Législatives britanniques : les inégalités sociales se sont encore creusées à Oldham, la ville la plus pauvre d'Angleterre

Alors que les élections législatives ont vu s’inviter dans les débats les questions de la sécurité et des inégalités sociales, à Oldham, la ville la plus défavorisée du Royaume-Uni, la Première ministre Theresa May est accusée de tous les maux.

Depuis Oldham, vue sur les tours, au loin, de Manchester.
Depuis Oldham, vue sur les tours, au loin, de Manchester. (OLI SCARFF / AFP)

Jeudi 8 juin, le Royaume-Uni élit ses députés. Si les questions de sécurité ont occupé l’essentiel du débat public depuis les récentes attaques terroristes qui ont frappé le pays, les inégalités sociales sont l’autre grande préoccupation des électeurs, à Oldham encore plus qu’ailleurs. Franceinfo s'est rendu dans cette ville déshéritée au nord de Manchester.

Législatives britanniques : à Oldham la déshéritée, les inégalités sociales se sont encore creusées
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Des nouilles et de la soupe au menu de la semaine

Quand vous arrivez à Oldham, ce sont les films de Ken Loach qui vous viennent à l'esprit. Oldham et ses petites maisons en briques rouges jamais ravalées depuis des années, Oldham et ses indicateurs qui vous laissent sans voix : 34% des enfants y vivent dans la pauvreté.

Ce matin-là, il est 11h dans l’une des trois antennes de la Banque alimentaire d’Oldham. Pierre, la quarantaine, est venu chercher de quoi manger. "Dans ce sac, décrit-il, il y a des nouilles, de la soupe, des pâtes. Cela devrait me faire la semaine, je ne suis pas un gros mangeur !" 

Deux mois avant de toucher le chômage

Pierre est au chômage depuis deux mois. Il fabriquait des gâteaux de mariage chez Mark and Spencer et a été licencié à cause d'un problème à la jambe qui l’empêche de rester longtemps en station debout. Deux mois plus tard, Pierre ne touche toujours pas d’indemnités, conséquence de la réforme de l’assurance chômage mise en place par le gouvernement conservateur en 2013. "Les conditions ont changé pour les chômeurs, explique Mike Kendrick, bénévole à la Banque alimentaire. Aujourd’hui, il y a un délai de deux mois entre votre première visite à Pôle emploi et le versement de vos indemnités chômage. C’est un système très injuste", poursuit-il.

Les chômeurs doivent compter sur l’indulgence de leurs propriétaires pour qu’ils acceptent de les loger en attendant qu’ils reçoivent de quoi payer leur loyer. C’est pour ça qu’il y a autant de chômeurs qui dorment dans la rueMike Kendrickà franceinfo

En attendant, Pierre et sa jambe malade pointent trois fois par semaine à Pôle emploi. "Je suis prêt à prendre n’importe quel emploi, assure-t-il. Je travaille depuis que j’ai 14 ans et je déteste ne rien faire. J’aime le travail manuel, utiliser mes mains."

Les contrats "zéro heure" et la précarité explosent

Aujourd’hui, plus de 5% de la population d’Oldham se nourrit grâce à la Banque alimentaire. Une situation à tout le moins paradoxale puisque les indicateurs macro-économiques sont au vert au Royaume-Uni. Malgré le vote en faveur du Brexit, le taux de chômage est très bas (4,6%) et la croissance pourrait atteindre 1,5% en 2017. Pourtant, dans le même temps, ses inégalités sociales se creusent. Les mille personnes les plus riches du pays ont des revenus supérieurs aux 40% des ménages les plus pauvres. Difficile de faire plus grand comme fossé.

"Il y a une forte augmentation des contrats dit "zéro heure", explique Kathryn Simpson, professeur en sciences politiques à l’Université de Manchester. On le voit dans les entreprises comme Sports Direct, Uber ou Deliveroo. Avec ce type de contrats, vous n’avez aucune rémunération fixe. Et si vous avez une famille à charge et un prêt à rembourser, c’est très difficile. La précarité augmente beaucoup chez les salariés britanniques."

La Première ministre accusée de tous les maux

À Oldham, Theresa May est accusée d’avoir cassé le système social et de ne pas assurer la sécurité du pays. Travor, travailleur intérimaire, est ainsi resté traumatisé par les récents attentats. "Il est temps de changer de gouvernement, confie-t-il. J’aime passionnément mon pays, mais là il faut bien avouer que nos dirigeants ont échoué. Ils n’ont pas assuré notre sécurité. Ces atrocités n’auraient peut-être pas eu lieu s’il y avait eu plus de policiers dans les rues, plus d’agents dans les services de renseignements."

Maintenant Theresa May répète en boucle que ce n’est pas sa faute. Mais si, c’est sa faute, elle dirige le pays !Travorà franceindo

Travor a donc décidé de voter travailliste, convaincu qu’il peut davantage leur accorder sa confiance pour corriger les inégalités sociales qui déchirent le pays.