Soldats disparus en Ukraine : les mères russes mobilisent l’opinion publique

Officiellement, la Russie n’est pas en guerre contre l’Ukraine. Mais de plus en plus d’informations attestent de la présence de soldats du Kremlin sur le territoire ukrainien. En Russie, des épouses et mères de soldats, sans nouvelles de leurs proches, n'ont pas pu manifester le 28 août 2014 pour exiger des explications de la part des autorités sur leur sort.

Les femmes et épouses de soldats disparus comptaient manifester jeudi 28 août 2014 après avoir appris que les funérailles de deux parachutistes avaient eu lieu secrètement dans le nord de la Russie. 
Les femmes et épouses de soldats disparus comptaient manifester jeudi 28 août 2014 après avoir appris que les funérailles de deux parachutistes avaient eu lieu secrètement dans le nord de la Russie.  (AFP PHOTO / DMITRY SEREBRYAKOV)
Les accusations se multiplient, mais Vladimir Poutine ne change pas de discours : Moscou n’a pas envoyé de troupes combattre aux côtés des groupes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, selon lui. Les parents et épouses de soldats russes commencent pourtant à être de plus en plus nombreux à ne plus avoir de nouvelles de leurs fils ou de leurs époux.
 
Valentina Melnikova, membre depuis plus de 20 ans du Comité des mères de soldats russes, citée jeudi par la chaîne de télévision d’opposition Dojd, estime à 15.000 le nombre de militaires de son pays qui se battraient en Ukraine. Plus d'une centaine y seraient morts le 13 août, selon deux membres d’un conseil des droits de l’homme rattaché à la présidence russe, cités par Veronika Dorman, correspondante de Libération à Moscou, dans le journal daté du vendredi 29 août 2014. Pourtant, la Russie n’est pas officiellement en guerre contre Kiev. Pour Moscou, pas de guerre, donc pas de victimes.
 
Mais la disparition des soldats a éveillé les soupçons de leurs familles qui ont perdu tout contact avec eux. «Les soldats ne se manifestent plus sur les réseaux sociaux, tandis que les réponses du commandement, quand elles sont obtenues, sont au mieux évasives», souligne encore Libération.
 
«La seule chose (que les autorités militaires) acceptent de nous dire, c’est qu’ils ne sont pas en Russie», déclare à l’AFP l’épouse de l’un des hommes du 331e régiment de la 98e division de parachutistes qui n’a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours.

Le général de l'Otan Nico Tak affirmait jeudi: «Bien plus d'un millier de soldats russes combattent actuellement en Ukraine. Ils soutiennent les séparatistes, se battent avec eux».
 
Comité des mères
L’affaire de ces soldats clandestinement envoyés en Ukraine rappelle les tristes épisodes des guerres d’Afghanistan et de Tchétchénie. Un comité de mères de soldats russes s'était formé à la fin des années 1980 alors que l'URSS était embourbée dans la guerre d’Afghanistan. Entré en guerre contre Kaboul en 1979, Moscou avait longtemps nié cette situation.
 
Dans son livre La fin de l’URSS et la crise d’identité russe, Véronique Jobert souligne que «le service militaire qui est de trois ans dans la marine, de deux ans dans les autres armes est devenu la terreur de toutes les mères de famille». Car au risque d’être envoyé au combat, il faut ajouter le bizutage dont sont victimes toutes les jeunes recrues.
 
En 1989, Moscou retire ses troupes d’Afghanistan. Mais aujourd'hui, le combat des mères de soldats russes, Valentina Melnikova en tête, est loin d’être terminé. Au début des années 1990, la guerre de Tchétchénie est une nouvelle épreuve et ce groupe de femmes refuse de voir ses enfants, à peine sortis de l’adolescence, tomber sur les champs de bataille.
 
Les mères de soldats russes deviennent célèbres lors de la guerre en Tchétchénie lorsqu’elles vont récupérer leurs fils sur la ligne de front et en aident «des milliers d’autres à se dérober à la conscription», précise un article du quotidien québécois La Presse.
 
En 1996, à la fin de la guerre de Tchétchénie, Libération avait dressé le portrait de Maria Kirbassova, fondatrice du Comité des mères de soldats en 1989. «Les hommes soviétiques, on ne peut rien en tirer, parce qu’ils ont été dressés à l’armée», avait-elle dit à la journaliste qui l’avait interrogée.
 
En Russie, ce sont donc les femmes qui doivent mener la lutte. Maria Kirbassova, elle, l’a fait à sa manière : en allant arracher son fils des griffes de l’armée et en aidant d’autres mères à faire de même. En juin 1996, «sous sa direction, le Comité a déjà introduit dans les montagnes caucasiennes, depuis le début de l’intervention russe dans la république indépendantiste (en décembre 1994 ndlr), près de mille mamans, afin qu’elles récupèrent leurs rejetons»