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Le budget 2013 d'une Syrie en pleine guerre civile

Depuis plus de 20 mois, la Syrie est à feu et à sang, déchirée par une guerre civile qui a fait plus de 43.000 morts. De plus en plus fragilisé, le régime de Bachar el Assad n’en a pas moins annoncé le 18 décembre que le Parlement syrien avait adopté… un budget.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Ruines près de l'hôpital Dar Al-Shifa à Alep (nord de la Syrie) le 22 novembre 2012 (AFP - FRANCISCO LEONG)
Les députés ont souligné l’importance de la promulgation du budget «dans les conditions difficiles que traverse le pays» et «la nécessité pour le gouvernement et le Conseil du peuple [Parlement, NDLR] de travailler comme une seule équipe afin d’assurer les besoins essentiels des citoyens», explique l’agence de presse syrienne Sana.

Les paroles se veulent fortes. Pour autant, «les besoins essentiels» des 20 millions de Syriens ne sont pas forcément faciles à «assurer» dans un pays ravagé par la guerre civile... «On vit sans eau et sans électricité et la nourriture est très chère», raconte une habitante de Damas. Dans ce contexte, nombre de Syriens, chassés par les destructions et/ou les privations, ont dû fuir leurs domiciles. 3,5% de la population se serait déjà réfugié à l’étranger.
 
36.000 fonctionnaires de plus
Examinons plus en détail les chiffres fournis par l’agence de presse officielle. En 2013, les dépenses s’élèveront à 1.383 milliards de livres syriennes (LS), contre 1.326 en 2012, annonce-t-elle. En dollar, ce poste s’élèvera à 23,05 milliards de dollars (17,36 milliards d’euros), avec un taux de référence fixé à 60 LS pour un dollar. La progression des dépenses semble considérable par rapport aux estimations de la CIA (dont on peut se dire qu’elle sont à prendre avec des pincettes mais qui sont souvent jugées fiables par les spécialistes) pour 2011: 17,87 milliards de dollars…

Mais même des données officielles «retouchées» trahissent la dramatique situation vécue par les Syriens. Les dépenses d’investissement baisseront quand même de 26%, admet Sana. Alors que les besoins d’investissements sont évidemment criants en raison des destructions liées à la guerre civile, qui voit la lente mais inexorable progression des rebelles.

Le président syrien, Bachar el Assad, s'adressant au Parlement à Damas le 3 juin 2012. Comme si de rien n'était. (AFP - Sana)

Tout n’est pas noir, semble dire le régime de Bachar. Selon Sana, les subventions connaîtront un accroissement de 24,6% avec notamment 250 milliards de LS pour l’électricité et 77 milliards pour les produits de première nécessité (sucre, riz, farine…). Les besoins en la matière sont évidemment urgents. A Damas, les coupures de courant durent ainsi parfois 12 heures... Côté nourriture, la population doit faire la queue pendant des heures devant des boulangeries vides alors qu’au marché noir, les prix sont trois fois plus élevés. Difficile donc de croire que dans une économie apparemment désorganisée, les subventions pourront être effectivement versées. A supposer que l’argent existe…

Tout aussi surréaliste, le régime entend créer 36.000 postes de fonctionnaires en 2013 ! «Dans les forces de sécurité ?», serait-on tenté de lui demander…
 
Chute des recettes pétrolières
Reste à savoir par quelles recettes seront financées les dépenses. Les revenus de l’Etat vont connaître une chute de plus de 35 % en passant de 991 milliards de LS à 638 milliards, admet Sana. De larges portions du territoire échappant désormais au régime Assad, les exportations, et la collecte des impôts et des droits de douanes, sources des recettes de l’Etat, ont logiquement diminué.

Mais à propos, qu’en est-il des si indispensables exportations ? Dixit la CIA, elles se seraient élevées à 10,29 milliards de dollars en 2011, contre 12,27 milliards un an plus tôt. Une chose est sûre : elles se concentrent sur quelques produits. En 2010, selon des données de l’université canadienne de Sherbrooke, le pétrole et les produits miniers représentaient 44,4 % des ventes destinées à l’étranger.

La loi de finances pour 2013 prévoit une production pétrolière à 224.000 barils/jour. Une production qui, aux dires des spécialistes, s’élevaient à 420.000 b/j avant la guerre. Deux chiffres qui résument mieux que tout autre le drame de la Syrie…

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