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Techniques d'interrogatoires : la CIA a menti au Congrès et la Maison-Blanche

Les techniques renforcées d'interrogatoire de la CIA, dont la torture, utilisées contre des détenus après le 11-Septembre ont été plus brutales que ce que l'agence d'espionnage a reconnu jusqu'à présent, a conclu mardi un rapport très attendu du Sénat américain. La CIA est aussi accusée d'avoir trompé les décideurs politiques de même que l'opinion sur l'efficacité de ses méthodes.
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Radio France
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 (Dianne Feinstein, la présidente démocrate de la Commission du renseignement du Sénat américain © Reuters)

Les techniques d'"interrogatoires poussés", comme la torture, mises en place par la CIA après les attentats du 11-Septembre 2001 ont été bien plus brutales que l'agence centrale du renseignement ne l'a admis, selon un rapport de la commission sénatoriale du Renseignement diffusé mardi. Et contrairement à ses affirmations, elles n'ont pas permis d'obtenir des renseignements de nature à déjouer des menaces.

Au contraire, dans plusieurs cas, ces interrogatoires poussés ont produit de faux renseignements, affirme le rapport, rendu public par les membres démocrates de la commission. Il cite notamment une information erronée au sujet d'une prétendue campagne de recrutement menée par Al-Qaïda auprès de la communauté afro-américaine.

La CIA a menti au Congrès et la Maison-Blanche

Le rapport accuse la CIA d'avoir trompé les décideurs politiques de même que l'opinion sur l'efficacité de même que sur les méthodes employées. L'agence de Langley n'aurait jamais informé pleinement le président George W. Bush des techniques d'interrogatoire utilisées dans ses installations et prisons secrètes. De même, la CIA aurait menti en affirmant qu'Oussama ben Laden avait été en partie localisé au Pakistan grâce à des informations recueillies dans le cadre de ce programme.

Le rapport retrace l'histoire du programme "Rendition, Detention and Interrogation" ("Extradition, détention et interrogatoires") de la CIA, autorisé par George W. Bush après le 11-Septembre. Son élaboration a demandé plusieurs années. Il comporte plus de 6.000 pages mais c'est une version d'un peu plus de 500 pages, expurgée d'informations sensibles, qui a été rendue publique ce mardi.

La réputation des Etats-Unis ternie

Après cette publication, le patron de la CIA John Brennan a admis que l'agence avait commis des erreurs en ayant recours la torture. Mais il a défendu l'efficacité des méthodes de la CIA. Selon lui, une enquête interne de l'agence prouve que les interrogatoires poussés ont "permis de récupérer des renseignements qui ont permis d'empêcher des attentats, de capturer des terroristes et de sauver des vies".

Dans un communiqué, Barack Obama a dénoncé des méthodes "contraires" aux valeurs des Etats-Unis. "Ces techniques ont fortement terni la réputation de l'Amérique dans le monde", a jugé le président américain. Il a promis de tout faire pour que ces méthodes ne soient plus jamais utilisées.

Le 1er août 2014, le président américain Barack Obama s'était livré à un aveu rarissime sur les méthodes de la CIA sous le mandat de George W. Bush lors de sa conférence de presse traditionnelle. "Lorsque nous avons utilisé certaines techniques d'interrogatoire poussé, des techniques que je considère et que toute personne honnête devrait considérer comme de la torture, nous avons franchi une ligne", avait-il admis.

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