Syrie : la vidéo de l'éviscération d'un soldat par un rebelle suscite un tollé

Cet acte, filmé sur une vidéo qui circule sur internet, est condamné par les Nations unies, qui dénoncent un "crime de guerre".

Des rebelles syriens tirent sur des soldats de l\'armée syrienne régulière, à Alep (Syrie), le 12 mai 2013.
Des rebelles syriens tirent sur des soldats de l'armée syrienne régulière, à Alep (Syrie), le 12 mai 2013. (AFP )

La violence des images soulève l'indignation de la communauté syrienne et internationale, mardi 14 mai. Dans une vidéo circulant sur internet, un rebelle syrien éviscère un soldat, lui arrache son cœur et son foie, et fait mine de croquer ses organes. Interrogé via Skype par le magazine américain Time (en anglais), l'homme justifie son geste par son désir de vengeance. Dans cet entretien, il déclare avoir découvert dans le téléphone portable du soldat tué des vidéos montrant ce dernier en train d'"humilier" une femme nue et ses deux filles.

L'insurgé, identifié comme Khalid Al-Hamad, se vante ensuite d'avoir en sa possession une autre vidéo le montrant en train de commettre d'autres atrocités, un phénomène croissant dans la guerre entre les troupes du régime de Bachar Al-Assad et la rébellion. "J'y découpe un 'chabbih' [milicien pro-régime] avec une scie. La scie qu'on utilise pour couper des arbres. Je l'ai découpé en petits et grands morceaux", dit-il. "Ce n'est pas nous qui avons commencé, ce sont eux qui ont commencé",  s'est justfiél'insurgé dans l'entretien. "Notre devise, c'est œil pour œil, dent pour dent", lance celui qui a pris pour nom de guerre Abou Sakkar.

"Nous les égorgerons tous (...). Ce sont eux [les soldats fidèles à Bachar Al-Assad] qui ont tué nos enfants à Baba Amr et violé nos femmes", accuse-t-il encore en référence à un quartier symbole de la ville de Homs, que l'armée a repris au prix d'une offensive sanglante en février 2012.

L'ONU dénonce un "crime de guerre"

Avant la publication de cet entretien, la Coalition nationale de l'opposition syrienne a dénoncé "un acte horrible et inhumain". Elle a affirmé "condamner cet acte, s'il est avéré". La coalition a souligné qu'un tel acte était "contraire aux valeurs morales du peuple syrien, de même que les valeurs et les principes de l'ASL", promettant que tout coupable serait jugé. Mais ces déclarations n'ont pas convaincu l'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW). "Condamner [ces actes] ou faire porter leur responsabilité à la violence du régime n'est pas suffisant. Les forces de l'opposition doivent agir fermement pour que cessent ces abus", a martelé le directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient.

A Genève, la Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a rappelé que "mutiler ou profaner des cadavres lors d'un conflit constitue un crime de guerre". Elle a de nouveau appelé à saisir la Cour pénale internationale "afin que des poursuites judiciaires puissent être lancées contre les présumés responsables de (...) crimes de guerre et contre l'humanité, qu'ils soient du côté du gouvernement ou de l'opposition".

Et face au tollé suscité par cette vidéo, l'état-major de l'Armée syrienne libre est sorti de son silence. Le commandement rebelle syrien a promis mercredi de "punir sévèrement" toute personne qui s'avère coupable d'exactions. "Tout acte contraire aux valeurs pour lesquelles le peuple syrien verse son sang (...) ne passera pas sous silence et le coupable sera puni sévèrement même s'il s'agit d'un membre (de la rébellion)", a affirmé le commandement de l'état major rebelle.