Un militant pacifiste italien enlevé par un groupe salafiste à Gaza a été exécuté par ses ravisseurs

Le corps de Vittorio Arrigoni, 36 ans, a été retrouvé quelques heures après l'annonce de son enlèvement, le premier d'un étranger à Gaza depuis la prise de contrôle du territoire par le Hamas en 2007.Le Hamas, qui a dénoncé ce "crime atroce", inédit dans les territoires palestiniens, a promis de "traquer" ses auteurs.

Vittorio Arrigoni en mars 2010 à Khan Younis. Le militant italien a été enlevé et tué à Gaza le 14 avril 2011
Vittorio Arrigoni en mars 2010 à Khan Younis. Le militant italien a été enlevé et tué à Gaza le 14 avril 2011 (AFP / Saïd Khatib)

Le corps de Vittorio Arrigoni, 36 ans, a été retrouvé quelques heures après l'annonce de son enlèvement, le premier d'un étranger à Gaza depuis la prise de contrôle du territoire par le Hamas en 2007.

Le Hamas, qui a dénoncé ce "crime atroce", inédit dans les territoires palestiniens, a promis de "traquer" ses auteurs.

Le corps de Vittorio Arrigoni a été retrouvé dans le nord-ouest de la ville de Gaza, selon les services de sécurité du Hamas, qui ont annoncé l'arrestation de deux de ses ravisseurs présumés. Il semblerait qu'il ait été tué par suffocation.

L'otage italien, un journaliste, écrivain et militant du mouvement pacifiste pro-palestinien ISM (International Solidarity Movement), avait passé l'essentiel de son temps à Gaza depuis août 2008. Selon le site de l'ISM, Vittorio Arrigoni était à Gaza pendant l'opération israélienne Plomb durci en décembre 2008-janvier 2009 et l'avait raconté dans un livre. Il publiait régulièrement des informations sur la situation dans les territoires palestiniens sur son blog.

Des militants salafistes avaient annoncé jeudi soir dans une vidéo avoir enlevé Vittorio Arrigoni. Ils réclamaient la libération de leurs camarades détenus par le Hamas, dont le chef du groupe salafiste Tawhid wa al-Jihad, arrêté en mars. Ce groupe était inconnu jusque-là. Les ravisseurs ont exécuté leur otage avant l'expiration de l'ultimatum qu'ils avaient fixé, à vendredi après-midi.

La vidéo, diffusée sur YouTube, montrait un otage au visage contusionné, les yeux bandés. "L'otage est entré sur notre territoire uniquement pour répandre la corruption", disait le texte qui accompagnait la vidéo.

Les groupes palestiniens de Gaza se définissant comme "salafistes" comptent plusieurs centaines de membres, selon leurs dirigeants. Un temps compagnons de route du Hamas, ils s'en sont progressivement éloignés, l'accusant de faiblesse face à Israël et dans l'imposition de la loi islamique.

La tension avec le Hamas avait atteint son paroxysme en août 2009, quand l'un des groupes, le Jound Ansar Allah, avait proclamé un "émirat" islamique dans une mosquée de Rafah (sud). La répression des forces du Hamas avait fait 24 tués.

Aucun otage étranger n'avait jamais été tué à Gaza depuis son accession à l'autonomie en 1994. Vittorio Arrigoni était le premier étranger enlevé dans la bande de Gaza depuis la captivité d'Alan Johnston, journaliste de la BBC détenu pendant 114 jours avant d'être libéré en 2007 par un groupe se réclamant d'Al Qaïda, l'Armée de l'islam.

En 2003, une autre militante de l'ISM, l'Américaine Rachel Corrie, était morte à Gaza, écrasée par un bulldozer israélien. La même année, un militant britannique, Tom Hurndale, avait été mortellement blessé par un tir israélien.

"Lâche assassinat"

Rome a condamné le "meurtre barbare" de Vittorio Arrigoni, dénonçant "un geste de violence vil et insensé".

"La France condamne vigoureusement le lâche assassinat, et présente ses plus sincères
condoléances à sa famille et au peuple italien", a déclaré le porte-parole du
Quai d'Orsay, Bernard Valero, lors d'un point-presse.

L'Autorité palestinienne a condamné le meurtre "odieux" de Vittorio Arrigoni. "Ce crime n'a rien avoir avec notre histoire ni notre religion", a déclaré le principal négociateur palestinien Saeb Erakat.

Les militants de l'ISM sont sous le choc: "J'ai pleuré toute la nuit. Je n'imaginais pas un instant qu'ils tueraient un homme qui s'était voué corps et âme aux Palestiniens", a confié à l'AFP une fondatrice de ce mouvement, Houwada Arraf.