Un tribunal turc ordonne le blocage d'un site d'information indépendant pour protéger "la sécurité nationale"

Quelque 135 autres sites, comptes sur les réseaux sociaux et vidéos partagées sur YouTube et Dailymotion sont concernés.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara (Turquie), le 6 août 2019. 
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara (Turquie), le 6 août 2019.  (MURAT KULA / ANADOLU AGENCY / AFP)

La liberté de la presse est à nouveau écornée en Turquie. Un tribunal turc a ordonné le blocage du site d'information indépendant Bianet et de plusieurs dizaines d'autres médias et comptes sur les réseaux sociaux pour protéger la "sécurité nationale", selon une décision prise le mois dernier et rendue publique mardi 6 août. 

Bianet ainsi que 135 autres sites, comptes sur les réseaux sociaux et vidéos partagées sur YouTube et Dailymotion sont concernés. Le compte Twitter d'une députée du parti prokurde HDP, Oya Ersoy, est également visé.

Le tribunal d'Ankara indique que cette décision vise notamment à "protéger (...) la sécurité nationale et l'ordre public". Sans toutefois expliquer ce qui est reproché aux sites et aux comptes visés. 

Plus de 200 000 articles inaccessibles ?

Fondé en 1997 et basé à Istanbul, le site Bianet est surtout connu en Turquie pour ses articles sur les droits humains, les violences contre les femmes ou encore sa couverture exhaustive des procès liés à la liberté d'expression. Il publie en turc, en kurde et en anglais. "La décision n'avait même pas été transmise à Bianet, nous l'avons apprise par hasard", a déclaré l'avocate du site.

"Nous avons pu confirmer que la décision concernait l'ensemble du site. La fermeture du site peut intervenir à tout moment", a-t-elle ajouté, dénonçant une "attaque contre la liberté de la presse". Selon Bianet, plus de 200 000 articles publiés depuis plus de vingt ans seront rendus inaccessibles.

Les ONG pointent régulièrement l'érosion de la liberté de la presse en Turquie sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan. C'est notamment le cas depuis la tentative de coup d'Etat en 2016 qui a été suivie d'une répression tous azimuts et de la fermeture de plusieurs médias.