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Royaume-Uni: pourquoi les internes engagent un bras de fer avec le gouvernement

Des internes en médecine ont entamé le 26 avril 2016 une grève totale dans les hôpitaux britanniques pour protester contre une réforme de leurs conditions de travail imposée par le gouvernement conservateur de David Cameron. Lequel ne veut pas céder à la pression de la rue.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Des internes manifestent contre l'accord proposé par le gouvernement devant un hôpital de Manchester, le 26 avril 2016. (JONATHAN NICHOLSON / NURPHOTO)

Une grève sans précédent. Les «junior doctors» des urgences du NHS, le service public de santé britannique, n'avaient jamais fait de grève totale. Plus de 20.000 de ces internes ont participé au mouvement sur les 53.000 que compte la branche Angleterre du NHS (l'équivalent de notre sécurité sociale). Ce qui signifie que 78% de ceux qui devaient travailler ce jour-là ont fait grève.

«C'est le jour le plus triste de ma vie professionnelle», a déclaré à l'AFP Fiona Martin, 36 ans, devant l'hôpital londonien de St Thomas. «Je n'aurais jamais cru qu'en tant que docteur, je serais forcée à déposer mon stéthoscope et à me mettre en grève. Mais nous y avons été contraints par un gouvernement qui refuse d'écouter.»

Pourquoi les internes sont-ils en guerre avec le gouvernement?
La dispute se cristallise autour d'un nouveau contrat que le gouvernement veut imposer avant l'été pour améliorer le service dans les hôpitaux le week-end. Le principe: les internes devront travailler davantage le week-end à un tarif moins élevé.

En échange, le gouvernement a promis d'augmenter leur salaire de base de 13,5%. Le NHS connaît une grave crise budgétaire et s'est trouvé au cœur de la campagne pour les législatives en 2015, comme le montre cette vidéo du bureau de France 2 à Londres :

Un Britannique, interviewé dans la vidéo, confirme que les hôpitaux britanniques, et leurs urgences, sont débordés alors que les coupes budgétaires se multiplient: «On m'a mis dans un couloir avec 60, 70 personnes qui attendaient. Il y avait des équipes d'ambulance, des personnes dans des fauteuils roulants, des gens qui attendaient à même le sol. Il n'y avait même pas assez de chaises.» Certains traitements anticancéreux ne sont pas délivrés dans les hôpitaux britanniques car trop chers.

Le Premier ministre David Cameron cible plus particulièrement les services hospitaliers du week-end. Le 12 janvier 2016, un porte-parole du gouvernement a souligné qu'en cas d'attaque cérébrale un week-end, le taux de mortalité est de 20% supérieur à celui enregistré en semaine.

Mais, comme l'explique cet article du Telegraph, la British medical association, qui soutient les internes, craint que leur salaire baisse avec cette nouvelle tarification horaire, pour encore plus de travail le week-end. «Actuellement, nous travaillons dans le cadre de la directive européenne sur le temps de travail, soit en moyenne 48 heures. Le gouvernement essaye de faire sauter cette limite, ce qui pourrait se traduire par des semaines de 50-60 heures», a souligné dans un article d'Allodocteurs Ben Brazier, un interne en grève.

Avec les nouvelles conditions salariales, les hôpitaux ne paieraient plus d'amende s'ils faisaient travailler les internes pendant trop d'heures. 

Comment réagit le gouvernement?
Face à la grève, le gouvernement reste imperturbable. «C'est un bon contrat», a estimé David Cameron sur la chaîne ITV, jugeant «injuste» la poursuite de la grève. 

La cible des manifestants, Jeremy Hunt, le ministre de la Santé, ne veut pas renoncer à l'accord. «Les ministres de la Santé ne sont jamais populaires», a-t-il lancé au Guardian. Jeremy Hunt n'a donc aucun scrupule à mener à bien son projet. Les internes sont prévenus.

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