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Election en Turquie: un nouveau mandat assuré pour Erdogan

Les Turcs éliront pour la première fois un nouveau président de la République au suffrage universel les 10 et 24 août. L’actuel Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, s’est déclaré candidat et a toutes les chances de remporter l’élection. L’opposition présente pourtant un candidat commun.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Recep Tayyip Erdogan a été désigné le 1er juillet 2014 candidat de l'AKP à l'élection présidentielle en Turquie.  ((Kayhan Ozer - Anadolu Agency))
L’histoire semble étonnamment familière. Celle d’un Premier ministre, à la tête d’un pays depuis onze ans, qui rêve désormais de devenir Président. Vladimir Poutine pourrait s’y reconnaître. Depuis 1999, l’homme fort de la Russie alterne les mandats de Premier ministre et de président, s’assurant un règne sans partage.
 
Recep Tayyip Erdogan a joué la carte de la discrétion. L’actuel Premier ministre a attendu jusqu’au 1er juillet, à peine plus d’un mois avant le premier tour, pour annoncer officiellement sa candidature. Dans un entretien donné à Jol Press, Laurent Leylekian, analyste politique, spécialiste de la Turquie affirme que le délai pris par Erdogan pour annoncer sa candidature est «purement tactique».
 
Malgré les nombreuses manifestations antigouvernementales de l'année 2014, l’AKP, le parti conservateur d’Erdogan, est sorti victorieux des élections municipales du mois de mars. «Le scandale de corruption qui entache le Premier ministre et son entourage n’a pas trop terni son prestige aux yeux de son "cœur de cible", l’électorat populaire», analyse Laurent Leylekian.
 
Depuis le mois de février, les révélations sur le Premier ministre s’accumulent sur les réseaux sociaux, l’accusant, lui et ses proches, «de corruption, de marchés publics truqués, de pressions exercées sur la justice ou sur les médias…», détaille Guillaume Perrier, correspondant du Monde à Istanbul dans un article.
 
S’il est élu en août, le candidat islamo-conservateur deviendra le dirigeant qui a régné le plus longtemps sur le pays depuis le fondateur de la République turque Mustafa Kemal Atatürk.
 
Une opposition unie
Face au président sortant, le CHP (Parti républicain du peuple, kémaliste, social-démocrate et laïc) et le MHP (Parti d’action nationaliste, d’extrême droite) ont choisi un candidat commun. Ekmeleddin Ihsanoglu représentera donc lors du scrutin des 10 et 24 août les deux groupes leaders de l’opposition mais dont les identités politiques divergent.
 
Dans un article du Daily Sabbah, un journaliste turc rapporte les propos du chef du parti nationaliste MHP, Devlet Bahçeli. Il estime que le candidat à l’élection présidentielle devrait être un «conservateur nationaliste avec de fortes valeurs spirituelles.»  Une exigence remplie par Ekmeleddin Ihsanoglu. A 70 ans, le candidat de l’opposition occupait depuis janvier 2005 le poste de secrétaire général de l’OIC (Organisation de coopération islamique).

Les chefs des partis d'opposition se sont réunis mercredi 2 juillet 2014 à Ankara pour apporter leur soutien à leur candidat commun (en arrière-fond).  (AFP PHOTO / ADEM ALTAN)

Si la piété du candidat ne fait aucun doute, à tel point qu’il a souvent été pris pour «un compagnon de route de l’AKP», écrit Jean Marcou, chercheur spécialiste de la Turquie et professeur à Sciences-Po Grenoble, sur son blog, ses qualités politiques sont moins fiables.
 
Fragilités politiques
«Il faut bien voir qu’Ekmeleddin Ihsanoğlu n’a aucune expérience politique, ce qui risque de le gêner sérieusement dans une élection fortement personnalisée comme peut l’être une élection présidentielle au suffrage universel», ajoute le chercheur.
 
Autre faux pas qui a failli valoir à l’ancien secrétaire de l’OIC de se voir déclarer persona non grata par le Premier ministre : en août 2013, quand le président égyptien issu des Frères musulmans, Mohammed Morsi, est déchu, Erdogan n’a pas apprécié qu’Ekmeleddin Ihsanoglu ait refusé de condamner son renversement.
 
Le pire a été évité. Mais aujourd’hui, c’est la religiosité d’Ihsanoglu qui pourrait lui poser problème. Interrogé par le pure-player américain Al-Monitor, Huseyin Bagci, chef du département des relations internationales à la Middle East University d’Ankara analyse: «La majorité du pays est laïque, conservatrice, de centre-droite et nationaliste.» 
 
S’il veut convaincre l’électorat turc, le candidat du CHP et du MHP devra prendre à garde à ne pas passer pour un adversaire de l’idéologie d’Atatürk, fondateur de la Turquie.

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