Syrie: le chef d'al-Qaïda al-Zawahiri appelle à une guérilla et non à un Etat

Le chef d’al-Qaïda tente de faire un retour sur scène. Profitant du recul de Daech sur les terrains syrien et irakien, Ayman al-Zawahiri appelle les djihadistes à adopter une stratégie de guérilla plutôt que d'édifier un Etat. Un appel qui intervient après une révélation de l’hebdomadaire américain «Newsweek», selon laquelle le successeur de Ben Laden serait à Karachi sous protection pakistanaise.

Photo d\'archives du numéro un d\'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, appelant à la prise d\'otages occidentaux pour les échanger contre des djihadistes, le 27 juillet 2011.
Photo d'archives du numéro un d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, appelant à la prise d'otages occidentaux pour les échanger contre des djihadistes, le 27 juillet 2011. (Anonymous/AP/SIPA)

Dans un contexte de recul du groupe Etat islamique dans sa capitale irakienne de Mossoul et de menace sur sa capitale syrienne de Raqqa, le numéro un d’al-Qaïda a délivré le 23 avril 2017 un message à l’attention des djihadistes sunnites de Syrie.
 
Dans un enregistrement audio titré «Damas ne s’agenouille que pour Dieu» et mis en ligne sur internet, Ayman al-Zawahiri prévient les combattants musulmans de Syrie qu’ils sont ciblés parce qu’ils souhaitent instaurer un pouvoir islamique et que «la coalition des Satans» ne l’accepte pas.

Pour le numéro un d'al-Qaïda, la cause syrienne est celle de toute l'Oumma 
«Vous devez, vous notre peuple (du pays) de Damas, vous préparer à une longue guerre contre les croisés et leurs alliés, les chiites et les alaouites», a déclaré le mentor et successeur de Ben Laden.
 
Appelant tous les combattants islamistes à ne pas «reculer, ni vaciller, ni renoncer et à mourir dans la dignité plutôt que vivre dans l’humiliation», il leur prodigue des conseils.
 
Le premier, dit-il, est «de revoir et corriger leurs erreurs. Un premier pas vers la victoire». Le deuxième est que «la stratégie du djihad en Syrie doit se baser sur une guerre de guérilla» qui a pour objectif d'anéantir l’ennemi et «ne pas trop s’attacher à la terre». Le troisième enfin est que «la cause d’Al-Cham (Damas en arabe) est celle de la Oumma (la nation musulmane) dans son ensemble» et non une cause pour les seuls Syriens.
 
Dans son enregistrement, ni daté ni situé, Ayman al-Zawahiri réaffirme ainsi la vocation première d’al-Qaïda, un combat tous azimuts contre les hérétiques alaouites et les chiites et les puissances occidentales. Il cherche aussi à rallier ceux qui avaient préféré, pour raison de salaire, rejoindre Daech. Le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi avait réussi à siphonner les rangs du mouvement créé par Ben Laden.
 
Al-Zawahiri aurait échappé à un drone et vivrait au Pakistan
Il est difficile de savoir si cet appel est lancé d’une position de force du chef d’al-Qaïda face à l’affaiblissement de son rival de l'EI, donné aujourd'hui comme fuyard. Il intervient en tout cas trois jours après de nouvelles révélations sur la situation d'al-Zawahiri.
 
Dans son édition datée du 21 avril 2017, l’hebdomadaire américain Newsweek affirme que le chef égyptien de la nébuleuse islamiste vit au Pakistan sous la protection de l’ISI (Inter-Services Intelligence), le plus puissant des services de renseignements pakistanais.
 
Selon Bruce Riedel, un vétéran de la CIA, cité par l’hebdomadaire, il serait installé à Karachi, une ville portuaire de 26 millions d’habitants, sur la mer d’Arabie. «S’il était quelque part le long de la frontière avec l’Afghanistan, la tentation aurait été grande d’aller le pêcher, explique-t-il, mais à Karachi, ce serait un casse-tête très difficile.»
 
Selon plusieurs sources rapportées par Newsweek au cours de la première semaine de janvier 2016, l’administration Obama avait bien tenté de le liquider avec un drone, dans la zone tribale de la vallée Shawal au Pakistan. Une zone montagneuse et reculée où se sont réfugiés de nombreux combattants.
 
«Le drone a frappé juste à côté de la chambre du Docteur Zawahiri, raconte une des sources, le mur s’est effondré, les gravats lui sont tombés dessus brisant ses lunettes, mais par chance il est resté vivant.»