Cet article date de plus de neuf ans.

Ukraine : des commissions électorales attaquées dans l’Est

REPORTAGE DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE | A la veille de l’élection présidentielle qui fait suite à la révolution de février et à la fuite de Viktor Ianoukovitch, une interrogation demeure : cette élection pourra-t-elle avoir lieu partout ? Dans les régions de l’Est, les séparatistes qui occupent plusieurs villes et bâtiments officiels ont promis d’empêcher le scrutin.
Article rédigé par Mathilde Lemaire
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
  (La mairie de Kubicheski, où est installée un bureau de la commission électorale de l'arrondissement © Radio France / Jean-Marie Porcher)

Quartier Kubicheski à Donetsk, la capitale de la grande région orientale du Donbass. Dans les couloirs de la mairie du district, l’agitation règne. Les salariés et volontaires de la commission électorale chargée d’organiser ici la présidentielle viennent de recevoir une visite musclée des séparatistes. C’était une des dernières commissions de la ville à ne pas encore avoir été ainsi la cible des combattants indépendantistes. Evgeni, l’un des responsables du bureau des élections, est nerveux. "D’abord, sept personnes sont apparues avec des battes de base-ball.  Puis d’autres hommes sont arrivés à bord d’un bus. Eux étaient cagoulés et avaient des armes à feu. Ils ont emmené avec eux le président de notre commission. On ne sait pas quand ils le relâcheront. Ils voulaient emporter tous les bulletins de vote, mais nous ne les avions pas encore reçus. Alors, ils ont volé notre ordinateur, la boxe internet qui nous permet de communiquer avec Kiev, et des listes d’émargement. On craint pour nos vies ! Et les policiers regardent tout ça sans rien dire. Nous avons besoin d’aide, de sécurité ", lance le jeune homme qui avoue avoir des doutes sur les capacités de son équipe à assurer l’ouverture des bureaux de vote du secteur dimanche.

Dans la mairie de l’arrondissement voisin, Vorochlevska,  le bâtiment municipal a un style tout aussi soviétique que le précédent. Mais là, c’est le calme plat. Rien n’indique qu’une élection se prépare. Quasi personne dans les couloirs. Seulement les assistantes sociales du service d’aide aux familles. Leur local jouxte le bureau des élections. Elles sont inquiètes. Ludmila nous indique la porte de ce bureau. Elle a été scellée. "Regardez ! Ils sont passés hier ici. On les a vus débarquer dans le couloir avec leurs kalachnikovs. Et vous voyez comment c’est maintenant ? Ils ont indiqué l’interdiction d’ouvrir le lieu et collé des autocollants de leur république autoproclamée, pour empêcher nos collègues d’accéder à leur bureau, d’organiser le vote.. J’ai eu peur quand ils sont venus, et j’ai peur là tout de suite de vous donner cette interview car personne ne sait ce qui va se passer" , explique la jeune femme.

"Comme des espions dans notre propre pays"

Les assistantes sociales avant qu’on quitte les lieux nous rattrapent. Elles veulent juste nous dire - même si elles sont effrayés - qu’elles aimeraient "pouvoir voter dimanche, pouvoir participer au choix du nouveau président de l’Ukraine."

Un des responsables de la commission électorale de ce quartier joint par téléphone acceptera finalement de nous parler, mais dans un parc loin des bureaux. Il ne veut pas être vu et ne souhaite pas qu’on donne son nom. "Avec mes collègues de la commission électorales, on fait nos réunions en vidéoconférence sur internet pour limiter les risques. Et quand on doit absolument se voir, on choisit un endroit différent à chaque fois dans la ville, pour éviter de se faire repérer. Et on fait le plus vite possible. C’est comme si on était des espions dans notre propre pays. Dimanche, il faut qu’on puisse assurer la sécurité des responsables des bureaux de vote et la sécurité des électeurs. Pour être honnête, c’est compliqué. On a bien du mal à être suffisamment nombreux. Il y a des personnes qui voudraient nous aider mais qui ont trop peur" , explique le quinquagénaire qui dit n’avoir jamais vécu une telle pression pour encadrer un scrutin.

Les organisateurs les plus optimistes tablent sur 50 % de bureaux de vote ouverts. Les séparatistes jurent qu’il n’y en aura aucun. Par précaution, étant données les tensions, l’OSCE n’enverra pas d’observateurs internationaux en renfort dans la région, et se contentera de ses dix employés déjà installées ici depuis deux mois. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.