Plusieurs mois après son annexion par la Russie, la Crimée se transforme

L’activité touristique de la péninsule bat normalement son plein pendant l’été. Mais, en 2014, les touristes ont disparu. En pleine russification, les habitants de ce petit territoire sur la mer Noire vivent de nombreux changements.

Des wagons de train sont transportés en ferry par le détroit de Kerch vers le port de Crimée.
Des wagons de train sont transportés en ferry par le détroit de Kerch vers le port de Crimée. (YURI LASHOV / AFP)
En temps normal, pendant l’été, la Crimée est synonyme de maillots de bain, plages et promenades en bateaux. Mais depuis l’annexion de la péninsule par la Russie en mars dernier, l’ambiance n’y est plus vraiment la même. Le soleil et la mer règnent toujours sur ce qui était appelé la Riviera soviétique mais en 2014 les visiteurs y étaient cinq fois moins nombreux qu’en 2013.
 
Pourtant Moscou a activement poussé les vacanciers russes à aller passer leurs congés sur les plages au style méditerranéen de la péninsule. Difficile pourtant d’oublier que les combats entre l’armée ukrainienne et les milices pro-russes font encore rage à quelques dizaines de kilomètres de là.
 
Tout d’abord parce que la route principale qui mène de la Crimée au centre de l’Ukraine passe par l’est de ce pays en proie à la violence. «La Crimée est techniquement une péninsule mais virtuellement une île», écrit Anna Nemtsova dans le Daily Beast. La journaliste d’origine russe explique que les personnes venues en voiture doivent donc rejoindre la Russie en ferry depuis la ville criméenne de Kerch.
 
Moscou a promis d’investir 13 milliards d’euros dans les cinq ans à venir, notamment destinés à la construction d’un pont entre le territoire russe et la péninsule afin de fluidifier l’accès.
 
Entre euphorie et anxiété
Certes, l’immense majorité des électeurs de Crimée ont voté pour leur rattachement à la Russie mais changer de nationalité n’est pas chose aisée. Certains se disent enthousiastes d’être enfin rattachés à leur «mère patrie». D’autres, Ukrainiens pro-russes ayant fui les zones de combat, sont rassurés de pouvoir trouver refuge sur les bords de la mer Noire.
 
Mais il y a aussi tous ceux qui étaient opposés au rattachement ou bien qui le sont devenus. Dans un passionnant reportage publié début août, le site américain Vice News a donné la parole à ces personnes qui craignent désormais pour leurs vies.
 
«J’ai toujours considéré les Russes comme mes frères mais face à l’agression russe et aux «hommes verts» (militaires ndlr) qui sont apparus partout, j’ai réalisé que j’étais un vraie Ukrainienne», confie une jeune femme dont le visage a été flouté.
 
Peu de temps après l’annexion, les habitants ont dû se munir d’un passeport russe. Une obligation que certains considèrent être un avantage. Une autre jeune femme explique d’ailleurs qu’un passeport russe est indispensable pour obtenir un permis de conduire ou même pouvoir travailler.
 
«Les gens sont obligés d’avoir un passeport russe et on leur dit qu’ils sont devenus automatiquement Russes. Comment ? Je suis un humain pas un mouton pour être automatiquement assigné quelque part», se révolte-t-elle. 
 
Un article du Telegraph daté du 17 août 2008 rapporte que l’Ukraine avait lancé une enquête suite à de graves soupçons concernant la Russie cette année là. Moscou était alors accusé de distribuer des passeports russes dans le port de Simferopol en Crimée. Ces accusations n’étaient pas sans rappeler les distributions de passeports dans les régions d’Abkhazie et d’Ossétie du sud en 2003.
 
«Fin de la confusion», ou presque
Les Etats-Unis et l’Union européenne avaient critiqué la tenue du scrutin sur le rattachement de la Crimée à la Russie, organisé le 16 mars. Le résultat était pourtant sans appel : 96,6% des habitants de Crimée ont approuvé l’annexion de la péninsule.
 
Un mois plus tard, le New York Times écrivait que «seules quelques institutions (fonctionnaient) normalement. La plupart des banques (étaient) fermées. Ainsi que les bureaux officiels de l’Etat.» Il faut ajouter à cela l’envol des prix et des problèmes de distribution de l’eau dont souffrait encore la population en mai 2014.
 
«Les procès sont reportés. Les importations de nourriture arrivent au petit bonheur la chance. Certaines entreprises étrangères, comme McDonald’s, ont fermé», ajoute le quotidien américain. La Crimée doit également abandonner la monnaie ukrainienne, la hryvnia, pour adopter le rouble russe.
 
De tels changements ne laissent pas les populations indemnes. Un psychologue ukrainien confie aux journalistes de Vice News que lui et ses collègues pensent que les événements récents en Ukraine, en Russie et en Crimée auront des conséquences lors des prochaines décennies. «Il s’agit d’un traumatisme psychologique pas au niveau individuel mais à un niveau collectif sur toute la nation slave».