Olivier Roy, victime d'une fausse interview dans la presse syrienne

La presse syrienne a diffusé une interview du spécialiste de l’islam Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence dans lequel il défend le régime de Bachar El Assad. Problème : cette interview est fausse ! Pour Olivier Roy, le procédé est révélateur d’un régime assiégé qui a « un énorme besoin de reconnaissance internationale ».

La photo d\'Olivier Roy diffusée sur la chaîne syrienne Dounia pendant qu\'une présentatrice cite des extraits de la fausse interview de ce spécialiste français de l\'islam.
La photo d'Olivier Roy diffusée sur la chaîne syrienne Dounia pendant qu'une présentatrice cite des extraits de la fausse interview de ce spécialiste français de l'islam. (Dounia - Youtube)

Pourquoi vous a-t-on choisi, vous précisément, pour cette fausse interview?

Mon nom circule dans le monde arabe. Mais je n’ai jamais écrit sur la Syrie. Le régime a donc voulu prendre un nom connu, sauf dans le pays. Rédigée en arabe, l’interview est destinée à l’opinion intérieure. Elle a d’abord été diffusée par la chaîne Dounia avant d’être repris par des médias écrits [en français sur le site infosyrie, voir dans les commentaires, NDLR].
 


Une présentatrice de la télévision syrienne citant la fausse interview. Vidéo mise en ligne sur Youtube le 5 février 2012
 

Comment interprétez-vous cette affaire ?

C’est le signe que les choses ne vont pas bien. Le régime a un énorme besoin de reconnaissance extérieure, de témoignages positifs venus de l’étranger. Il faut voir que toutes ses opérations de communication ont échoué, notamment la visite de Thierry Meyssan [auteur du livre « L’effroyable imposture » sur les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, NDLR] à Damas.

Au-delà, que révèle cette anecdote ?

L’interview véhicule une image archaïque, celle de la France gaulliste et des résidus de sa politique arabe, celle qui dit non aux Etats-Unis. Elle traduit aussi la nostalgie de 2003 quand Paris s’était opposé à la guerre en Irak. Une nostalgie que l’on retrouve à la fois dans certains milieux arabes et certains milieux français.

Cette histoire ne va pas plus loin. Elle est révélatrice d’une logique obsidionale [propre aux sièges, NDLR]. Les dirigeants syriens se sentent assiégés, au pied du mur. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient fichus techniquement : toute guerre civile connaît des hauts et des bas.

Ils n’en sont pas moins très isolés. Aujourd’hui, leur seul soutien, c’est l’Iran, lui-même engagé dans une confrontation très tendue avec l’Occident et une fuite en avant très dangereuse. Les Russes les soutiennent sans enthousiasme en leur distribuant des armes. Les Turcs sont contre eux. Et dans le reste du monde arabe sunnite, de plus en plus opposé au chiisme, le régime alaouite de Syrie est assimilé aux chiites, pour des raisons plus politiques que religieuses.