La politique ambivalente de la Chine en Syrie

Entre le régime de Bachar al-Assad et les groupes d’opposition, la République populaire de Chine n’arrive pas à choisir. Echaudée par son soutien sans failles à l’ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, le pays cherche à ne plus placer ses intérêts dans la main d’un seul camp.

La Chine abandonne peu à peu son principe de non-ingérence dans les affaires d\'un pays étranger. C\'est particulièrement le cas en Syrie où Pékin a signé un accord de coopération inter-militaire avec le régime de Bachar al-Assad.
La Chine abandonne peu à peu son principe de non-ingérence dans les affaires d'un pays étranger. C'est particulièrement le cas en Syrie où Pékin a signé un accord de coopération inter-militaire avec le régime de Bachar al-Assad. (MAKSIM BLINOV / SPUTNIK / AFP)

«Il n'est de vent favorable qu'à celui qui sait où il va», dit un proverbe chinois. L’Empire du Milieu aimerait sans doute pouvoir s’appliquer cette maxime. Car Pékin avance à tâtons dans cet Orient qu’elle trouve, elle aussi, bien compliqué.
 
En Syrie, la République populaire entretient de bonnes relations avec le régime de Bachar al-Assad. Dans le passé, elle l’a même approvisionné en armes. Le 14 août 2016, le contre-amiral Guan Youfei de l’Armée Populaire de Chine visitait Damas. Il annonçait alors que la Chine allait intensifier la coopération inter-militaire et former du personnel médical syrien.
 
Cet engagement accru du pays dans la guerre dissipe mal un malaise: Pékin veut malgré tout garder contact avec les groupes d’opposition. En janvier 2016, Khaled Khoja, un dirigeant de l’opposition syrienne, était ainsi invité en Chine. Tout en soutenant le régime de Bachar al-Assad, l’Etat communiste ne croit pas au statu quo.
 
Alignement sur la Russie
Mais sa politique au Moyen-Orient reste très proche de celle de la Russie. En particulier en Syrie où la Chine voit d’un très mauvais œil l’émergence de groupes terroristes.
 
C’est même la raison principale de son engagement dans le pays, selon deux chercheurs qui ont publié un article sur le sujet dans The National Interest. Pour ces analystes, Pékin veut combattre activement le Turkistan Islamic Party (TIP). Un groupe militant pour la séparation du Xinjiang (région à majorité ouïghoure à l’ouest de la Chine) à qui elle attribue des actes terroristes sur son sol.
 
Le TIP aurait pris de l’importance en Syrie en se battant aux côtés du Front Fatah al-Sham (anciennement Front al-Nosra et dit avoir rompu avec al-Qaïda). Pour la Chine, c’est une menace directe tant elle ne veut pas voir d'actes terroristes perpétrés sur son sol. Et encore moins voir émerger un mouvement séparatiste puissant dans l’ouest de son territoire alors qu’elle y projette d’importants développements économiques.
 
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Muallem, sert la main de son homologue chinois, Wang Yi, lors d\'une conférence de presse le 24 décembre 2015 à Pékin.
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Muallem, sert la main de son homologue chinois, Wang Yi, lors d'une conférence de presse le 24 décembre 2015 à Pékin. (WANG ZHAO / AFP)

«Une ceinture, une voie»
C’est le nom du projet que la Chine veut mettre en place en créant une nouvelle route de la soie. Censé relier l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, ce programme à 900 milliards de dollars passe par le Moyen-Orient.
 
Une région vitale pour les autorités chinoises qui achètent 50% du pétrole irakien. En 2020, les estimations prédisent même que 80% du brut du pays devrait partir vers la Chine.
 
La montée en puissance de l’Etat islamique dans la région met ainsi directement en danger ses intérêts et l’a donc poussée à revoir son principe de non-ingérence dans les affaires de pays étrangers. Principe qui lui a pourtant permis de conquérir de nombreux marchés dans la région.
 
Devenir une puissance diplomatique
Selon Moritz Rudolf, chercheur au Mercator Institute for China Studies à Berlin, «le processus de paix en Syrie donne une opportunité unique aux diplomates chinois pour approfondir leur expérience des crises globales et des médiations de conflits».
 
Ce n’est pas la première fois que Pékin tente d’organiser des négociations. En janvier 2016, la Chine et les Etats-Unis parrainaient une réunion sur le processus de paix en Afghanistan, à Islamabad, au Pakistan.
 
Mais selon ce même observateur, «les négociateurs chinois manquent d’expérience dans la résolution des conflits au Moyen-Orient. L’approche diplomatique de Pékin consiste avant tout à copier des stratégies déjà existantes, comme discuter avec des chefs de l’opposition syrienne comme Khoja. Il représente une voix importante de l’opposition laïque à l’étranger, mais a peu d’influence à l’intérieur de la Syrie.»
 
Une lecture que ne partage pas Zhao Weiming, professeur d’études du Moyen-Orient à la Shanghai International Studies University et cité par le Global Times. «Depuis que les Etats-Unis se sont interférés militairement dans l’arrière-cour de Pékin en mer de Chine, ce pourrait être une vengeance des militaires chinois dans une zone, le Moyen-Orient, habituellement considérée comme la sphère militaire d’influence des Américains.»