plusieurs voix politiques s'élèvent aux Etats-Unis pour changer la donne. Y a-t-il une prise de conscience politique, notamment chez les candidats à l'investiture démocrate ?

Jean-Éric Branaa : Les 24 candidats démocrates ont pris position immédiatement après cette tragédie. C'est quand même assez inédit, puisque depuis 20 ans, cette question n'était plus dans le débat politique de premier plan. La dernière fois que ce débat avait vraiment été au premier plan [dans une campagne pour la présidentielle], c'est avec Al Gore en 2000.La situation a complètement changé, sous les coups de boutoir de deux candidats, Eric Swalwell et Cory Booker, qu'on ne connaît pas encore en France, mais qui sont en train de monter dans la hiérarchie démocrate. Ce sont deux jeunes candidats, surtout Eric Swalwell, qui n'a que 38 ans et qui veut bousculer les choses. On sent que la jeune génération, qui est née après l'an 2000, veut se débarrasser de cette question des armes parce qu'il y a une tuerie de masse aux Etats Unis toutes les deux semaines. Le favori des candidats démocrates, Joe Biden, a révélé la semaine dernière un plan sur l'éducation, dans lequel il a inscrit cette question de la lutte contre les armes, en expliquant que c'était une véritable guerre qu'il fallait mener aux armes.

L'industrie de l'armement est très puissante, le lobby de la NRA est toujours très fort. Les Américains le considèrent comme un droit fondamental ?

C'est, dans la conscience américaine, un droit fondamental que les Américains défendent bec et ongles, parce qu'ils ont l'impression que si on leur enlève ce droit, le gouvernement va toucher à leurs libertés fondamentales. Et les Américains sont très jaloux de cela, à tel point, et c'est ce qui peut nous étonner, nous Français, que même les associations anti-armes ne soutiennent pas [toutes les propositions] des candidats Swalwell et Booker. Elles pensent qu'ils vont trop loin. Eric Swalwell propose, par exemple, que toutes les armes d'assaut soient récupérées par le gouvernement, ce qui à nous Français nous semble juste censé. Mais les associations anti-armes, comme Everytown for Gun Safety, qu'a mise en place Michael Bloomberg, milliardaire et ancien maire de New York, ne soutiennent pas ce programme en disant que rien ne prouve que cela réduirait la violence armée. Et c'est bien cette violence armée qui est endémique de la société américaine, qui est son véritable cancer, et que tous les candidats démocrates veulent éradiquer.

Cette attitude ne renforce-t-elle pas Donald Trump, qui se radicalise ?

Absolument. Beaucoup des dernières tueries ont eu lieu dans des zones qui sont sans armes, des zones protégées comme les écoles. C'est là qu'il y a les tueries les plus importantes. Donald Trump, et ceux qui défendent ce droit à posséder une arme, expliquent que c'est parce que il n'y a pas d'opposition marquée face aux tueurs que certains passent à l'acte. Alors que si, comme il le propose, les professeurs étaient armés, ou s'il y avait des gardes armés à peu près partout, cela éviterait [selon lui] que certains passent à l'acte et commettent ces actes atroces.