Brexit: l'économie britannique s'attend au pire

Que deviendra l'économie britannique en cas de sortie du pays de l'Union européenne ? La réponse est contrastée, et surtout très partisane. Les grands groupes mondialisés annoncent le pire. Chute du PIB, hausse du chômage, la City éclipsée par d'autres places financières. Un jour d'après bien souvent fantasmé.


Le saut dans l’inconnu. Interrogés sur le devenir de leur activité au Royaume-Uni au lendemain du «oui» au Brexit, les grands patrons admettent que les répercussions restent floues. «La réalité, c’est que nous ne savons pas à quoi ressemblerait la vie au dehors», dit clairement le patron d’Airbus Group au Royaume-Uni, Paul Kahn.
 
Malgré tout, le message porté par des grandes compagnies est de rester dans l’Union. L’industrie britannique, surtout les grands groupes internationaux, sait ce qu’elle y gagne. En fait, l’idéologie dominante étant libérale et mondialiste, les grandes entreprises ont tendance à agiter le chiffon rouge et prédire, à la Churchill, «des larmes et du sang» aux citoyens britanniques en cas de sortie de l’Union, même si personne ne sait réellement quelles seront les conséquences.
 
L’automobile en pointe
Il en va ainsi pour la construction automobile. C’est quasiment le dernier grand secteur industriel du pays. Et un secteur en forme. Nissan, Toyota, Honda, Ford, GM… la moitié des dix plus grands constructeurs mondiaux sont présents. Il faut y ajouter 2500 sous-traitants qui emploient 160.000 salariés, 750.000 si on compte les emplois indirects.
 
Six véhicules sur dix fabriqués au Royaume-Uni sont exportés, en grande partie en Europe. On comprend que la possible réapparition des barrières douanières inquiète le secteur. Selon un équipementier cité par Les Echos, cela «réduiraient nos marges, qui sont déjà minuscules».
Pour BMW, ces barrières douanières pourraient entraver l’activité du constructeur allemand. BMW a du reste écrit à ses 8000 salariés britanniques pour justifier sa position pour le «remain».
 
Andrew Sentance, un analyste économique cité par The Independant, résume la problématique. «L’accès au marché européen est vital pour nos secteurs de pointe. Le succès de notre industrie automobile se fonde sur les exportations vers l’Europe et le marché unique. Quitter l’Europe pourrait menacer notre accès à ce marché.»
 
Pression des multinationales
Alors, à l’approche du scrutin, les défenseurs de l’Union mettent en avant les dangers, avérés ou pas du Brexit, pour tenter de convaincre les électeurs. Pêle-mêle, le néerlandais Unilever s’attend à une augmentation du prix des glaces ! En raison du rétablissement des droits de douane sur les produits laitiers.

Sur le plan financier, certains experts prévoient des lendemains difficiles pour la City de Londres. Car en fait, s’installer dans un pays membre permet d’opérer partout sur le territoire de l’Union. La perte de ce «passeport européen» pourrait conduire à des déménagements.
A ce titre, le patron de J.P.Morgan a déclaré que ce serait moins d’emplois au Royaume-Uni, et plus ailleurs en Europe.

Au feu !  
Crier au loup est devenu l’exercice préféré des administrations britanniques. Ainsi, le Trésor a publié une analyse qui prévoit l’effondrement de l’économie lors de la première année. Le PIB chuterait de 3,6%, la livre sterling perdrait 12% face à l’euro, et le pays perdrait 500.000 emplois.

Ultime mise garde, celle qui émane de la Banque d’Angleterre. Elle juge de plus en plus probable une dépréciation accrue de la livre sterling en cas de victoire du Brexit. Mais, ajoute la Banque, il y a aussi des risques de répercussions défavorables pour l’économie mondiale.
 
Face à cela, les défenseurs du Brexit se recrutent surtout au sein des PME. Comme un peu partout en Europe, il y a un certain ras le bol de la bureaucratie et des normes. Bruxelles est en plus critiqué pour son incapacité à empêcher le protectionnisme de certains pays.
 
L’agriculture dans l’inconnu
Les agriculteurs ont eux une bonne raison d’avoir peur du Brexit. Sans négociations, ils perdront les aides versées au titre de la Politique agricole commune (PAC). En 2012, cela a représenté 3,2 milliards d’euros d’aides versées à 178.000 agriculteurs du pays. En moyenne, chaque agriculteur touche un chèque de 34.000 euros chaque année. La période de transition durera au moins deux ans, et les agriculteurs s’interrogent sur leur situation durant cette phase.
 
D’autant que l’agriculture ne pèse pas lourd au pays de la finance. 0,7% de l’économie et à peine plus de 1% des emplois. George Eustice, secrétaire d’Etat à l’Agriculture et défenseur du Brexit, se veut rassurant: «Le gouvernement britannique va continuer de donner aux agriculteurs et à l’environnement autant de soutien sinon plus que ce qu’ils ont actuellement.»