Thaïlande : le Parlement dissous, les manifestations continuent

La Première ministre thaïlandaise a annoncé, ce lundi, la dissolution du Parlement et des élections "au plus vite" pour tenter de sortir d'une crise politique profonde. Cette annonce n'a pas réussi à apaiser les manifestants, toujours déterminés à faire tomber son gouvernement.

(Dylan Martinez Reuters)

Ce lundi matin, quelque 100.000 manifestants ont une nouvelle fois envahi les rues de Bangkok, la capitale de la Thaïlande, et ce malgré l'annonce de la dissolution du Parlement par la Première ministre du pays, Yingluck Shinawatra. "Mes partisans veulent plus que la dissolution ", a réagi le meneur des manifestants, Suthep Thaugsuban, en position de force. La forte mobilisation, qui dure depuis un mois, semble lui donner raison.

Les manifestants ne démordent pas de leur exigence de la fin du "système Thaksin ", en référence au Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006, qu'ils accusent de rester aux manettes à travers sa soeur Yingluck. "Le combat va se poursuivre. Notre but est de faire tomber le régime Thaksin ", a insisté Suthep.

Ferme dans sa volonté de remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple " non élu, il a marché ce lundi matin à la tête d'un des nombreux cortèges convergeant vers le siège du gouvernement aux sons des sifflets. En fin de matinée, plusieurs milliers de personnes étaient déjà arrivées devant le siège du gouvernement, dans la classique atmosphère de carnaval marquant le début des manifestations en Thaïlande.

Un mouvement hétéroclite

Dans les rangs de ce mouvement hétéroclite, des bourgeois de Bangkok proches du principal parti d'opposition, le Parti démocrate, et des groupes ultra-royalistes, réunis par leur haine de Thaksin et leur hantise de l'évolution de la société.

Le mouvement a pris de l'ampleur depuis fin novembre avec l'occupation de plusieurs ministères et administrations et jusqu'à 180.000 manifestants dans la rue. Il s'est radicalisé il y a une semaine avec des tentatives de prendre le siège du gouvernement, qui ont tourné aux affrontements entre police et manifestants.

La Première ministre a proposé lundi matin lors d'une adresse télévisée une dissolution du Parlement "sur la base de consultations avec diverses parties ", afin de "laisser le peuple décider ". Mais l'annonce intervient alors que la crise politique semble être passée à un autre niveau, après des semaines de dialogue de sourds entre opposition et gouvernement.

Des divisions profondes de la société

Dernier signe de l'impasse politique: les plus de 150 députés du Parti démocrate ont annoncé dimanche leur démission, jetant une ombre sur la légitimité d'un Parlement de 500 sièges où le Puea Thai de Yingluck est majoritaire.

La colère des manifestants est partie d'un projet de loi d'amnistie qui, selon ses détracteurs, aurait permis le retour de Thaksin, en exil pour échapper à la prison pour malversations financières. Malgré son rejet par le Sénat, cette protestation initiale n'a fait qu'enfler. Le milliardaire divise le pays entre masses rurales et urbaines défavorisées du Nord et du Nord-Est, qui l'adorent, et les élites de Bangkok qui le voient comme une menace pour la monarchie.

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Ces divisions profondes de la société avaient été mises en lumière lors de la crise du printemps 2010, qui avait fait quelque 90 morts et 1.900 blessés. Jusqu'à 100.000 "chemises rouges" fidèles à Thaksin avaient alors occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission d'Abhisit, avant un assaut de l'armée.